DE YUN-NAN-FU A HSIN-HSING-CHOU
7 mars 1871. — Ce ne fut \mH sans peine que nous l)ar\inmes h sortir du canal qui conduit au lac, tant il était encombre de bateaux de plaisance richement décorés qui attendaient l'arrivée du vice -roi. Ce haut personnage profitait des fêtes du jour de l'an pour aller faire une promenade sur le lac et dîner ensuite au pavillon de Huang-hua-lou* oîi il avait invité un grfind nombre de fonctionnaires et de mandarins en disi)onibilité. Tout à fait à la tête du convoi, une barque plus élevée et plus grande que les autres, au mat de laquelle flottait le pavillon du vice-roi, avait à bord c^uelques mandarins occupés à surveiller les préparatifs de' départ. Cette plaine de Ivun-ming; d'habitude si tranquille, était couverte de milliers de curieux qui étaient venus des environs pour assister au passage du cortège.
On compte, depuis la capitale jusqu'à Kiin-yang-chou, 120 lis; ils sont, en général, franchis dans l'espace d'une nuit par les bateaux que le négoce attire dans l'une ou Tautrc ville. A moins de cas pressants et aussi pour économiser le temps, on traverse rarement le lac de jour, h cause
* (.-ette mais(»n rlo campaj^nc l'ut bâtie par Ma Ju-lung^ pt^ndant sa dictature; eUe est située à reutrce du hic.
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(lu vent violent qui y rèjçne; mais aussitôt que le so décline h l'horizon, le vent tombe pour s'élever de nouve: dés le lendemain matin. Ce jour-là cependant, nous fûi». particulièrement favorisés : le ciel était couvert et une bo brise du nord-ouest, qui amena de la pluie, seconda no marche.
Ce lac, l'un des plus grands du Yiln-nan, est très profo il founiit de poisson toutes les localités environnantes, u seulement les villes, mais la plupart des ^^llages dispe h l'est dans la plaine. Les montagnes qui bordent ses ri à l'ouest s'abaissent graduellement jusqu'à Haï-kou (j^ bourg situé à 30 lis au nord de K\m-yang; près de les eaux du lac se déversent dans une petite rivière q passe à An-ning-chou, continue sa course au nord et fii^ par se réunir au Cliin-sha-chiang ou Yang-tzti.
lîàtie sur le versant oriental d'une colline isolée, la vilï de K\in-yang se trouve au point de jonction de deux chaîne?^ de montagnes; l'une côtoie le lac, comme nous l'avons vu, l'autre part du nord-est de la capitale, décrit un grand arc de cercle et vient presque se joindre à l'autre, ne laissant entre elles qu'une étroite vallée. Sa position géographique au milieu d'un pays florissant fait de cette ville une sorte
d'entrepôt, oii viennent s'accumuler tous les produits de la frontière du Laos, des districts de Yuan-chiang, de Pii-erh-fu, etc., pour eti'e ensuite dirigés par eau sur la capitale et les villes du centre. Occupée par les rebelles, son commerce se ralentit sensiblement, et depuis 1870 qu'elle est rendue aux Impériaux, elle n'a pu reprendre son importance d'autrefois. L'intérieur, en partie en mines, offre l'aspect d'une solitude; la classe laborieuse que la révolution a chassée n'est pas encore venue réclamer ses droits. Dans les faubourgs,
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nombre d'iiommes de coi-vée et six chevaux, s'ils nous sont nécessaires. Ce genre d'organisation réduit beaucoup les bagages des militaires en voyage et permet d'exécuter des mouvements assez rapides, surtout dans cette province où les transports se font presque tous à dos de mulet.
8 mars. — Nous quittons Kun-yang à onze heures du matin. La chaussée, d'abord très large, se rétrécit peu à peu et finit par n'être plus qu'un j^entier qui court entre des rizières et des champs de pavots. Pendant 15 lis environ, on suit la petite vallée, flanquée d'escarpements arides; lui cours d'eau, venant de l'ouest, du côté d'I-mên, l'arrose en diagonale. On ne tarde pas à le quitter pour prendre sur les hauteurs un chemin rocailleux. Le spectacle habituel de fortins ruinés et d'habitations en désordre n'a cessé de s'étaler sous nos yeux. Au tournant des collines, la nature change de physionomie : les tenains arides de K\in-yang font place à des montagnes boisées, où la végétation paraît vigoureuse. A gauche de la vallée, paimi des touffes de bambous et des chênes, pointent les toits de quelques hameaux. Tout ce côté semble avoir bien moins souffert que le côté droit, où passe la ^ route : là règne un affreux désordre. Un temple qui s'élève:^ au pied d'une colline est le seul édifice en bon état; 1^ théâtre, qui lui fait face, n'a pas éprouvé trop de dommage^^ Chaque année, avant la rébellion, les propriétaires campagnarc^ $ et les habitants des envii'ons venaient dans ce lieu se réjoi^^i et fêter ensemble le succès de la récolte ; ils faisaient ver^ii de la capitale une troupe d'acteurs, qui jouaient les pifee^o en vogue au son de leur musique assourdissante. Les arl>n: séculaires qui embellissent les approches du temple, ^^i source d'eau vive qui jaillit h l'entrée du bois font de e