I.ES MAN-TZU
céréales, en pommes de terre, en gibier, bœuf et mouton; ils cuisent la viande au feu d'un brasier et la mangent presque saignante.
Il n'est pas facile d'obtenir des renseignements précis sur leurs mœurs et coutumes; les Chinois de leur voisinage ne les connaissent même pas, et se plaisent à débiter sur leur comi)te les histoires les plus extravagantes. Un fait certain, c'est que, quand la récolte manque ou qu'elle est détruite par les bouleversements qui se produisent fréquemment sur ces régions élevées, il n'est pas rare que, poussés par la famine, les Man-tzû descendent dans les plaines, pillent les villages et souvent y enlèvent des otages qu'ils rançonnent le plus qu'ils peuvent. C'est dans une irruption de ce genre qu'un missionnaire, qui se rendait dans le nord pour aller voir son évêque, fut pris par une bande de ces pillards et emmené, malgré ses protestations, dans leur repaire, où il eut à supporter toutes sortes d'avanies : on le déshabilla et on lui fit tourner la meule d'un moulin à maïs, à la place d'une bête de somme. Ce violent exercice ne tarda pas à le fatiguer, et sur son affirmation qu'il était à bout de forces, l'un des chefs, plus humain que ses subordonnés, le fit exempter de cette corvée. Après quelques jours de détention où à chaque instant le sabre était levé sur sa tête, les chefs, convaincus qu'ils n'obtiendraient aucune rançon, le mirent en liberté, mais sans lui rendre ses habits. On comprend que les Chinois aient quelque raison d'avoir peur de ces terribles montagnards, qu'ils sont forcés de supporter à cause de leur impuissance à les réduire par les armes.
Si nous jugeons ces barbares d'après ceux que nous avons vus durant notre séjour dans cette province, ou par ce que nous avons appris de différentes sources et particulièrement
8 LES ABORKiÉNES DU YtÏNNAN.
de quelquett-unes de leurs victime», nous n'hésiterons pas un seul instant à les ranger parmi les autochtones du Ylin-nan : ils appartiennent à la même race que les Miao-tzû, les Lo-lo et les Lissou. Séparés depuis très longtemps de ces derniers, ils ont gardé avec* plus de fidélité lés coutumes de leurs ancêtres; dans quelques localités, ils habitent les mêmes plateaux que les T^o-lo noirs, et iK>urtant ils ne s'allient pas avec eux ou du moins très rarement, et en d'autres endroits ils leur font une guerre ouverte ; ils se croient de beaucoup au-dessus d'eux et regardent avec dédain tous ceux qui ont accepté la servitude chinoise.
Au premier abord, on est frappé de l'aspect vigoureux de CCS montagnards : ils ont les traits accentués, les yeux bridés, le regard hardi, Tair dur et quelquefois féroce. Nous en avons vus de barbus, mais ils sont rares; ils portent tous leurs cheveux; la couleur n'en est point, dans (*ertains cas que nous avons vérifiés, de ce noir d'ébène qui caractérise la race mongole, mais presque châtaine, et ils sont plus souples que ceux des Chinois. Ces indigènes sont assez grands et robustes, avec les épaules larges, les formes parfaitement dessinées, le teint presque toujours d'un brun sombre. Insouciants de leur naturel, ils sont en général mal vêtus et sales.
Leurs femmes, de même que celles des Lo-lo, paraissent bien proportionnées : elles sont fortes et vigoureuses, et travaillent plus que les hommes. Les traita; de leur visage, bien que grossiers, n'ont pas cette dureté qu'on trouve chez riiomme et offrent sous tous les autres rapports beaucoup d'analogie avec* ceux des femmes Lo-lo.
La dénomination de Man-tzil ou .sauvaf/es, terme de mépris dont les Chinois les ont gratifiés, ne remonte qu'à