‹ La province chinoise du Yün-nan (volume 2)Chapitre 99 sur 174 · MA H81EN 8'KMPARE D'A-MI-CHOU · texte numérisé non relu

MA H81EN 8'KMPARE D'A-MI-CHOU

Chinois répaiulaient sur le j[îoiiiptc des musulmans, n'eurent aucune contiance dans la lettre que Ma Hsien, avant de livrer Tassant, leur avait fait parvenir; ils se préparaient même à résister lorsque les assiégeants pénétrèrent dans la ville. Malgré la méfiance dont ils avaient fait preuve à regard de ces derniers, ils furent épargnés, tandis que les Chinois convaincus d'avoir pris les armes furent mis à mort. Les villages de la plaine qui avaient participé au massacre des malumiétans furent hrûlés et leurs habitants dispersés.

Dans l'intention de rattacher plus solidement les I-jen à sa cause. Ma Hsien leur confia la police et l'administration de la ville, à condition qu'ils lui fourniraient la quantité de riz nécessaire h l'entretien de ses troupes. Ils acceptèrent avec re(*()nnaissance cette proposition, et nommèrent une commission de notables, qui fut chargée des affaires municipales. Les Tn-ssfi* des distincts relevant de la juridiction d' A-michou se joignirent à la population urbaine, prirent le commandement de la milice et ne tardèrent pas à chasser les Chinois qui restaient encore dans la ville.

Sur ces entrefaites les musulmans du département de K'aihua-fu étaient expulsés et obligés de se réfugier à Ta-chuang (-^ J[£), village à 30 lis au sud-est d'A-mi-chou. L'élément chinois représentait les deux tiers de la population de ce village, qui tomba, après une faible résistance, aux mains des musulmans, et les réfugiés des envij'ons, y trouvant une hospitalité cordiale, s'y fixèrent, après s'eti'e emparés des biens et propriétés des vaincus.

Cependant, la prise d'A-mi-chôu ne procura pas aux vahiqueurs les avantages auxquels ils s'attendaient. Les habitants

1 Chefs directs des I-jên, comme nous l'avons déjà dit.

iV2 LA KKKELLIoX MUSULMANE AU Yt^-XAN.

(les \illt\s voisines, eff^ayé^!l des progrès que faisait la rébellion et des récits exagérés de la conduite des musulmans faits par les Chinois aux I-jén (presque en majorité dans tout le sud), s'apprêtèrent à défendre énergiquement leurs foyers.

Après avoir réglé toutes les (jnestions i)endant<îs avec les I-jén, >Ia Hsien installa des mandarins chargés de l'intendance, et dirigea des troupes sur >Iéng-tzil-hsien (^ ^ jg). ville située à (50 lis au sud de l'endroit où il se trouvait. L'armée traversa sans difficulté les collines qui forment la ligne de démarcation entre les plaines de ces deux villes, laissant à l'est Ta-chuang avec ses murs en terre. Les \illages de la ])laine de Méng-tzu, la plupart occupés par des I-jên, voyaient passer cette armée avec une certaine appréhension. Arrivé à 15 lis de la ville, le général apprit par ses espions que la |K)pulation aborigène, entraînée par l'élément chinois, était fermement décidée à résister. Avant de commencer l'attaque, et afin de ne pas être inquiété par les gens de la banlieue, qui, en cas de défaite, auraient pu rendre sa retraite désastreuse, Afa Hsien envoya un coii)s de 1,000 liommes, sous les ordres de Ma Cliêng-lin (|| J^ ;J5Jc), occuper dans les enwons quelques points stratégiques et s'emparer des riches mines d'étain de Kuo-chiu (g ^), situées à 35 lis de la ville. Ce petit district, perdu au milieu des montagnes et habité en grande partie par des mineurs et de riches industriels, se défendît avec opiniâtreté. Le chef musulman, qui avait compté sur une victoire facile, fut désap])ointé lorsque, après trois jours de combats sanglants, et au prix de grands sacrifices, il ne réussît qu'à se rendre maître d'une partie des faubourgs. 11 aurait, néanmoins, atteint scm but, mais manquant de provisions, il revînt sur ses pas et alla rejoindre la petite armée qui opérait

SHÈN (H'AO-FU EST NOMMÉ CHEF DE LIN-AxV. 53

(levant Meiiji^-tzil. Sa retraite sauva les Impériaux qui, ne ])ouvaiit plus soutenir un siejçe aussi meurtrier, avaient pris la résolution de fuir la nuit suivante.

