MA TÉ-HSING SE REND A TA-I.I-FU
mais par condescendance, et à cause de leurs relations an- 'térieures, il lui fit, somme toute, un accueil digne de son rang.
Le gTand- prêtre, après lui avoir exposé Fobjet de sa mission, retraça les avantages matériels que la population retirerait de la paix, et lui fit sentir qu'il serait plus louable de servir comme officier supérieur dans les rangs des impériaux que d'établir une monarchie éphémère sur les ruines du pays. Rien ne put ébranler l'obstination ambitieuse de Tu Wen-hsiu : sourd à toutes ces considérations, il exprima en termes amers le mépris qu'il éprouvait pour ceux qui, à la tête d'un mouvement légitime, avaient lâchement posé les armes pour accepter un grade quelconque de la main de leurs persécuteurs. Ma Tê-hsing fit en vain valoir la nécessité d'arracher la province au fléau de la guerre civile et lui prédit que son élévation n'avait aucune chance de durée. Il ajouta qu'un jour viendrait, oii le gouvernement central, délivré des troubles qui agitaient les autres parties de l'empire, tournerait toutes ses forces contre une contrée dont la richesse métallurgique lui était précieuse.
Quoique peu disposé à rien céder des droits qu'il croyait avoir acquis par les armes et voulant couper court aux négociations, Tu Wen-hsiu exprima le désir de garder Ma Tê-hsing auprès de lui et lui promit une position plus brillante que celle qu'il occupait à la capitale. Celui-ci refusa ces vains honneurs et se retira, désolé de n'avoir pu attacher son nom à la pacification complète de son pays natal, mais ramenant avec lui Yang Chêng-p'êng, qui fut mis en liberté à sa prière.
Ma Tê-hsing, à son retour à Yun-nan-fu, trouva la situation des esprits peu rassurante. Les troupes musulmanes
qui avaient suivi Ma Ju-Iuug dans la soumission, commençaient à se lasser de la vie régulière qu'elles menaient, et à murmurer contre le gouvernement. Tous les chefs subalternes, habitués depuis longtemps à la licence de camps, ne pouvaient se plier aux exigences d'un pouvoir qu'ils regardaient comme leur ennemi. Les mandarins, de leur côté, étaient enclins à attribuer ce mécontentement aux menées secrètes de Ma Ju-lung et appréhendaient quelque trahison. L'échec de la mission de Ma Tê-hsing les confirma dans leurs soupçons; mais Ma Ju-lung, loin d'en ressentir une légitime colère, leur donna une nouvelle preuve de sa bonne foi en ordonnant une enquête sévère panni ses soldats: vingt-huit des principaux meneurs furent arrêtés et mis à mort en présence de l'armée.
L'autorité provinciale, quoique tenant compte des actes d'indiscipline qui se commettaient de toutes parts, n'était pas en état de reprendre la direction des affaires qui lui avait échappé, ni de se montrer sévère vis-à-vis des chefs qui, tout e.n protégeant leurs districts contre l'invasion, s'en attribuaient indûment les revenus. Elle devait se résoudre à laisser subsister un état de choses, dont son impuissance et la faiblesse de ses ressources ne lui permettaient pas de changer le courant. H était donc nécessaire, avant d'attaquer le sultan de Ta-li, de donner une certaine cohésion aux forces impériales, et cette cohésion dépendait bien plutôt d'une politique conciliante et ferme que de mesures violentes qui eussent eu pour résultat d'exaspérer des gens qui avaient pris l'habitude de la domination.
Malheureusement, une complication inattendue vint interrompre cette œuvre de réparation. La route de Yung-ning,
LA ROUTE DE YUNG-NING (X)UPÉE PAR LES ML\()-TZlj. 85
que suivaient les convois réguliers et les marchands qui se rendaient au Ytin-nan depuis la fermeture des voies du sud, venait d'être coupée entre Pi-chieli-lisien (S^ |jî ^) et Chii-kung-chmg (^ ^ H)? village situé à 30 lis de cette \ille, par les Miao-tzû, auxquels s'étaient joints des Man-tzû, descendus des montagnes de Liang-slian (novembre).
Ces Man-tzû, chez lesquels il a été impossible au gouvernement impérial, si persévérant et si insinuant d'ordinaû-e, d'introduire jusqu'ici les principes de la civilisation chmoise, ces Man-tzù, disons-nous, sont disséminés sur des hauteurs escarpées; ils exploitent les bois et cultivent, dans les vallées, quelques céréales d'un rendement médiocre, mais qui suffisent à leurs besoins. Ils ne se montrent aux marchés des environs qu'à de rares intervalles. Dans la saison d'hiver, ils s'adonnent à la chasse du daim musqué et du léopard, qui abondent dans ces parages \ Livrés à eux-mêmes, vivant presque au jour le jour, ils logent pêle-mêle dans de misérables huttes avec les animaux domestiques qu'ils élèvent. Insouciants comme des sauvages, ils se trouvent en proie à une extrême misère lorsque la récolte est mauvaise ou détruite par les intempéries qui se font sentir d'une manière excessive dans ces hautes régions; poussés alors par la faim, ils descendent dans les plaines et volent tout ce qui leur
' Une grande partie du musc api)orté sur les marchés du YUn-nan et du Ssûeh'uan est vendue par ces Man-tzû. D'après les Chinois qui les ont vus à l'œuvre, ils sont d'une adresse remarquable, surtout à la chasse du daim, dont ils connaissent les habitudes et qu'ils prennent à l'aide de pièges ou en les forçant avec des chiens du pays. Les armes dont ils font usage sont des fusils chinois à mèche, longs de plus de trois mètres et d'un très petit calilîre; ils se servent pour ajuster de la crosse qui est recourbée, et n'épaulent pas; aussi sont-ils forcés de tenir le bras droit allongé pour ne pas se brûler les yeux lorsque la poudre du bassinet prend feu. Cette poudre, qu'ils fabricpient, est très mauvaise; ils complètent la charge avec de la grenaille de fer.
tombe sous la main. D'autres fois, ils suivent les montagnes et vont se joindre aux tribus indigènes du Kuei-chou, qui ne reconnaissent pas non plus l'autorité chinoise. C'est dans une expédition de ce genre que nous les voyons sous le même drapeau que les Miao-tzû, interceptant les routes, pillant les convois et menaçant Pi-chieh-hsien et d'autres localités du district.
En présence d'une révolte dans le Kuei-chou, surtout dans ces parages éloignés des grands centres, il était urgent d'y porter le plus prompt remède, car la population de cette région n'avait que cette voie pour tirer du Ssû-chuan les matières premières nécessaires à son industrie. Le vice-roî, sur lequel pesait toute la responsabilité comme administrateur des deux provinces, se rendit compte de cette situation critique, et, bien qu'il lui en coûtât d'aifaiblir la garnison de la capitale, il décida, de concert avec Ma Ju-lung, d'entreprendre immédiatement une expédition contre les indigènes. Ts en Yli-ying, qui venait d'être battu dans l'ouest, en sollicita le commandement pour se réhabiliter par quelque action d'éclat.