COMPLOT DÉCOUVERT DANS LA CAPITALE
cnireiit le moment arrivé de faire éclater leurs sympathies pour les libelles; les plus influents s'efforcèrent de convei*tir i\ leurs sentiments le général et Ma Tê-lising, qui restèrent fidèles au gouvernement impérial. Les mécontents cherchèrent ak)rs à jeter le désordre dans la ville. Ma Ju-lung, qui surveillait attentivement les progrès de la conspiration, jugea opportun d'arrêter le mal avant de lui laisser prendre des proporticms plus sérieuses, et soumit à ses collègues un plan qu'ils adoptèrent. Comptant sur le dévouement éprouvé de quelques chefs et de leurs troupes, il fit fermer les portes de la ville et donna Tordre d'arrêter ceux qu'on lui avait désignés comme les plus coupables. Quarante officiers de tous grades ainsi qu'un grand nombre de soldats eurent la tête tranchée. Quant à ceux qui n'étaient que faiblement compromis, ils se hâtèrent, dès qîie cela fut possible, de sortir de la ville, où leur vie était en danger. Cette mesure énergique eut les plus salutaires effets : elle élimina de la garnison tous les éléments mauvais ou douteux, fit taire les soupçons de trahison et rétablit la confiance du peuple en Ma Ju-lung, confiance que les deniiers événements avaient fortement ébranlée.
Comme les rebelles étaient bien plus nombreux que ne l'exigeait l'investissement de la capitale, les corps inactifs furent répartis dans toutes les directions pour venir en aide à ceux qui avaient arboré leurs couleurs. Encore quelques mois et la province était subjuguée par la rébellion; tout l'ouest et le sud-ouest, depuis Ssû-mao-t'ing (^J^ ^ |^ jusqu'à Yung-pei-t ing (^<^ :|(^ 1^, étaient déjà déclarés en sa faveur, et, dans l'est, quelques villes avaient levé l'étendard de la révolte et n'attendaient qu'une occasion pour suivre le mouvement.
Siing Yeii-cli'un, qui, dès les premières années de la rébellion, s'était échappé de Cli'u-lisiung-fu sous des habits de paysan, avait été promu au grade de Tao-fai, puis à celui de Fan-tai, quelques mois avant la mort du vice-roi Lao, le 27 février 1867. Ce fut lui (en l'absence du Fufai Tsên Yil-ying, continuant à guerroyer dans Test), qui remplit les fonctions de vice-roi par intérim. Il déploya beaucoup de zèle dans l'administration de la guerre, et profita de ses bonnes relations avec le T'i-tu pour réclamer la restitution de son fils qui, depuis la prise de Ch'u-hsiung, était entre les mains de Ma Ch'êng-lin. Ce dernier, à la demande de Ma Ju-limg, sous les ordres duquel il se trouvait, ne fit aucune objection à rendre le jeune prisonnier, que son père, dont il était l'unique héritier, s'empressa d'envoyer dans le Chiang-hsi, au milieu de sa famille.
Pendant que les belligérants sont en présence, examinons de plus près ces armées ambulantes, si vite réunies et dispersées. La principale année de Tu Wên-hsiu assiégeait la capitale dans un état satisfaisant d'organisation, et les revenus des puits à sel suffisaient h peu près h son entretien ; elle pouvait, ainsi que nous l'avons vu, attendre patiemment l'issue du siège. Le gouveniement de Ta-li n'avait à s'occuper que d'expédier des convois de munitions sur les points oïl ils étaient demandés. Dans certaines localités oîi les chefs se procuraient les matières premières, on fabriquait la poudre.
Les musulmans, plus expérimentes que les Chinois sur l'art de la guerre, avaient tiré de la Birmanie, par l'intermédiaire des caravanes, une grande quantité d'armes à feu (des fusils à pierre la plupart) de toutes formes et de toutes
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provenances \ Ces armes, depuis longtemps mises au rebut en Europe, avaient été vendues par des Anglais aux Birmans qui, à leur tour, les cédaient aux rebelles. Le nombre n'en était pas suffisant pour permettre d'en distribuer à tous les combattants ; on en livrait une certaine quantité aux chefs qui les répartissaient entre les soldats placés aux avant-postes ou dans les positions difficiles. Le reste des troupes était armé à la chinoise, c'est-à-dire de lances, de piques et de fusils à mèche. Dans un pays où les armuriers n'existent pas, chaque soldat possédant une arme, bonne ou mauvaise, doit l'entretenir à ses frais, et si, le jour du combat, il va au feu avec un fusil hors de service, il est victime de sa propre négligence. En fait d'artillerie, l'armée ne possédait que de gros fusils de 5 à 6 centimètres de diamètre, longs de 2°, GO environ, en fer forgé et montés sur des pivots adaptés à des chevalets.
Les impériaux, aimés du fusil à mèche dont la porfée est dérisoire, ne tardèrent pas à reconnaître la supériorité des armes de leurs adversaires. S'ils avaient tous été pourvus d'armes à feu, ils auraient eu, en bien des cas, l'avantage sur les rebelles qui opéraient dans l'intérieur. Mais le gouvernement, pris à rimproviste, n'avait pas eu le temps de compléter l'armement, de sorte que la majeure partie de ses défenseurs n'avaient que des lances, des piques ou des sabres. Sous le rapport de l'artillerie, les impériaux n'étaient guère mieux partagés; tout ce dont ils pouvaient disposer consistait en pièces de rempart fondues au dix-septième siècle sous la direction des Jésuites, et qui, sous une épaisse
' Parmi celles, que noua avons vues figuraient des fusils de rempart, de manufacture allemande et anglaise, et beaucoup de fusils français portant sur la platine: Fabrique de VhâteOeraully 1830,
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couclie de rouille, portent le nionog:ranime de la fameuse compagnie.