Ma Hsieu n'avait pas été plus heureux; tous ses efforts étaient restés inutiles. A la fin, il conçut l'idée de creuser des mines aux quatre portes, afin de faire sauter les remparts; mais à peine ces travaux étaient-ils terminés que le changement de saison amena une pluie torrentielle, comme il y en a souvent au YUn-nan; les galeries furent inondées et s'écroulèrent. Ce dernier échec décida le général à revenir à A -mi -chou, et de là dans ses quartiers de Kuang-i.

A Lin-an et dans ses environs, la défense se montra plus active que partout ailleurs. On se rappelle que, dès le début de l'insurrection, les musidmans furent chassés du village de Hui-lung. Plus tard, lorsque Ma Hsien vint menacer ]^Iêng-tzu, les Lin-annais qui, jusque là, n'avaient qu'une organisation imparfaite, reconnurent la nécessité de rassembler toutes leurs forces et ils mirent à leur tête un riche Kuan-shih des environs nommé Shên Cli'ao-fu (*^ ^ ^). La milice armée constitua une force suffisante pour repousser les corps de rebelles, qui manifestaient l'intention d'effectuer une descente dans la plaine. Shên Chao-fu, homme d'un certain âge, manquait d'énergie et d'initiative dans les occasions difficiles; ayant conscience de ses défauts, il fit désigner pour le seconder un homme, jeune encore, du nom de Liang Shih-mei (^ i |^). Celui-ci se fit remarquer dans ses fonctions par une volonté de fer et par une haine implacable conti'c les sectateurs de Mahomet. De plus, l'organisation et l'administration du département reçurent de lui

une forte impulsion; des douanes et des li-chin^ (^ ^) furent établis dans toutes les villes et aux principaux passages; les revenus, eonsidéraldenient augmentés de la sorte, lui permirent de comi)léter rarmenient des liommes placés sous ses ordres. La population vive et turbulente du sud, voyant les innovations introduites par ce jeune capitaine, le considérait déjà comme un liliérateur et lui accorda son entière confiance. Sliên Cli'ao-fu, inactif, se vit délaissé pour son lieutenant; il tenta de ressaisir Tautorité; mais il était trop tard et il dut même la remettre toute entière à Liang Sliih-mei. Celui-ci choisit parmi les siens des gens capables et dévoués et leur distribua les commandements. Il réunit également les T'u-ssil et les petits chefs des I-jên, auxquek il fit quelques avantages pour s'assurer de leur fidélité.

A peine Ma Hsien eut-il réparé ses pertes, qu'il apprit que la plupart des villages musidmans du nord étaient assiégés et sur le point de tomber au pouvoir des troupes chinoises. Il quitta Kuang-i à la hâte, délivra les points menacés qui étaient sur son parcours et résolut d'aller investir Yun-nan-fii, la capitale (huitième lune de la septième année Hsiên-féng, 1858). Il ne rencontra pas d'obstacles sur sa route. Les villes, loin de suivi-e l'exemple de Mêng-tzfi, préviiu'cnt les exigences de l'envahisseur et satisfirent à tous les besoins de rarniée. Comme lors de sa première marche, les aborigènes qu'il rencontra sur son passage lui offrirent leur concours. A la vue de l'attitude favorable de la population, il put (*roire un instant que la prise de la capitale viendrait couronner ses faciles succès, mais son illusion fut de courte durée.

' Les Li-chin (ou Ll-hin)^ bureaux secondaire.s de douane, doivent leur nom à la taxe de 1 H (le millième du taël) fju'ils per(;oivent sur toutes les maiThaudises.

MA HSIEN MAKCHE SUR LA C^APITALE. 55

Lin Tzil-chiu, que nous avons vu suivi-e la carrière des armes, était maintenant à la tête de la défense; il refoula à plusieurs reprises les bandes éparses qui menaçaient les en\irons de la cité, et augmenta, considérablement les forces impériales, succès qui lui valut une grande popularité. Ses partisans soutinrent avec tant de fermeté le choc de l'armée musulmane, que Ma Hsien, voyant les difficultés de son entreprise, se replia de nouveau sur Kuang-i.

Avant de suivre les opérations ultérieures des généraux musulmans, résumons la situation des deux partis à cette époque.

