‹ La province chinoise du Yün-nanChapitre 28 sur 91 · CAPITULATION DE YCN-NAN-FU · texte numérisé non relu

CAPITULATION DE YCN-NAN-FU

SOUS prétexte de faciliter Ja négociation, de changer la dernière syllabe de son nom, Hsieit en celles de Ju-luiig, et celai-ci y ayant consenti avec l'approbation de Ma Te-hsing, le Fu-t ai et ses collègues purent, sans offusquer leurs supérieurs, représenter comme le libérateur du pays celui qui, la veille encore, était d'après eux le pire des malfaiteurs.

Xe voulant pas être en reste vis-à-vis de Ma Tê-hsing, ils lui offiirent le grade de Tao-t'ai (intendant de cercle), mais le grand-prêtre déclina cette faveur et se déclara satisfait d'avoir été l'un des promoteurs de la paix. Il accepta toutefois une pension mensuelle de 200 taëls, que les mandarins, désireux de conserver son appui, lui offrirent avec une rare délicatesse.

En ce moment, le gouvernement impérial se trouvait dans une situation très embarrassante et ne pouvait soumettre à une enquête minutieuse les nominations qu'on lui proposait; néanmoins, îl les approuva. La grande rébellion des T'aipings régnait alors dans plusieurs provinces ; les mahométans du Shan-hsi et du Kan-su et les Miao-tzû du Kuei-chou tenaient tête aux armées impériales, et ces luttes intestines avaient épuisé le trésor et le pays. Le gouvernement, hors d'état de s'occuper efficacement du Yun-nan, était trop heureux d'approuver les changements officiels, proposés même irrégulièrement, qui pouvaient ramener l'ordre et la tranquillité.

La soumission de Ma Hsien (que nous appellerons désormais Ma Jurlung, de son nouveau nom) et de son armée, n'entraîna pas, comme on pourrait le croire, la pacification de la province et n'inaugura point encore une ère nouvelle de prospérité ; elle ne fit que donner des forces au gouvernement et changea le courant de l'insurrection. Elle ôtait aux

musulmans tout motif sérieux de continuer leur campagne puisque, gi'âce aux concessions des autorités, et forts de l'appui de Ma Tê-hsing et de Ma Ju-lung, ils pouvaient dorénavant se livrer au travail. Leur vengeance même ne pouvait exiger plus que le châtiment qu'ils avaient', depuis le début des hostilités, réussi à infliger à leurs persécuteurs; néanmoins, la province ne rentra pas dans le calme. Beaucoup de gens avaient contracté l'habitude de cette vie de combats et de pillage et répugnaient à reprendre des occupations paisibles; d'autres étaient mécontents de la position subalterne qu'on leur offrait dans l'armée impériale. Ces considérations firent que Ma Ju-lung et son armée furent presque seuls à se soumettre. Toute la partie occidentale qui obéissait aux ordres de Tu Wen-hsiu, alors YUan-shuai resta plus que jamais hostile aux autorités chinoises.

D'un autre côté, Liang Shih-mei, qui montra tant de vigueur dans le département de Lin-an lorsque ce district était menacé, furieux et jaloux du compromis qui accordait tant de faveurs à ses ennemis, se déclara indépendant du gouveniement provincial. Ce dernier se trouvait donc aux prises avec une double insurrection, mais sa situation était bien meilleure qu'auparavant puisqu'il pouvait compter sur la forte armée de Ma Ju-lung, lequel s'occupait déjà activement des armements militaires afin de pouvoir entreprendre une campagne contre Liang Shih-mei.

1861. — Lorsque Ma Ju-lung fut installé dans ses nouvelles fonctions et qu'il fut au courant de la marche des affaires, le Ti-tu Lin Tzû-ch'in, qui voulait se retirer, lui remit la direction des opérations militaires. Ce mandarin, que nous avons vu exercer la dictature dans la capitale et

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