Quelques mois s'étaient écoulés depuis l'investissement de la ville ; des deux côtés on avait exécuté de grands travaux, et les impériaux avaient opéré des sorties dont le résultat avait été désastreux. La voie de l'est, la seule par laquelle ils se ravitaillaient, fut prise par les rebelles ; et, s'ils n'étaient secourus, ils devaient forcément être réduits par famine.
1869. — Tsén Yii-ying, que nous avons laissé à Ch'liching-fu, apprenant que les communications avec la capitale étaient interceptées, laissa 2,000 ou 3,000 hommes à son frère qui était à Hsuan-wei (^ ^), et quitta son quartier général avec six bataillons ^ pour se porter au secours de la capitale. Son arrivée à Ta-pan-dnao (^ i^ ^) fut connue des rebelles, qui renforcèrent aussitôt leurs postes; malgré ces précautions, ils n'empêchèrent pas la jonction des troupes impériales; les nouveaux venus se retranchèrent solidement dans leurs positions, chèrement reconquises, et le ravitaillement de YUn-nan-fu continua comme par le passé. Le Fu-tai rentra dans la capitale et prit une part active à la défense.
n serait difficile de retracer les scènes de désolation et de tuerie sans exemple qui se succédèrent pendant cette période. Les événements étaient arrivés à un tel point que le moindre revirement pouvait faire pencher la balance en faveur de la rébellion; les mois se suivaient sans améliorer le sort des impériaux, et la nombreuse i)opulation qui s'était réfugiée dans la capitale en était réduite à la dernière
1 Le bataillon ou liang-tzû T^ -^^ est fort de 500 homtoes.
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extrémité. Les vivres étaient hors de prix, car les convois n'arrivaient à destination qu'avec des précautions infinies; le feu des rebelles couvrait la route, et de temps à autre même les voyageurs en étaient victimes. Au nord, des bandes de pillards sortis on ne sait d'où dévalisaient les gens et arrêtaient les convois. La route du Ssù-cliuan, coupée en divers endroits, rendait très difficile le transport des marchandises. L'autorité provinciale ne savait plus comment faire face aux exigences de la situation; les coffres de TEtat étaient vides, et il n'y avait à compter sur aucune ressource puisque tout le pays était entre les mains des rebelles ou de chefs qui administraient eux-mêmes.
Le Fu-fai profita de la confiance que son retour avait fait naître pour adresser un appel aux commerçants et propriétaires qui avaient des capitaux disponibles; il leur représenta la position comme désespérée s'ils ne venaient, par leurs ressources, l'aider à sortir du mauvais pas où il se trouvait, et leur promit en échange de leurs avances des bons sur le trésor de la province, remboursables à la fin des hostilités. Ceux qui avaient des fonds disponibles, répondirent bon gré mal gré à l'appel du Fu-fai, aimant mieux courir la chance d'être remboursés à longue échéance que d'être pillés par les rebelles.
Après plus d'une année de luttes continuelles qui n'avaient eu pour résultat que d'aggraver la situation des deux armées, le général des rebelles, le Ta-ssù-jung (^ "^ ^), pressé par Tu Wên-hsiu, essaya de pousser les opérations du siège. Le Yilan-shuai, ne recevant depuis longtemps que des nouvelles évasives, perdait patience et craignait, avec juste raison, qu'un trop long séjour sous les murs de Yiin-nan-fu ne finît par démoraliser ses troupes et par ruiner son prestige. Il
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commençait à entrevoir sons des couleurs plus sombres Faccomplissement de son rêve.
En effet, les rebelles, qui, depuis plus d'un an, campaient dans la plaine, ne traitaient plus les impériaux en ennemis. Leur commandant en chef, le Ta-ssû-jung, avait établi son quartier général à environ 2,000 motres à l'ouest de la ville, sur les rives du lac; fatigué par la chaleur d'un climat auquel il n'était pas habitué, il était dans un tel délabrement de santé qu'il dut s'en rapporter à ses collègues en ce qui concernait les opérations militaires. Ma Ju-lung, ayant eu connaissance du laisser-aller qui commençait à se manifester dans les rangs ennemis, s'efforça de ramener, par des promesses, les chefs subaltenies à de meilleurs sentiments, les engageant fortement à rentrer dans le devoir et leur assurant qu'aucun cliâtiment ne leur serait infligé. Les voies étant ainsi préparées, plusieurs Ta-ssû, rassurés par ces déclarations, opérèrent leur soumission, et quelques jours après, l'on put voir flotter le drapeau rouge (couleur des impériaux) dans tous les camps qui ceniaient le nord-est de la ville et qui, la veille encore, arboraient le drapeau blanc.
Ce premier revirement fut le signal de la décadence de Tu Wcn-hsiu; il était désonnais impossible à ses troui)es, à moins de lever d'autres corjis, de continuer le siège; car, outre les victimes de la guerre, la maladie décimait leurs rangs ; les cadavres restés sans sépulture avaient vicié l'air, et les fièvres pernicieuses faisaient des vides dans les deux armées. Le Ta-ssû-jung, le grand chef des rebelles, fut, pour leur malheur, une des nombreuses victimes de l'épidémie, et sa mort produisit parmi eux un grand découragement. Les chefs n'arrivant plus à s'entendre, les affaires restèrent