‹ La province chinoise du Yün-nan (volume 2)Chapitre 124 sur 174 · NOMINATION DU VICE-ROI LIU YÛ-CIIAO · texte numérisé non relu

NOMINATION DU VICE-ROI LIU YÛ-CIIAO

un mémoire au gouvernement centi'al et peignit la situation comme désespéré s'il ne lui venait en aide. Le gouveniement répondit au vice-roi en lui ouvrant des crédits sur les six provinces du Ssfl-ch'uan, du Kuang-tung, du Cliiang-su, du Che-cliiang, du Hu-pei et du Hu-nan; la première de ces provinces devait payer 20,000 taëls par mois (160,000 fr. environ) et les autres 10,000 chacune; et ces différentes sommes devaient être remises mensuellement à des mandarins envoyés à cet effet par le vice-roi. Le Sstt-cluian, qui touchait au Yiin-nan, était intéressé à voir cesser la guerre civile, car non seulement elle menaçait ses frontières, mais encore son commerce avec cette province en souffrait beaucoup; aussi dès que les Wei-yiian* (^ ^) du vice-roi se présentèrent, le paiement ne souffrit pas de retard. Cet empressement à satisfaire aux ordres de Pékin fut loin d'être aussi marque dans les autres provinces : les délégués chargés de ces missions étaient en général assez mal reçus, et ce n'est qu'après une attente de plusieurs mois que les gouvernements provinciaux, pour se débarrasser de leur présence, leur remettaient une faible partie de ce qu'ils devaient.

Les versements réguliers du Ssû-chuan (qui furent quelquefois volés en route) permirent de faire face aux plus urgentes nécessités, et les marchands qui avaient avancé des sommes importantes n'eurent plus la crainte de tout perdre: on distribua des à-comptes de solde aux troupes, on surveilla mieux les deux routes du Ssù-chuan, et le commerce prit un peu plus d'extension.

Les corps désignés pour continuer la campagne une fois partis, le Fu-fai quitta YUn-nan-fu pour Yang-lîn (^ jj^). afin de défendre la voie de Tung-ch uan, qui était menacée,

* Délégués, agents.

126 l^A RÉBELLION MUSULMANE AU YCN-NAN.

Yang Shêiig-tsung, celui-là même qui avait fait exécuter un mandarin civil, n'en était pas moins parvenu, à force de corruption et d'argent, au grade de général de brigade. Son ambition grandit avec son titre, et comme tant d'autres il se voyait déjà l'homme indispensable de la province. Infatué de sa personne, il négligea la discipline et, au lieu de vivre au bivouac comme ses collègues, il allait en ville goûter, au milieu d'une société choisie, les plaisirs que pouvaient lui procurer ses revenus. Les rebelles, informés de son absence, un jour qu'il avait quitté le camp pour une partie de ce genre, tombèrent à l'improviste sur ses troupes, les battirent et s'emparèrent de la forte position qu'elles occupaient. A la suite de ce revers qui menaçait de compromettre la route de Cliao-tung, ouverte au prix de grands sacrifices, il fut destitué et cassé de son grade. Quoique abattu par cette défaite qui brisait sa carrière militaire, il ne perdit pas courage, réunit quelques hommes sous ses ordres et se mit à la disposition du vice-roi, auquel il fit présent de deux canons rayés de montagne qu'il avait achetés à Shang-hai avec l'intention, alors qu'il était Chênfai, d'en armer ses troupes.

Le vice-roi, depuis son arrivée dans le YUn-nan, avait eu le temps de se familiariser avec les coutumes et surtout avec l'organisation militaire de cette province, et il se disposait à marcher sur Hsiin-tien-chou (^ ^ >H^)1 ^'^^^^ occupée par les rebelles, lorsque le cadeau de Yang Shêng-tsung lui parvint. Ne possédant que quelques pièces de l'arsenal de Nankin, trop lourdes pour ce pays montagneux, il accepta les deux obusiers qui lui étaient ofi^erts, mais refusa les services du donateur sous prétexte qu'il avait décidé de ne pas employer les gens du pays.

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