‹ La province chinoise du Yün-nan (volume 2)Chapitre 92 sur 174 · ORIGINE DE LA REBELLION · texte numérisé non relu

ORIGINE DE LA REBELLION

Au coiniiieneenieiit, les gisements métallurgiques étant d'une grande étendue et très abondants, les deux camps rivaux n'eurent aucun sujet de jalousie; une certaine symliatliie existait même, entre eux, et ils s'obligeaient réciproquement loi*sque les circonstances l'exigeaient. Les Lîn-annais, réputés pour leurs connaissances minières, sont de mœurs simples et d'un caractère indépendant; habitués de bonne lieure aux travaux souterrains, ils étaient plus aptes à ce l>énible labeur que leurs camarades du nord de la province. La plupail: des teiTaîns, du sud à l'ouest, étaient entre leurs mains. Les musulmans de Lin-an, plus robustes et plus fiers que 4e8 Cliinois du même département, ne le cédaient en rien quant à l'activité; ik accouraient toujours les premiers dans les districts qui offraient le plus de ressources.

Les filons de galène argentifère étaient alors d'une grande richesse; l'extraction en était facile et donnait des résultats lucratifs; aussi, le nombre d'ouvriers de toute catégorie croissait-il de jour eu jour. L'esprit d'accaparement dont tout bon Chinois est animé poussa les Lin-annais à s'étendre le plus possible afin d'empêcher l'extension des musulmans. Ces derniers, dont les gîileries ne rendaient que des produits médiocres, n'en poursuivaient pas moins leur tâche ingrate avec calme et résignation, dans l'espoir qu'un jour ou l'autre le succès, sur lequel compte la mineur, viendrait enfin récompenser leurs efforts.

A l'époque oii nous nous sommes reportés, tout indiquait Taisance et la prospérité. Plus de dix-huit cents mineurs, tant chinois que musulmans, étaient dispersés dans les nombreuses galeries ou desservaient les fourneaux échelonnés Bur le flanc des montagnes, où les I-jên apportaient chaque jour le (*harbon de bois nécessah-e au traitement du minerai.

:V> r.A ïikhFAAAnS MLSLLMANE ALT YtX-XAX.

f!*» «listrict. nîijrn^r^r sflenrienx. respirait une fiévreuse activ\U\. iMns t«)Uttîî^ los «lireftionH le ïM>1 était I)«>aleversé et «tonnait ari'è« à une quantité <le jraleries. à Fentrée «le»fjiH'IlrH «'talent installérH «len i^abane» couvertes en ehamne, M^Tvaiit ^U: hanjçar «t «raî^ilt^ anx onvrier* quL en vêtements i\v toilf {fri«#-. vinairnt y <lép«>fter la charge de minerai q II" ils allaient iinniriliatement rt*n«)nveler. Le U)og lies seotirr.H. IcH flurvanx <lii pays, habituée à «rravir les* mnnta^eïjL fraiiMport;iirnt flans h-s fliffcrcnts hameaux iralent*mr île* pn> virti^>urt on U* plomb rlrjrajçc il# minerai.

Ij' soir, la sr-^ne rlianjçeaît d'aspect: les mineure, harassées (te htiffuc, allaient, après nn frupil repas, demander an sfimmcil lies forcer iKinr le lendemain. Les tbnmeanx eontinnaient leur (envre de transformation et vomissaient des e/d/»nnes d'une fumée jaun;itre, qui s'élevait lourdement dans l'»tin(mplière: a eliaque eoup de pisttm du soufflet s*échapp^if un jet de feu qui, (mi illuminant les ténèbres^ prêtait Hu p»ys^t((e une teinte à la fois fantastique et sinistre.

