‹ La province chinoise du Yün-nan (volume 2)Chapitre 97 sur 174 · PROGRES DE LA REBELLION · texte numérisé non relu

PROGRES DE LA REBELLION

Au milieu de ce désordre croissant, les revenus de Tétat ne cessaient de diminuer. Chaque chef percevait des taxes dans son district et en affectait le produit à ses propres besoins. Les impôts considérables que rapportait le départe-

ment de Ta-li échappèrent naturellement au contrôle du gouvernement provincial au fur et à mesure que les localités tombaient au pouvoir de la rébellion.

Chaque jour marquait un nouveau désastre pour les impériaux. Après la défection des villes de Ta-li qui ne firent aucune difficulté pour accepter le nouvel état de choses, vint celle des régions qui avoisinent la Birmanie et le Thibet, la plupart habitées par des races mixtes ^ Les mandarins (les distiîcts encore fidèles, cédant aux suggestions d'une prudence qu'on peut qualifier d'excessive, vinrent à la capitale faire des rapports décourageants sur l'état des esprits, et chercher sous les murs de la cité un abri pour eux et leurs familles.

Lorsque le suicide du vice-roi et les motifs qui l'avaient poussé à cet acte de désespoir furent connus à Pékin, la nouvelle causa une extrême sensation. Chang Liang-chih ( ^ ^ ^) fut nommé au poste vacant, et ce n'est qu'à son arrivée dans le YUn-nan que la cour fut mise au courant d'une faible partie de ce qui avait eu lieu, les mandarins coupables s'étant bien gardés de signaler les désordres toujours croissants que leurs actes avaient provoqués. Accablé par la rébellion des T'ai-plng et sur le point de signer im traité avec les Français et les Anglais, le pouvoir, central ne put s'occuper avec efficacité de ce point éloigné de

1 Min-chia, I*jên, Pa-i, I-chia, Hsi-fan, Sham, Lissou etc.

l'empire, et laissa toute latitude au vice-roi, dont les ressources étaient malheureusement bien restreintes.

Pendant que les mandarins restaient inactifs, les chefs on Kuan-shih, qui avaient pris en mains la direction des affaires de leurs districts, faisaient de grands préparatifs et attendaient le moment favorable pour se prononcer en faveur des musulmans. Les nombreux amis du gouvernement déployaient de leur côté une louable énergie pour faire face aux rebelles. L'un d'eux surtout, un ancien muletier du nom de Lin Tztt-clung (^ -^ ^), originaire du Kuei-chou, montra une audace remarquable qui lui valut le commandement d'un petit corps de partisans ; il rendit dans ce poste des services signalés et acquit plus tard le grade de général de brigade. Du reste, à cette époque de confusion, tous les belligérants jouissaient d'une grande indépendance et éclipsaient complètement l'autorité civile, trop heureuse de voir ses troupes garder une fidélité nominale.

La lutte prit ainsi tout le caractère d'une guerre civile, dans laquelle le gouvernement, impuissant à intervenir momentanément, se contenta de prodiguer ses sympathies à ceux qui lui témoignaient une soumission apparente.

Les musulmans s'empressèrent, ainsi que nous l'avons dit plus haut, de compléter leur organisation. Ma T6-hsing fut élevé par ses coreligionnaires au rang de Yllan-shuai (7c 6l|l )? titre équivalant à celui de dictateur et qui lui donnait tous les pouvoirs.

Ce grand-prêti'C, d'origine musulmane, étuit né en 1793, la cinquante -huitième année de Chien -lung (^ g^), dans un village de la vallée de Hsia-kuan (^ |g), à 10 lis de Ta-li-fu. Fils de commerçants établis dans le district, il fut mis à l'école dès son enfance, et à Fâge de dix-sept ans il

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