ENVOI DE NOUVEAUX COURRIERS
nouveaux messagers à Man-hao, il n'y fallait plus songer. De concert avec le Tsung-f ung, nous décidâmes de dépêcher à Hsîn-kaï* (^ ^) deux autres courriers, qui, de là, devaient descendre jusqu'à Lao-kaï^, s'il était nécessaii*e. Ce lie fut pas sans quelque appréhension que nous mîmes ce l>rojet en avant, surtout après la funeste issue du premier voyage, et parce que nous croyions qu'il fallait passer par ^Xan-hao ; mais il n'en fut rien : les autorités nous assurèrent q^n'îl serait d'autant plus facile de trouver dçs messagers qu^îl y avait un chemin détourné pour aller de Mêng-tzû à» Man-hao, chemin qui, d'après eux, bien que laissant beaucoup à désirer sous le rapport de la commodité, permettait aux l^abîtants des plaines de s'y engager sans crainte.
Cette fois on recruta des hommes sans difficulté et, ainsi ^n'à leurs prédécesseurs, il leur fut remis des lettres de recommandation pour certains petits chefs de la route ainsi 9^^ pour Yang-ming (^ Ç)J),* chef de Hsin-kaï, et pour ^^- Dupuis et ses compagnons.
I^ans l'espoir que ces courriers nous rapporteraient des ^enseignements positifs sur l'arrivée de l'expédition, nous J^oub empressâmes d'ordonner les préparatifs nécessaires en 'loiïiiuçg et en chevaux, pour transporter d'un seul coup tout ^^tre matériel, afin, comme le disaient les chefs de Ta- ^huang, qu'hommes et chevaux pussent le même jour prendre teurs charges et remonter d'une traite jusqu'à Yao-t'ou.
Les autorités du district ne perdirent pas un moment pour ^^ncer les réquisitions, et, comme il ne fallait pas moins de
^ Petit village, situé sur lea bords du fleuve entre Lao-kaï et Man-hao ; il est •^ttUtïigtré par un chef Pa-i nommé Yang-ming fijÊk M).
* ï^ntière du Tong-king; ce village a un fort qui fait partie du royaume ^'''^ïiûte.
234 DE HSIN-HSING A MÊNG-TZD.
cent cinquante-six mulets ou chevaux et au moins deux cent« coolies, il fallut un certain laps de temps pour réunir ce personnel afin de l'avoir prêt à partir au premier signal. D'après nos informations, la portion de route entre Yao-t'ou (^ §g) et Man-hao étant en très mauvais état, on fit fabriquer un certain nombre de pioches et de pelles^ pour réparer un peu les ornières, de façon à faciliter le passage.
Les préparatifs étaient en bonne voie à Ta-chuang, lorsque nous quittâmes ce village pour aller faire un tour à Sha-tien et voir où en étaient les préparatifs dans cet endroit.
Le fils d'un des grands chefs de Kuo-chiu, Fêng, en retournant dans son village, apprit en route que nous étions à Sha-tien. Bien qu'il ne fût pas en bons termes avec les musulmans de ces parages, contre lesquels il avait guerroyé pendant quelques années, il nous invita à l'aller voir. Nous nous rendîmes auprès de lui' en compagnie de Ma Kuangwên* (,B| p ^), fils adoptif du Ti-taï. Ce chef nous fit un accueil très amical : avant de partir, il nous fit promettre d'accepter l'hospitalité chez lui à Kuo-chiu, pendant quelques jours, et nous donna jusqu'au lendemain pour faire nos préparatifs.
Quelques-uns des Kuan-shih (notables) n'étaient pas retournés à Kuo-chiu depuis une dizaine d'années, c'est-à-dire depuis que les musulmans, avec l'aide des soldats de Ma Ju-lung, étaient, à plusieurs reprises, venus attaquer les villages dissémmés dans cette riche contrée; aussi dési-
» D ori^ne chinoise et musulman par adoption, il est natif du village de Machia-ying, où ses parents résident encore. Son père appelé Yang était très connu dans le département de Lin-an et panni les industriels de Kuo-chiu; à sa mort, il pria Ma Ju-lung, son ami particulier, de l'adopter.