Tetfe période prospère devait être d'une courte durée. Les filons exploités pur les musulmans donnèrent bientôt de meilleurs résultats. La (|uantitc de minerai n'était |>eut-être pas plus eonsidéruble, mais (dic était beaucoup plus riche et >issur«it h leur tnivuil une rémunération alK)ndante, tandis que du eoté îles Cliinois le contraire avait lieu, par suite de rauf(iu<*ntation notable de la poimlation ouvrière et de raffuiblisseuM'ut cb's veines; delà, diminution importante des bénéfices. (Îch dc^rnicrs décidèrent d'abandonner leurs lots et allèrent deuuindcr du travuil chez les musulmans, qui répondirent par un refus formel. Il n'y a pas de plus vif stimulant que le besoin; les (Chinois ne se tinrent pas pour battus et rencMi vêlèrent leur tentative, (pii n'aboutit malheiireusenieut

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qu'à aigrir les esprits et à détruire riiarniouîe qui avait existé jusqu'alors. C'était, à la vérité, luie situatiou saus issue; les musulmaus se trouvaieut aux prises avec leurs iutérêts et leurs principes, tandis que les Chinois essayaient d'échapper aux étreintes de la misère. Il y avait d'ailleui's dans le camp de ceux-ci une foule de ces gens sans aveu qui, ennemis du travail, voient dans le désordre une source

facile de gain et recherchent avec avidité le mohidre pré-

texte pour vivre aux dépens de leurs semblables. Cette vile engeance ne se fit pas faute d'exciter ceux qui réprouvaient encore les actes de violence. Les débits de thé devinrent des foyers d'agitation; des réclamations on passa aux disputes, puis aux menaces, et finalement on en vint aux mains. La guen'e était déclarée. Les propriétaires qui dirigeaient les exploitations s'épuisèrent en vains efforts pour sauvegarder leur position et faire rentrer les égarés dans le devoir : il était trop tard. Tous les esprits étaient surexcités, et la masse, entraînée par le courant, n'attendait plus que le moment propice pour commencer les hostilités.

Les premières rixes coûtèrent la vie à quelques individus et donnèrent au conflit un caractère de plus en plus alarmant. Le mandarin*, qui, au début, aurait facilement pu calmer l'eftervescence, faisait maintenant d'inutiles efforts et ne réussissait pas à prévenir la tourmente, qui s'aimonçait avec une violence particnUière. Craignant pour sa vie au milieu de cette multitude affolée, ce fonctionnaire abandonna 80n poste et retourna à YUn-nan-fu , où il rédigea un rapport accablant contre les mahométans.

< Dans toutes les exploitations un peu considérables, le gouvernement désigne un mandarin civil et des attachés militaires, qui ont pour mission de maintenir l'ordre et de percevoir en même temps les droits exigibles; le grade du mandarin est, d'habitude, en rapport avec Timportance des (ieux.

Ceux-ci, quoique bien inférieurs en nombre, mais beaucoup plus vigoureux et plus braves, avaient repoussé le« Cliinois et étaient restés maîtres du terrain minier.

Cette victoire ne fit cependant que leur inspirer des appréhensions, et, au lieu de continuer leurs travaux, ils fortifièrent leur camp, convaincus que les gens de Lin-an, aussi téméraires que méchants, chercheraient à venger leur défaite. Bien leur en prit, car cette fois l'ennemi se présenta avec des forces imposantes. Les gens de Lin-an avaient réuni sous leur bannière tout le rebut de la population, tacitement protégés dans leur entreprise par les petits mandarins qui, n'aimant i)a8 les musulmans, femiaient les yeux sur les préparatifs qui s'organisaient au grand jour. L'autorité supérieure, en Chine plus qu'ailleurs, est obligée de compter avec les masses; elle gardait donc, entre temps, une attitude expectative.

Les musulmans, attaqués par des forces supérieures et n'ayant pas assez de provisions pour soutenir un siège, furent vaincus et refoulés dans les forêts voisines. Ce fut pour eux une catastroplie : iine partie des leurs trouva la mort sur le champ de bataille; leurs blessés furent massacrés, et ce qu'ils possédaient tomba presque entièrement aux mains de leurs adversaires. Dénués de ressources au milieu des montagnes, ils se décidèrent à regagner leur pays (département de Lin-an) dans le but de ramener, à l'exemple des Chinois, des renforts pour chasser les envahisseurs.

Mairsu-clmig(,|| ^ J|g), frère de Ma Hsien (^ ^\ que nous verrons i)lus tard à la tête du mouvement, fut tué dans cette échauffourée, et un exprès fut envoyé à la famille pour l'informer de la mort de son chef. Ma Hsien, jeune encore, avait quitté depuis peu les mines de l'est et était rentré

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cliez lui pour se préparer aux examens militaires. Il venait d'être reçu Wu-Lsiu-ts'ai ^ (;^ ^ >J") lorsqu'un de ses compagnons lui apporta la nouvelle du triste sort de son frère. Il quitta immédiatement ses foyers et rejoignit les musulmans.

