‹ La province chinoise du Yün-nan (volume 2)Chapitre 123 sur 174 · AU YUN-NAN · texte numérisé non relu

AU YUN-NAN

(SUITE

La cour de Pékin, malgré sa confiance dans les talents administratifs de Ma Ju-lung, ne pouvait laisser plus longtemps inoccupé le poste de vice-roi, vacant depuis la mort de Pa ; elle y désigna le Fu-fai du Kuei-chou, Liu Yii-cliao

(^ ^ flS)^ ^^^^ pleins pouvoirs sur le Kuei-chou et le YUn-nan.

La carrière de ce personnage nous offre un exemple de ces avancements rapides qui se produisent dans les temps de troubles. Né à Hsiang-lisiang-hsien ('/fB |^ )|ji), dans le Hu-nan, il entra au service militaire à Tépoque où cette province armait contre la rébellion. Il eut occasion de se faire remarquer en quelques circonstances, si bien que Tseng Kuo-fan (^ g ^), sous les ordres duquel il servait, le prit en amitié. Devenu mandarin par la force des événements, il traversa toutes les phases du mandarinat, et dût à l'influence de son protecteur le grade de Fu-t'ai du Kueichou. C'est de là qu'il fut élevé à la vice-royauté. D'un naturel bon mais faible, il contracta en vieillissant la funeste habitude de fumer l'opium, et perdit bientôt l'énergie qui lui avait valu son rapide avancement. Dans le Kuei-chou, il

124 I^A RÉBELLION ML'SULxMANE AU YCN-NAN.

s'acquitta de ses fonctions (Vune manière satisfaisante; mais, au YUn-nan, il vint se heurter contre l'autorité presque tyrannique du Fu-fai, qui, plus adroit que lui, finit par neutraliser la sienne. Sa nomination dans une province exposée aux convulsions de la guerre civile fut loin de lui plaire, et il ne l'accepta que par obéissance. En quittant le Kuei-chou, il emmena avec lui, comme garde de confiance, quelques bataillons du Hu-nan, son pays natal.

Des les premiers pas qu'il fit dans la province, il éprouva de vives sensations à la vue des scènes de désolation qu'il traversait tous les jours : le peuple, de mœurs rustiques et altières, habitué depuis quelques années à porter les armes, lui produisit une impression si peu favorable qu'il s'imaginait partout être au milieu de rebelles. A ChHi-ch'ing-fu, il déclara que pour le moment il établirait là sa résidence, afin de nettoyer le pays qui était infesté de bandes armées.

La capitale délivrée, les mandarins songèrent à poursuivre l'ennemi. L'armée fut divisée en deux corps, qui reçurent pour les commander Yang Yii-k'o {J^ 3Ê f^) ^t Li Hshi-kn (^ 'jg -j^) \ en récompense de la part active qu'ils avaient prise à la défense. Le premier devait opérer sur la route du sud, et l'autre plus au nord. Malheureusement, c<)mine nous l'avons déjà dit, la tâche des fonctionnaires était hérissée de difficultés : l'argent, ce nerf de la guerre, manquait partout, et l'administration était endettée.

Le vice-roi, informé par le Fu-t'ai et Ma Ju-lung du déplorable état des finances et des conséquences qui devaient en résulter pour la conduite des opérations militaires, adressa

* Ces deux ofticiers de fortune faisaient partie des nombreux chefs que U rébellion avait mis en évidence.

Page 1