Le^ forces musulmanes, quoique opérant de concert, sous les ordres de Ma Tê-lising, étaient divisées en deux cori)8 complètement distincts, et avaient, par conséquent, deux administrations différentes. Tu Wen-hsiu, que ses victoires avaient conduit jusqu'à Chen-nan (^ ^), était à la tête des troupes de l'ouest et ]Vla Hsien de celles du sud.

Les aborigènes : Pa-i, I-jcn, Miao-tzil, Man-tzil, Lissou, Min-cliia, etc., profitent partout de la faiblesse des Chinois pour revendiquer lem- ancienne indépendance et descendre dans les plaines d'où ceux-ci les avaient chassés.

Du côté des Chinois, tout est désordre, chacun s'arrange à sa guise. On manque surtout de chefs, et cela explique comment certaines villes restent indifférentes au mouvement, tandis que d'autres se défendent avec opiniâtreté. A Yilnnan-fu, nous avons vu Lin Tzil-chni montrer une certaine activité et repousser les attaques de Ma Hsien, succès qui lui vahit le grade de T'i-tu (:^ ^) ou général de division. Dans cette nouvelle position, se sentant fort de l'appui du peuple, il efface bientôt l'autorité du vice-roi, qui, pas plus que les autres mandarins, n'était à même de prendre la

56 Ï^A UKJJELLION MUSULMANE AU YCN-NAN.

direction de la défense. Lin Tzil-clim était, niallicureusemeut, d'un earaetère impérieux et irascible, et c'est dans un de ses fréquents accès de colère qu'il fit exécuter deux mandarins civils pour ne pas avoir obéi ponctuellement à ses ordres. Il portait au fond un dévouement sincère aux affaires de la province, et faisait tous ses efforts pour alléger les maux de la guerre; mais cet acte arbitraire le voua à la haine de ses collègues et le fit mettre au rang de ceux qui, plus tard, devaient rendre compte de leur conduite au gouvernement central.

Durant cet intervalle, le Fu-tai Su Hsing-a mourut; Hstt Chili-mei (^ ;^ ^), qui faisait partie des Ssû-tao\ fut nommé à sa place. Cette nomination porta le dernier coup à l'autorité du vice-roi, laquelle de nominale qu'elle était, finit par d<îvenir tout-à-fait passive. Ce haut mandarin, qui, depuis son arrivée dans la province, avait fait de son mieux pour réconcilier les partis, fut humilié de la position où on le plaçait, et, ne voulant pas eti'e plus longtemps le jouet d'une opposition systématique, il quitta son poste et se rendit à Pékin. Lin Tzil-chin, resté maîtie du terrain, poursuivit Torganisation de la défense, tandis que le Fu-fai prit la direction intérieure.

Pendant qu'on se i)répare à la guerre, des bandes armées parcourent la (*am[)agne et portent j)artout la terreur et le

^ Les tSsn-lfw ( ™ jg ) ou les t/uatre admiimtratenr/t de la ))rovince, sont, aprèî* le vice-roi et le Fii-t'ai, les mandarins civils (jui occupent les plus hautes fonctions. Ainsi :

Le Fan-t'ai (^^ m) ou Pu-cIkmi^-ssii a la haute direction des tlnances:

le Nieh-t'ai (^ ]^j ou An-chVssu est le ^n-and juja^e provincial;

le Yen-yiin-ssti (^ j^ 1^) est char^^ê de l'administration du sel:

le Lian^-fai (jj^ ^ ) est cliar^i'^ de faire rentrer l'impôt qui est payé en ^rain.

LIN TZLM'ïriN PREND LA DIRIX'JION DK LA DÉFENSE. 57

désordre. La province devient un vaste champ de bataille. La population aisée fuit tous les jours; le commerce est entièrement arrêté; chacun n'aspire qu'à se mettre à l'abri des luttes qui se préparent. Les artisans, privés de travail, embrassent presque tous le métier des armes qui leur permet le plus souvent de vivre au jour le jour, et si quelquefois la solde fait défaut, ils ont recours au maraudage pour ne pas mourir de faim. L'argent, la sécurité et tous les éléments de prospérité ont disparu pour faire place au vol et aux spoliations organisées.

Les musulmans sont maîtres de la situation, et les Chinois, faibles et divisés, peuvent tout au plus remporter quelques «uccès dans la défense.

Page 1