‹ La province chinoise du Yün-nan (volume 2)Chapitre 61 sur 174 · RETOUR DES COURRIERS · texte numérisé non relu

RETOUR DES COURRIERS

coi:i.Tersatîons intimes que nous avions ensemble, « courir à

» 1^ bataille et braver les chances de la guerre, où Ton

* ^i^^nnaît et où l'on jieut même voir son ennemi, que d'aller

un voyage, si court qu'il soit, dans un endroit que

out le monde, et les précédents le i)rouvent, déclare des

lus pernicieux. » Ils n'osaient pas, à cause des ordres

sé^^^^ères qu'ils avaient reçus de leur chef, refuser ouverte-

Di^^nt leur concours, mais ils usaient de tous les arguments

qixi leur semblaient plausibles pour s'opposer à ce voyage.

Xes derniers joui-s de la belle saison s'écoulaient, et nos

covirriers ne se montraient pas. Enfin, au retour d'une prome-

usi^cle dans les environs, au moment de nous engager sous

l'espèce de portique en terre, élevé à l'est du village de

Tfit-chuang, nous rencontrâmes un des domestiques du Tsung-

fiaug^, qui nous annonçai la nouvelle si impatiemment attendue.

lia maison du Tsung-fung que les mandarins habitaient

av^ec nous, d'ordinaire si tranquille, paraissait, à voir les

allées et les venues, livrée à une vive agitation. Aussi ne

ftit-ce pas sans une certaine anxiété mêlée de crainte que

nous montâmes rapidement l'escalier. Les deux courriers

étaient de retour, et les mandarins les accablaient déjà de

questions. Au premier coup d'œil nous fûmes frappé de

l'altération considérable de leurs traits. Après avoir expliqué

CD quelques mots l'insuccès de leur mission, ils nous remirent

^^^ lettre du chef de Man-ttao. Voici ce qu'il nous apprenait :

il av'ait retenu les courriers pendant dix jours dans l'espoir

* ^nmg-Cung est le titre que prenneut les chefs des villages musulmans. C'est

^^^ ^^péce de maire qui administre le village sous les ordres du préfet. \\ a,

P^*"" l'^aider dans ses fonctions, des C(mseillers pris parmi les notables du district,

QUI Sont appelés Kuan-shik ( ^j^ ^^ et qui s'occupent des différentes branches

^a 8^ï-^ce.

(le recevoii' des nouvelles truii moment à l'autre; puis, s' apercevant que leur santé déclinait, il s'était décidé à les renvoyer; le matin même de leur départ, un bateau qui venait de Lao-kaï (^ ^) n'avait fait aucune rencontre sur son chemin ni rien entendu dire au sujet de l'expédition.

Cette missive n'était point de nature à nous rassurer sur le sort de nos amis ; cependant, connaissant la ferme volonté de M. Dupuis, nous n'en comptions pas moins sur son arrivée prochaine.

Le lendemain, après que nos gens, exténués de fatigue et affaiblis par une forte fièvre intermittente, eurent pris du repos, ils nous racontèrent tous les détails de leur voyage. Le premier, d'un tempérament robuste, avait le plus souffert, au point d'avoir été forcé, n'ayant pas la force de revenir à pied, de se faire porter en chaise jusqu'au village; le second, plus vif et moins vigoureux, quoique atteint du même mal, avait résisté à l'abattement. Nous essayâmes de couper cette fièvre avec de la quinine; le second se remit au bout de quelques jours de traitement, et son rétablissement était presque complet lorsque, par une cause inconnue, une violente irruption de clous lui vint sur tout le corps, laissant à sa suite des taches de mauvais augure. Quant au premier, dont la maladie, plus avancée, n'avait pu être assez énergiquement combattue, il allait toujom's s'affaiblissant, et il rendit le dernier soupir huit jours après son retour. Cette mort ne fit que donner plus de force aux arguments d'une population déjà épouvantée, et les pessimistes redoublèrent de crainte.

N'ayant pas réussi par cette voie à obtenir le moindre renseignement sur l'expédition qui, d'après les lettres de M. Dupuis, était partie le 15 octobre, il nous restait à nous informer du côté de la frontière chinoise; car, pour envoyer de

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