CARACTÈRE SUPERSTITIEUX DU FU-T'AI
>dans une localité existe un être diflforme, dont la tête est
> beaucoup plus grosse qu'à l'ordinaire, il n'y a plus de repos
> possible \H)iiT les habitants : cette tête, émanation du dragon y noir, a le pouvoir de troubler, par sa seule pensée, la pojju- »lation la plus paisible de l'empire et de causer les plus > grands ravages. Il faut,» continua- t-il, «pour qu'une paix 3 de dix mille années puisse régner dans votre province, que
> Votre Excellence fasse recliercher l'individu en possession
> de cette tête démoniaque et qu'elle le fasse disparaître, car, *le chasser ne serait qu'une demi-mesure qui n'aurait pas
> de bon résultat. »
Or, voici ce qui anîva:
n y avait à Yun-nan-fu un pauvre diable, natif des environs, qui avait perdu ses parents ainsi que le peu qu'il possédait pendant la rébellion. En venant au monde, sa tête était si volumineuse et en telle disproportion avec le reste de son corps qu'il passa pour un phénomène; on ne le désignait que sous le sobriquet de Ta-t'ou-jen (^ gg ^), riiomme à la grosse tête. Cette difformité se développant avec l'âge, il fut incapable d'aucun travail manuel. Après la perte de sa famille, il vint dans la capitale et s'attacha à une troupe de saltimbanques ; ensuite iï se mit à parcourir les rues en sifflant du nez d'une façon si burlesque, qu'il réussit à gagner son pain, grâce à la charité des passants. C'est ce mendiant que le Fu-t ai, tout ému de la confidence de son oracle, fit amener devant lui. On lui demanda force détails sur sa naissance, et on lui enjoignit de quitter immédiatement la capitale et d'aller exercer son industrie ailleurs. Il s'éloigna, muni de quelques milliers de sapèques et d'une petite provision de riz, que lui fit donner le Fu-t ai, et se mit en route pour le sud.
Quelques mois se passèrent; l'être difforme avait disparu et cependant les affaires de la province n'allaient guère mieux. Dans le nord, Yafig Shêng-tsung, auquel le vice-roi avait adjoint Ma Tien-shun* (,B| ^ JIP) pour refouler les bandes de Miao-tzù et de pillards qui de temps à autre descendaient de leurs montagnes, avait voulu les traquer jusque dans leurs repaires et avait vu ses troupes taillées en pièces. Malgré cet échec, le Fu-fai était persuadé de l'excellence du moyen qu'il avait employé pour extirper le fléau de la guerre. Il apprit un jour par sa police que l'homme malfaisant avait reparu en ville. En effet, ce malheiu-eux, après avoir dépensé ce qu'on lui avait donné à son départ, n'ayant pas trouvé dans les petites villes à exercer sa singulière industrie, était retourné à Yiin-nan-fu dans la plus grande misère. Le Fu-tai s'empressa de consulter le devin pour savoir comment se débarrasser de cet être que le malin esprit se plaisait à lui renvoyer. « Si vous lui donnez . de » l'argent comme la première fois, » répondit le devin, « il 3>faut vous attendre à le voir revenir.» Comme il s'agissait d'une mesure de salut public, le Fu-fai fit aiTêter le Ta-f oujên par ses estafiers et donna l'ordre de l'enterrer vivant. H est inutile, pensons -nous, de fah^e remarquer que les choses allèrent le même train qu'auparavant, que le crédit des charlatans n'en fut pas moins puissant sur le faible esprit duJTu-tai, et que ce haut fonctionnaire ne soupçonna jamais qu'il eût sacrifié un innocent à ses sottes imaginations.
* Ma Tien-shun est un des chefs de Hsiin-tien-chou. Ce fut lui qui, après la défaite du vice-roi, prit l'initiative de la soumission ; les services qu'il rendit alore lui valurent la reconnaissance du vice-roi qui, non seulement lui fit grâce de la >ie, mais lui donna un commandement. Ce fut aussi lui qui donna à Ma Ju-lung les pièces d'artillerie tombées au pouvoir de ses soldats.