LIANG SHIH-MEI MIS A MORT PAR TRAHISON
Slnli-meî, n'en était pas moins resté son ami, et sans qu'il se mêlât aucunement de l'administration, ses avis étaient assez bien accueillis. Ce fut lui que les lettrés choisirent pour l'instrument de leur complot. Aux premières ouvertures, il manifesta une vive indignation; mais les tentateurs lui tracèrent un tableau si brillant des avantages dont il serait comblé, lui et les siens, ils firent si adroitement miroiter devant ses yeux éblouis le grade de Chên-tai (général de brigade) qu'il ambitionnait secrètement, que le faible vieillard se laissa ébranler. Le titre de Lin-an-chên (Kê ^ ^), que le Fu-f ai lui expédia par dépêche, quitte à l'en dépouiller plus tard, le persuada tout-à-fait. Il ne songea plus dès lors qu'à se débarrasser de celui qui le traitait en ami. Dans une excursion que fit Liang Shih-mei hors la ville, il se mêla au cortège avec quelques affidés. Dans un endroit écarté, le chef fut saisi et garrotté; se voyant victime d'un piège, il n'eut que des paroles de mépris pour le Judas qui l'avait trahi. Le sang-froid dont il donna preuve durant les préparatifs de son exécution émut à tel point le traître qu'il faillit ordonner de les suspendre; mais, l'ambition reprenait le dessus, il laissa ses sicaires achever leur besogne (juin).
Le crime consommé, le nouveau dictateur envoya la tête de sa victime au Fu-fai, et lui rappela en même temps ses engagements en l'informant qu'il avait pris possession de son poste.
Quand Tsen Yîl-ying eut la tête de son ennemi et qu'il ne vit plus d'obstacles sérieux à ses projets, il résolut de faire disparaître les instruments de sa vengeance. Il refusa d'abord à Shên Chao-fu le grade qu'il lui avait promis, et distribua des gratifications aux quatre lettrés. Puis il pria le vice-roi d'informer le gouvernement de l'assassinat de
168 LA RÉBELLION MUSULMANE AU YtÎN-NAN.
Liang Shih-mei. Le vice-roi, au courant de cette affaire et répugnant à servir les ténébreuses visées du Fu-t ai, répondit que, puisqu'il était sur les lieux, il lui appartenait d'envoyer un rapport à Pékin. C'est ce que fit le Fu-tai, et il le rédigea dans des termes accablants pour Shên Chao-fu.
De retour à Lin-an, les lettrés ne savaient comment se disculper auprès de Shen Cbao-fu de la mauvaise foi du Fu-fai. Shên, déjà en proie au remords, entra, en voyant son ambition déçue, dans une fureur indescriptible; par son ordre, les lettrés furent arrêtés, conduits pieds nus jusqu'à l'endroit où était tombé Liang Shih-mei, et exécutés. Ce nouveau crime produisit une mauvaise impression sur la population, et les familles des lettrés, très influentes dans certains villages, demandèrent vengeance au Fu-t ai. Celui-ci, qui avait reçu au sujet de Shên Chao-fu pleins pouvoirs de Pékin, envoya aussitôt Hu Hsiu-lin (^ ^ jj^) contre lui.
Yang Yll-k'o campait depuis quelques mois sur les rives du lac à distance des projectiles des rebelles ; dans l'impossibilité oïl il était d'emporter leurs lignes de vive force, il eut recours à l'intrigue et fit des avances à leur commandant Tung Fei-lung. Ce demier, jugeant la partie perdue pour le sultan et le moment venu de se réhabiliter auprès du gouvernement régulier, entama des négociations. Des prêtres mahométans qui en furent informés dénoncèrent le fait à Tu Wên-lisîu qui leur adressa des reproches et les traita d'envieux. Des officiers lui portèrent la même nouvelles : ils furent éconduits. Deux jours plus tard, Ta-li-fu put voir dès le matin le drapeau rouge flotter sur les positions inexpugnables de Hsia-kuan. On cria à la trahison, on arrêta des mesures pour barrer le chemin aux impériaux,