LES LO-LO OU I-JEN
répoque de Finvasion du pays. Le gouverneur, alors chargé de l'administrer, n'ayant pu parvenir à les vaincre ni à leur faii-e accepter la domination étrangère, s'avisa de les distinguer des autres naturels qui s'étaient nominalement soumis, en leur infligeant cette qualification.
Il serait intéressant de connaître à fond les mœurs et coutumes de ce peuple, qui a jusqu'ici mis son indépendance au-dessus des bienfaits de la civilisation; malheureusement les Chinois, nous l'avons déjà dit, n'en connaissent presque rien ou n'en veulent rien connaître, et leurs historiens n'en parlent qu'incidemment et en termes sommaires et ambigus.
Après les Man-tzii, nous citerons les Lo-lo comme étant les plus réfractaires à l'état social de leurs envahisseurs.
Ces indigènes, connus au YUn-nan sous le nom générique (Vl-jên ou Lo-lo, se divisent en deux classes : les Lo-lo noirs ou Hei Lo-lo et les Lo-lo blancs ou Pai-lo-lo.
Les Noirs sont ainsi appelés, non parce que leur teint est l)eut-être un peu plus bronzé que celui des Blancs, mais à cause de l'indépendance de leur caractère et des efforts qu'ils ont faits jusqu'à présent pour éviter de se mêler aux Chinois. Ils vivent plus à l'écart, et malgré la persévérance du gouvernement impérial, il a été impossible de les amener à une soumission complète.
Cette variété d'autochtones, particulière au YUn-nan, constitue la plus importante de toutes les tribus qui l'habitent. Forcés de quitter leurs terres que les Chinois envahissaient peu à peu, ils se retirèrent en grande partie sur les hautes montagnes du nord; on en trouve aussi dans l'est, le sud et l'ouest, mais en petit nombre.
10 LES ABORIGÈNES DU YtN-NAN.
Ainsi que les Man-tzû, ils vivent sur les hauteurs où ils cultivent les mêmes produits et se montrent rarement dans la plaine. Toutefois, leur répugnance à adopter les coutumes chinoises a cédé dans quelques localités, et on les voit, à l'exemple des Pai-lo-lo, fréquenter les marchés. Avec le temps, leurs goûts et leurs passions aidant, ils se laisseront aller, comme tant ^'autres, au courant et à Finfluence irrésistible du progrès.
Les Lo-lo blancs, quoique mélangés avec les noirs et habitant les mêmes lieux, s'étendent sur toute la province; un grand nombre portent la queue, signe de servitude que les Lo-lo noirs ont toujours refusé d'admettre, et c'est de toutes les populations mixtes celle qui a été le plus assouplie par la civilisation étrangère, ce qui ne veut pas dire qu'elle ait renoncé entièrement à suivre les coutumes de ses ancêtres.
Travailleurs infatigables, ils sont doués d'une force peu commune chez des Asiatiques, et l'on est étonné de rencon- • trer parmi eux des types dont l'organisation forte et nerveuse peut être comparée à celle des Européens. Leur physionomie énergique est exempte de cette dureté qu'on remarque chez les Man-tzû; les traits du visage sont assez réguliers; le nez est en général un peu aplati et la barbe rare. Dans nos excursions nous avons vu plusieurs fois des Lo-lo à chevelure sinon blonde \ au moins châtaine.
Quoique hâlés par les intempéries de l'air et la vie rude qu'ils mènent, on trouve chez eux des sujets presque blancs. Les hommes sont d'ordinaire mal vêtus et paraissent peu s'occuper de leur toilette; leur aptitude aux travaux qui
1 Cette couleur de cheveux est assez commune au Yun-nan; c'est surtout chez les musulmans que nous l'avons remarquée le plus souvent.