Les Lin-amiais, non contents d'avoir battu les musulmans et de les avoir chassés des exploitations, les poursuivirent jusque dans les villages voisins, massacrèrent tous ceux dont ils purent se saisir et allèrent jusqu'à Cliu-lisiung-fu (^ ^ f^)'i ^^ ^^^ commirent les plus grandes cruautés contre tous les sectateurs de Mahomet qui ne cherchèrent pas leur salut dans une prompte fuite.

Pendant ce temps-là, les mines étaient abandonnées, et le besoin commençait à se faire sentir des deux côtés; mais, chacun s'attendant à une nouvelle attaque, ne songeait qu'à multiplier ses moyens de défense.

Les musulmans ayant, depuis leur échec, réuni des forces sérieuses, revinrent, avec Ma Hsien à leur tête, pour rentrer dans leurs droits. Après une lutte acharnée, les Chinois, voyant leurs rangs s'éclaircir, battirent à leur tour en reti'aitc. Ils furent vivement poursuivis jusque sous les murs de YUn-nan-fu, où les musulmans, satisfaits de leur victoire, s'aiTêtèrent.

Les mandarins, jusqu'alors, avaient laissé agir les combattants, mais songeant enfin à calmer les griefs des musulmans, ils s'interposèrent entre les deux partis avec d'autant plus d'efficacité qu'ils avaient éprouvé l'un et l'autre des pertes sérieuses, et les ramenèrent à de meilleurs sentiments; ils firent si bien qu'au bout de quelques jours les travaux reprirent leur cours. La misère ne contribua pas peu à

* Ce titre signifie bachelier milUaire,

i-r- -p^'irn- iiiiu- --fiî- Tr-"*"- i»?r— ^ itt- |«<iirv»iï «&wt i-- p-u'-riir «j-r- 7«r> ta •€ • srrrnnaar imnwJleiiieiii-

f^ •?€<: t»*^jn'^ rr* "r"»»iîi»f-*- -"— ••nmrat-^reiii. Lit* ■CiniKBfi. î*rv «1- ;« -; uiuitiif *.*r^ n^aifi-iTiiï-. a^r^iilaiciir dngurw < f' r'iin»r> f^uTv -^mr-nii^ i.n. i a'yair yBtr k- raxacsÉère «-

i^iL» !»•-••• «rcir' t '*i'»*'iur uif^ iiT' Crédita ♦^f^re. OLBupLiiag- ••i. Il rVuipj^t: ô*r • •TTr** *<^ "icr^T^ k (-«iiK-lTire un junapp-

I>'*^ îLU•^vJxu*Lll^. '•-•i'£*i!> -iioi^ «^t> jfTvflDedîtt^. rrtMiinièrait

L*r \ i<**r'roj\ iKHujur ju<c t^r }»ti. ^Tah ^Tîdemnient à cœur <i^ doijii*fr is^tUfa^-tk/rj au proplr. maî^ il n"êîaît pas libre de 1^ fair^^. *^urtout â caaMr d'an p^rsiton^i^ influent, nommé Hiiaijfr r'Iiuijjr I J^ j^j. ancien \ii-e-pr^ident dn ministère iU'. la jTuerre. qui détectait le^^ mali«.tuiétans et voolaît à font prix i'M di'J>arra*4»*er la province. Cet ancien fonctionnaire rhï^^\\. aprch qiieliiucr^ iKiuqiarlerîi. à faire partager ses SWM par le F'ii'tai Su H^in^-a (^ ^ ^) : il ne s'agissait de, riepi riioiiiH que d'un inart^acre jrénéral des sectateurs de riHiarii, IIk adrcHHcrciit, daiiH cette al>ominable intention, de nouveaux rapportK au {çouvcmcuient impérial, dans lesquels iU preKenlaîent cck deniierw (romme prêts à fomenter un Houleveuient, ni Ton ne prenait des mesures énergiques, pour

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