‹ La province chinoise du Yün-nan (volume 2)Chapitre 82 sur 174 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LES ABORIGENES DU YÛN-NAN

5\iîs le résume liistorique qui précède cette partie, nous ; vu qu'antérieurement à la conquête du Yiin-nan par Chinois, (*ctte vaste réjçion, connue alors sous le nom <)//, et répartie aujourd'hui entre les trois provinces du lùian, du Kuei-chou et du Ylin-nan proprement dît, ît de domaine à un grand nombre de tribus vivant à barbare; de mœurs et de coutumes à peu près semî8, elles étaient sous la conduite de chefs différents, poussés par un sentiment belliqueux ou par l'ambition andir leur territoire, se déclaraient la guerre sous le léger prétexte. La suprématie passagère que parveit à exercer certains chefs, en abusant vis-à-vis des 2s de moyens violents ou perfides', entretenait l'état irchie.

îUe était la situation de l'ancien Yiin-nan quand Temir Han Wu-ti y envoya une armée, sinon pour le soue, du moins pour y faire recoimaître l'autorité de la 3. Les tribus, dont l'invasion éti'angère menaçait l'inidance, firent trêve, en face du péril commun, à leurs tes étemelles, et les chefs, redevenus un moment unis,

guèrent contre l'ennemi. Nous avons vu également

riieureux succès des armes cliinoises et, enfin, comment les tribus, naguère libres et maîtresses du sol, furent Time après l'autre refoulées dans les montagnes.

Les tribus qui, malgré tous les efforts du gouveniemeut, n'ont jamais voulu subir le joug des Chinois, sont réduites à deux: les Miao-tzû et les Man-tzû.

Nous parlerons d'abord des Miao-tzû.

Avant l'occupation, ils habitaient la partie orientale du YUn-nan et une grande partie du Kuei-chou; chassés des plaines oii s'étaient établis les nouveau-venus, ils se concentrèrent i)re8que totalement dans le Kuei-chou et se reti'anchèrent dans les districts montagneux de cette province. Depuis lors, bien que quelques-uns d'entre eux, sous la pression du gouvernement impérial, se soient soumis .en apparence, la majorité a conservé son indépendance.

Se tenant tout-à-fait en dehors de la population cliinoise, les Miao-tzû installent leurs villages au sommet des montagnes, et les entourent de murailles en terre ou de palissades, destinées à les protéger contre les maraudeurs et les bêtes féroces. Ils cultivent aux environs du blé de Turquie, beaucoup de sarrasin, et du riz, si le sol est favorable à cette plante. Outi-e les travaux des champs qui ne les occupent qu'une faible partie de l'année, ils se livrent à l'élève des chevaux et des bestiaux et à l'exploitation de quelques mines de galène argentifère.

Parmi ceux que nous avons vus dans l'est du YUn-nan et dans le Kuei-chou, on distingue trois variétés : les Blancs, les Bouges et les Noirs. Ces épithètes leur ont été appliquées pour désigner non la couleur de leur peau, mais celle de leurs vêtements. Il serait, du reste, fort difficile, si ce

LES MIAO-TZO.

irest de cette manière, de remarquer dans les uns et les autres la moindre différence : ils appartiennent tous à une seule et même race.

De petite taille en général, les Miao-tzil sont robustes et bien pris ; leur teint est un peu bistré, mais leurs traits sont réguliers et ils n'ont pas les yeux obliques; ils portent les cheveux très longs et les massent au sommet de la tête en forme de chignon. Néanmoins la toilette ne les préoccupe guère, et chez les femmes on ne constate que le sentiment de coquetterie naturel à leur sexe. Chasseurs adroits et déterminés, ils se mettent en campagne durant la morte saison; ceux des frontières du YUn-nan chassent le cerf musqué et le léopard, et comme ces animaux y sont nombreux, leur chasse est lucrative : les peaux et les poches à musc sont vendues ou échangées par eux sur le marché voisin, et quelquefois, pour s'éviter la peine de descendre jusque dans la plaine, ils traitent avec les colporteurs ou les petits marchands qui de temps à autre vont trafiquer dans leurs villages. Les Miao-tzù détestent les Chinois : aussi saisissent-ils toutes les occasions propices de se venger sur leurs ennemis des exactions de toutes sortes que les mandarins leur font subir ; or, comme il est difficile aux soldats de les poursuivre au milieu de leurs rochers, on se contente d'exercer à leur égard une active surveillance.

Il n'est pas douteux que si les hauts fonctionnaires, dès leur installation dans cette nouvelle conquête, avaient su par de bons procédés s'attirer, comme avaient fait Chu-ko Liang d'abord et Wu San-kuei ensuite, l'affection de ces peuplades, elles auraient fini par oublier leurs griefs, et avec le temi)s elles se seraient rangées docilement sous la bannière impériale. Loin de suivre cette politique prudente

que (le grands hommes avaient les premiers mise en pratique, les Cliinois, avec l'orgueil d'une race supérieure, ont employé la force pour dompter les vaincus, et leur ont témoigné en toute circonstance un profond mépris en les prétendant issus de reptiles ou d'animaux malfaisants. Us ne savent point s'assimiler les races moins civilisées qu'euxmêmes, et ce trait de leur caractère social peut être constaté partout où ils ont étendu leur autorité, dans le Kueicliou comme dans le Thibet.

Les aborigènes qui, après les Miao-tzù, ont le plus lutte contre l'invasion chinoise, sont sans contredit les Man-tzû. Ce peuple qui, selon les historiens chinois, était très nombreux avant la conquête, occupait le nord du Yfln-nan et le sud du Sstt-ch'uan; malgi'é une résistance opiniâtre, il a été rejeté dans les hautes montagnes qui bordent le cours du Yang-tzù-chiang, et dont les ramifications s'étendent à l'ouest jusqu'à Ta-li-fu et à l'est jusque dans le Kuei-chou. C'est la seule des tribus primitives qui nous paraisse à peu près mériter cette qualification de sauvage ou de barbare, dont les Chinois sont prodigues. Affaiblis par la guerre sans relâche qu'on leur a faite pendant une longue période de temps, et, malgi'é les progrès introduits chez leurs voisins les Hei Lo-loj ils n'en continuent pas moins à s'isoler du reste des hommes à tel point que, les Chinois, fatigués de lutter, ne les tourmentent plus.

Le sol des plateaux qu'ils habitent, bien que situé à une altitude qui varie entre 2,000 et 3,000 mètres, est assez productif; ils cultivent un peu de maïs, du sarrasin et des pommes de terre ; ils élèvent des bestiaux et s'adonnent avec passion à la chasse. Leur nourriture consiste en galettes de

Page 1