‹ La province chinoise du Yün-nanChapitre 27 sur 91 · CAPITULATION DE YCN-NAN-FU · texte numérisé non relu

CAPITULATION DE YCN-NAN-FU

qui affligeaient la province? Il est difficile de préciser laquelle de ces causes prédominait en eux ; toujours est-il que les négociations, loin de se borner à la capitulation de la capitale, embrassèrent bientôt des questions de paix. Tout (Fabord, le langage conciliant de Ma Hsien parut suspect aux mandarins, qui redoutaient de tomber dans quelque piège. Puis lorsqu'ils comprirent que ni lui ni le grandprêtre n'étaient disposés à se prévaloir de leurs avantages pour venger le passé et exiger des conditions onéreuses, ils se rassuièrent, et ne songèrent plus qu'à tirer le meilleur parti possible de leur fâcheuse situation.

Huang Chung, qui jusque là avait été l'âme du mouvement anti-musulman, se suicida en voyant que sa cause était perdue. Le Nieh-t'ai, qui agissait de concert avec lui et avait rendu le fameux édit d'extermination \ cause première de la révolte, fut appelé à Pékin pour y rendre compte de sa conduite.

Dans la position critique oii se trouvait la province, la lutte n'était du reste plus possible aux impériaux. Les chefs musulmans étaient assez forts pour imposer les conditions qui leur conviendraient. Si Ma Tê-hsing, poussé par des motifs d'ambition personnelle, avait voulu, avec l'aide de sa forte armée, se déclarer indépendant, il ne lui eût pas fallu plus de deux mois pour occuper les deux tiers de la province et s'établir dans la capitale en qualité de Yttan-shuai ou commandant en chef. Tu Wen-hsiu de son côté, aurait pu en faire autant dans l'ouest, et tous deux auraient formé, comme au seizième siècle, les royaumes indépendants de Ta-li et de l'Est.

I Malgré toutes nos recherches, il nous a été impossible de nous procurer un exemplaire de ce document, envoyé en secret, ainsi que nous Ta vous déjà dit, à tous les fonctionnaires de la province.

72 LA RÉBELLION MUSULMANE AU YtN-NAN.

Les mandarins, comprenant toute la poi-tée de la situation qui, en cas de refus, amènerait forcément le démembrement de la province, profitèrent, pour traiter, des bonnes dispositions des chefs musulmans et tentèrent de ramener à eux, par une diplomatie astucieuse, les rebelles victorieux. Lé gouvernement provincial, pour se montrer généreux, offrit à Ma Hsien le grade de Clien-iai (général de brigade) et aux chefs subalternes des grades correspondants dans l'armée impériale ; de larges gratifications étaient réservées aux soldats.

Le général musulman promit que l'entrée des troupes dans la ville ne donnerait lieu à aucun désordre et que quiconque se livrerait au moindre acte de violence serait passé par les armes. Ajoutons à l'honneur de Ma Hsien que cet engagement fut scrupuleusement tenu, et que la capitale fut occupée sans que les mandarins et les négociants, qui avaient craint pour leur vie et leurs biens, fussent le moins du monde molestés (novembre 1860).

Il ne s'agissait donc plus, pour arriver à une convention de paix durable, que d'obtenir la ratification du gouvernement impérial, et c'était peut-être la partie la plus difficile du programme que les événements avaient suggéré aux mandarins. Eux qui, jusqu'alors, avaient dépeint la situation avec des couleurs brillantes, comment pourraient-ils apprendre spontanément à la cour de Pékin la capitulation de Yiin-nan-fu et les conditions humiliantes auxquelles ils avaient obtenu la soumission des vainqueurs? Depuis le commencement, ils avaient signalé Ma Hsien comme l'âme de la rébellion et l'instigateur de tous les méfaits qu'ils reprochaient aux musulmans; par quel subterfuge poUrraient-ils maintenant, sans se contredire, faire ratifier l'élévation du chef rebelle à l'une des hautes dignités militaires? Ils persuadèrent à Ma Hsien,

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