‹ La province chinoise du Yün-nan (volume 2)Chapitre 136 sur 174 · SOUFFRANCES DE LA POPULATION · texte numérisé non relu

SOUFFRANCES DE LA POPULATION

L'entretien d'une armée si nombreuse commençait à créer de grandes difficultés, et les approvisionnements tendant à diminuer, il était urgent d'y remédier sans retard. Toute la partie riche du sud-est et du sud-ouest dépendait de Liang Sliili-mei et d'autres chefs indépendants; il ne fallait donc pas songer à rien tirer de ce côté. L'autorité discrétionnaire qu'ont les mandarins d'imposer les paysans dans des cas semblables s'était déjà exercée dans les districts de Chiang-ch'uan, Hsin-hsing, Tung-haî, Chin-ning, Chlchiang-pa, etc.; chevaux, muletiers de corvée, riz, argent, tout avait été réquisitionné ; la population, très éprouvée par les luttes sans nombre qu'elle avait eu à soutenir pendant une longue période, commençait à murmurer contre l'arbitraire des mandarins. Du côté de Hsi-o-hsien (^ ^ j^), Ho-hsi-hsien (jfg* B§ jg), I-men-hsien (^ f^ j^), etc., les demandes avaient été assez mal reçues : la population, en grande partie montagnarde, dirigée par des T'u-ssû, avait d'abord refusé, mais ensuite sur les instances des weiytian (^ ^ ) ou délégués, elle se résigna à contribuer aux besoins du moment.

La récolte, cette année-là, ayant été de moitié inférieure à celle des années précédentes, le prix des céréales resta assez élevé. Après le jour de l'an chinois, le riz, par suite des demandes importantes pour l'armée, augmenta, de 12 à 14 taëls le picul (tan) de la capitale, à 23 et 25 taëls. Cette énorme hausse obligea \m grand nombre de familles pauvres à remplacer le riz par des fèves, des pommes de terre et du maïs. La famine sévit plus fortement en certains endroits, et des vols audacieux dont la misère était le mobile furent commis, de sorte que les voyageurs ne circulaient plus en sûreté.

Six mois s'étaient écoulés depuis TaiTivée de Yang YU-k'o devant Ylln-nan-lisien. Ce général, très jaloux de popularité, ti'aitait avec beaucoup d'égards les montagnards de ces parages, et ses revenus augmentant à mesure qu'il avançait lui l)crmettaient d'être généreux. Dans ces districts on ne connaissait que lui et il se croyait en conséquence tout-puissant; en sa qualité de militaire, il avait en mépris tout lettré ou mandarin civil; quant à lui, il ne rêvait que dictature et était toujours prêt à sévir contre quiconque n'exécutait pas scrupuleusement ses ordres. Les mandarins civils avec lesquels il était en relations ne l'approchaient qu'en tremblant et ne manquaient pas de caresser sa vanité en l'accablant de flatteries, auxquelles il ne restait pas insensible.

Afin de pousser le siège de YUn-nan-hsien, il débuta par creuser des mines pour faire brèche aux remparts; puis, réflédiissant que ce moyen était long, coûteux et peut-être peu efficace, il proposa aux chefs de capituler. La ville, peuplée de musulmans, d'I-jên, de Mîn-chia et de Chinois, était réduite à la dernière exti'émité par suite des privations de toutes sortes qu'elle avait endurées ; ajoutant foi aux promesses du général, elle se soumit. Suivant leur coupable habitude, les impériaux ne tinrent aucun compte de leurs engagements, massacrèrent les habitants et les maisons furent mises à sac. Après avoir établi un octroi aux portes de la ville, Yang Yti-k'o porta son quartier général à Chao-chou (® ^), où ses troupes l'avaient précédé.

Lorsque Tu Wen-hsiu connut la prise de Yiin-nan-hsien et le massacre qui l'avait suivie, il ne sut comment regagner la popularité que ces désasti'es successifs lui avaient fait perdre, et, bien qu'il fit tous ses efforts pour éviter la ruine qui s'annonçait comme proche, il ne pouvait plus arrêter les

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