EXCURSION AU VILLAGE DE CffA TIEN. 235
raient-ils profiter de l'occasion qui leur était offerte pour
visiter avec nous cette localité où, pendant longtemps, ils
avaient espéré de s'établir en maîtres. Quoique ces rivalités
se fassent apaisées depuis des années et que le commerce
eût repris son cours, les chefs de Kuo-chiu n'avaient pas
perdu la mémoire des désastres occasionnés par les anciennes
a.gxes8ions ; à les entendre, le premier de ces chefs qui
ïn^ettrait le pied sur leur territoire serait retenu comme
otage jusqu'à l'entier recouvrement des dépenses auxquelles
avait donné lieu la restauration des temples qu'ils avaient
l>rûlés. Néanmoins, malgré la haine qui animait les chefs de
I^uo-chiu, plusieurs de leurs notables étaient en relations
«suivies avec ceux de Sha-tien et de Tarchuang, et ils venaient
lïiêine dans ces deux villages tandis que les chefs de ceux-ci
s'abstenaient d'y paraître, par crainte de soulever de nou-
veUes difficultés.
5S préparatifs terminés, nous montons en selle et nous nous
^^^idons au lieu du rendez-vous, où notre hôte nous attendait.
^ous escaladons, par im sentier rocailleux, une des rami-
"^ations des montagnes où se trouve Kuo-chiu. A la des-
^^Ute un chemin aussi pénible nous conduit dans une riche
^^llée, au milieu de laquelle est bâti le village de Ch a-tien.
^ ^^ petit cours d'eau, grossi en ce moment par les pluies,
^^^tit des gorges de l'ouest, arrose la plaine, et va se perdre
etitr^ les hauteurs du sud, où il disparaît. Non loin du vil-
'^^e, des orangers en plein rapport balancent gracieusement
l^tirs fruits dorés ; comme nous venons de faire halte auprès
* ^^n petit pont, sous lequel coule un ruisseau d'une limpidité
^^îïiarquable, des paysans qui travaillent aux champs, ayant
ï'^connu le chef, nous apportent quelques oranges que nous
acceptons avec reconnaissance.
dévastées et leurs familles dispersées ou entraînées dans 1 tourmente.
Ici, la route commence à être dallée convenablement; ell serpente entre les gorges, les ravins et s'élève enfin sui- ud^ suite de collines. Cà et là, dans quelques vallons sauvages^ des familles d'I-jên ont construit des huttes et préparent du charbon de bois, qu'ils débitent à Kuo-chiu pour le traitement du minerai. Cette partie du chemin est très animée. A chaque instant passent des convois de chevaux chargés de céréales qui se dirigent vers Kuo-chiu, tandis que d'autres portent des métaux. Bientôt, du haut d'une colline, nous apercevons au loin, encaissé entre des montagnes, les toits du village, où nous arrivons peu de temps après.
Notre hôte, avec cette largesse dont se plaisent à faire parade ceux qui, comme lui, sortis de la basse classe, ont réussi par leurs efforts à posséder une grande fortune, nous fait les honneurs de son logis. Fier des fonctions que lui ont confiées ses concitoyens et jaloux de se montrer digue de leur confiance, il néglige parfois ses affaires personnelles pour s'occuper de celles de la communauté.
Les habitations sont la plupart commodes et bien bâties; de nombreux tenjples, dus à la dévotion des confréries de mineurs de différentes provinces, décorés les uns mieux que les autres et soigneusement entretenus, s'échelonnent à droite et à gauche dans la montagne. Le mouvement continuel, les transactions commerciales, le bien-être de la population témoignent de la richesse du pays et de l'aisance des
prosp>:rite des mines de ch a-tien. 237
Iialiitaiite. Tout ce qui trafique réside sur le flanc droit de
la. montagne; quant au village même, il couvre l'un et
l'autre côté d'une espèce d'entonnoir, au fond duquel coule
UTi mince filet d'eau, qui sert au lavage du minerai. On se
demande comment les habitants n'ont pas préféré s'établir à
qvielques lis au-dessous, dans une vallée charmante, au lieu
de s'enfermer dans une gorge au fond de laquelle les usines
métallurgiques sont entassées les unes sur les autres. A cette
question il nous fut répondu que les premiers mineurs qui
«^aventurèrent dans ces parages, à la recherche de teiTains
d'exploitation, trouvant réunis en cet endroit le minerai en
^l>ondance et l'eau qui leur était nécessaire, n'allèrent pas
pluîs loin : les founieaux et les machines, d'une simplicité
P^'îtnitive, furent installés près du ruisseau et les nouveau-
^^^ixus, peu soucieux de leur bien-être ou de la beauté des
"^vix, élevèrent leurs huttes dans le voisinage.