LE MARIAGE CHEZ LES LO-LO
leur consentement, n'ont aucune sympathie l'un pour l'autre et leur préférence s'adresserait ailleurs; mais quand les parents ont parlé, il ne reste aux enfants qu'à obéir, ce qu'ils font du reste sans murmurer.
Au jour indiqué pour la cérémonie, les invités de chaque famille se réunissent chez leurs hôtes respectifs. Les amis de la mariée l'accompagnent jusqu'au logis du futur; au lieu de s'y rendre en grande pompe, c'est-à-dire en palanquin rouge à quatre porteurs, où elle serait enfermée à clef et dérobée à la vue des passants, selon l'usage chinois, notre épousée marche simplement à pied; ou si la famille a de la fortune, ce qui est rare, elle monte un cheval, dont le harnachement est garni de bandes de calicot rouge. Quelquefois même, d'après l'importance du village et la position des parents, une ti-ôupe de musiciens jouant de la mandoline, du tam-tam et du fifre exécute, à la tête du cortège de noces, un concert des plus discordants. En arrivant chez son futur, la fiancée commence par aller droit à lui et par lui adresser un profond salut; après quoi, elle en fait autant à chacun des pîfrents et des invités. Et c'est tout, la voilà bien et dûment mariée. H n'y a pas d'autre cérémonie. Les invités, parmi lesquels se trouve toujours le chef du district, remplissent par leur présence le triple rôle du maire, du curé et du notaire.
Les politesses d'usage échangées et lorsque les deux familles ont reçu les félicitations des invités, on dresse des tables et des bancs, la plupart du temps dans les cours (car les maisons sont trop petites pour y recevoir à la fois une trentaine de personnes); chacun prend place, de même que la mariée ce qui ne se fait pas chez les Chinois, et lui repas des plus copieux est servi. Le vin de riz, comme
chez les Chinois, figure sur la table en même temps que les met4!j, et les convives, en savourant cette boisson capiteuse, à laquelle ils ne goûtent pas souvent, picorent à l'envi, au moyen de leurs baguettes, dans le plat qui leur convient le mieux. Les libations se succédant, la gaîté ne tarde pas à dérider les visages; on échange de joyeux propos, les jeux se mêlent de la partie, le vacarme devient tel qu'on finit par ne plus s'entendre. Cependant, comme la coutume exige (coutume commune aux Chinois) qu'après avoir bien bu l'on doit clore le repas en mangeant nue ou plusieurs tasses de riz, sous peine, croit-on, de porter malheur au nouveau ménage, la plupart font de sincères efforts pour satisfaire à cette tradition. Les repas de noces, que les I-jên appellent « manger le Tsao-huo-yen », commencent dans l'après-midi pour finir à la nuit close et quelquefois même à une heure assez avancée. Avant de se retirer, chaque invité vient, d'un pas chancelant, présenter ses compliments aux nouveaux époux.
Ici se placent certains détails caractéristiques q.ue Ton remarque cliez toutes les tribus de Lo-lo.
Un vieil usage veut que le lendemain des noces la mariée quitte le toit conjugal au lever du soleil et revienne chez» ses parents, sans autre souci de son mari ni de sa nouveli^ famille; elle n'a le droit de retounier auprès de son épotf^ que quand elle ressent les premiers symptômes de la mate^ nité. Pendant toute la durée de cette séparation, elle jou^ d'une liberté complète, et ne se fait faute de courir les vi^^ lages voisins ni de prendre sa bonne part des fêtes et de. '^ amusements de la jeunesse. Si, au bout d'une certain époque qui varie entre un an et dix-huit mois, elle uY^prouv aucun symptôme de maternité, le mari, convaincu qu'il n'