‹ La province chinoise du Yün-nan (volume 2)Chapitre 141 sur 174 · SITUATION GENERALE DE LA PROVINCE · texte numérisé non relu

SITUATION GENERALE DE LA PROVINCE

Après une aussi longue guerre civile, les habitants des districts reconquis croyaient se trouver encore au moment où, à chaque instant, il fallait être prêt à prendre la pique, le fusil ou la lance. Aussi faisaient-ils disparaître les traces du fléau aussi vite que leurs ressources le permettaient : des plaines entières, naguère en friche, étaient rendues à la culture, et le nombre des terres incultes diminuait chaque jour.

Dans la zone des puits à sel où plusieurs centaines d'ouvriers sont employés, les dégâts, quoique importants, furent réparés sans retard; les entrepreneurs des différentes exploitations que rinaction avait presque ruinés, ne tardèrent pas à reprendre le dessus, gi'âce aux débouchés assurés de leurs produits ^

Sur la route de Ta-li que suivait le Fu-t ai, le mouvement était le même, les villes presque désertes se repeuplaient peu à peu, les I-jên et autres indigènes qui avaient quitté leurs montagnes pour se réfugier dans des localités plus calmes allaient reprendre leurs occupations; malheureusement une grande partie de ceux qui étaient partis manquaient à l'appel.

Au-delà de Ch'u-hsiung-fu et de Chên-nan-chou , l'activité était moins grande, la majorité des habitants ayant été entraînés par l'armée comme soldats ou corvéables ; il ne restait dans ces districts que les femmes, les vieillards et les enfants, et les luttes auxquelles avait donné lieu la retraite des troupes de Tu Wên-hsiu, avaient détruit le peu qui avait été respecté pendant leur occupation.

Le Fu-fai, sur tout . son parcours, et sauf dans les villes qui avoisinaient la capitale, trouva la population indifférente. Les montagnards aux allures rustiques, peu habitués à voir

* Tous les puits à sel sont donués à l'entreprise; en dehors des sommes que, produisent ces locations, le gouvernement perçoit des droits sur tout le sel extrait.

chez eux de grands niandarins, ne s'en occupaient pas plus que du moindre de leurs chefs. Si le Fu-t ai n'avait eu la précaution, comme font du reste tous les ' fonctionnaires en voyage, d'envoyer mie avant-garde aux stations où il devait s'arrêter, il aurait bien souvent manqué du nécessaire. Arriré à Ylin-nan-hsien, la première ville occupée par une garnison régulière, il y trouva des serviteurs dévoués et tous les honneurs dus à son rang; de cette place jusqu'à Hsia-kuan, ime garde spéciale envoyée par Yang Yil-ko l'accompagna jusqu'à Hsiao-kuan-i \ oii un logement avait été préparé à son intention.

Depuis le départ du Fu-t'ai, Yang Yli-ko avait mîs le temps à profit : aidé par Tung Fei-lung, le traîti'e dç Hsiakuan, il avait réussi par des promesses à occuper les quelques villages qui leur barraient le passage de Ta-li, et il se trouvait à Wu-li-cli'iao (3£ H^ ;|^); c'est là qu'était établi son quartier général lorsque le Fu-t ai arriva.

Tu Wén-hsiu, voyant que la fortune l'abandonnait, ne savait plus quel parti prendre. Une distance de 3 lis seulement le séparait des postes impériaux. Parmi ses soldats, les uns, découragés par l'incurie des chefs et le peu d'espoir que leur oifrait la situation, cherchaient le moyen de se soustraire à une mort certaine; les autres, et ils étaient nombreux, témoins des capitulations précédentes où la population entière avait été massacrée par les hordes impériales, étaient résolus à se défendre jusqu'au bout. En effet, toutes les villes où les impériaux étaient entrés victorieux présentaient un hideux spectacle : les sectateurs de Mahomet avaient été passés par les armes et leurs femmes vendues

* Ce village ost situé dans la iilainc qui s'ôtiMid ontro U^ia-kuan et la ville, pres^iiie »ur les rives du lae.

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