LE GRAND-PRETRE MA TE-HSING
avait une teinture suffisante de la littérature chinoise. A cette époque, il alla dans une mosquée suivre un cours de langue arabe et s'assimila très vite les connaissances indispensables aux examens; il fut reçu O-hung* (^ *^) par le doyen des religieux. La soif de s'instruire le fit passer dans la province du Shan-hsi (^ g|) pour y compléter ses études en théologie. Quatre années d'assiduité suffirent pour lui donner une éducation arabe aussi complète qu'on puisse le désh-er dans un pays où cette langue est peu cultivée. Brûlant du désir de visiter le tombeau de Mahomet, il résolut de partir pour la Mecque. A cet effet, il réunit le peu de ressources dont il disposait et réalisa une somme d'environ 45 taëls d'or, soit au cours du pays 765 d'argent, et se mit en route dans le courant de l'année 1839.
n se joignit aux caravanes des marchands qui font le négoce entre le YUn-nan et la Biimanie, pour traverser les montagnes abruptes qui fonnent la limite de ces deux territoires. A cette époque, ce trajet était des plus dangereux: les caravanes ne partaient pas à moins d'être assez considérables pour pouvoir au besoin repousser les attaques des montagnards insoumis^ et des voleurs de grand chemin qui infestaient ces parages solitaires. Arrivé à Bhamo, Ma Têhsing monta sur un bateau du pays, qui le transporta à Ava et à Rangoon, où il s'embarqua à bord d'un voilier chargé (le pèlerins, qui se rendaient, comme lui, à la Mecque pour
' Ce titre équivaut à celui de softa en Turquie -, c^est celui que prennent tous les prêtres musulmans au Yiin-nan.
^ Depuis lors, la plupart des tribus qui bordent cette partie de la province, ont accepté nominalement la domination chinoise, et, comme elles ne paient qu*un tribut insignifiant, elles évitent autant que possible les difficultés qui pourraient s'élever entre leurs chefs et les autorités chinoises. C'est ce qui explique l'état de sécurité que trouvent maintenant les voyageurs.
y célébrer les fêtes du Ramadan. Après avoir fait quelque séjour dans la ville sainte, où il continua l'étude de la langue arabe, il imrcourut toute l'Egypte et alla jusqu'à Constantinople, où, en sa double qualité de Chmois et de prêtre musulman, il fut bien accueilli. Il demeura deux ans dans cette ville, s'occupa de sciences et acquit des notions d'astronomie et de mécanique. Ses ressources pécuniaii-es touchant à Ifeur fin, il lui fallut retourner dans son pays. D'Alexandrie, où il s'arrêta peu de temps, il partit directement pour Singapour. H demeura un an dans cette colonie afin de s'assurer que les jours y sont égaux toute l'année, ainsi qu'un astronome de Constantinople le lui avait affinné. Son retour eut lieu en 1846 par la rivière de Canton.
L'intéressant voyage de sept années qu'il venait d'accomplir, les objets qu'il avait rapportés de l'étranger, les connaissances qu'il avait acquises, le renom de sainteté qui s'attache aux pèlerins de la Mecque, ne firent qu'accroîti-e, le prestige dont il jouissait avant son départ, et, dès son arrivée à Lin-an, où il était allé visiter un de ses parents, les notables de Hui-lung le sollicitèrent de venir se fixer parmi eux en qualité de giand-prêtre. Il se rendit à leur désir et s'établit dans cette localité. Peu de temps après, il visita tous les hameaux musulmans des environs, où il fut reçu avec un véritable enthousiasme. On a de lui plusieui-s ouvrages en chinois sur l'asti'onomie et la géogi'aphie de l'Occident. Tel était l'homme intelligent qui fut mis, en 1857, à la tête des affîiires et qui devait partager avec Ma Hsien la gloire des armes musulmanes.
n n'est peut-être pas sans intérêt d'esquisser en quelques traits la biographie de ce dernier. Cadet d'une famille