REDDITION DE TA-YING-TOU
chefs furent invités au quartier général chinois, où ils furent décapités à l'issue (Vun somptueux festin. Cette trahison causa une violente rumeur parmi les musulmans; mais, sans leur laisser le temps de courir aux armes, les impériaux se précipitèrent dans la ville et la livrèrent au massacre et au pillage. Environ trois cents personnes notables eurent la tête tranchée et le reste de la population fut chassé sans pitié. La prise de Kun-yang-fu fit un grand bien au commerce: le lac libre, les marchandises venant au sud, bien qu'obligées de s'écarter de la voie directe afin d'éviter Hsin-hsingchou que les rebelles occupaient, pouvaient être embarquées à Kun-yang au lieu d'être transportées à dos de mulet jusqu'à An-ning et de cette ville à la capitale.
L'arrivée de Ma Ju-lung et de ses troupes dans la plaine de Hsin-hsing redonna du courage à la population. Les villages qui avaient refusé d'arborer le pavillon blanc avaient été en partie rasés; les autres s'étaient soumis par force plus que par sympathie. Aussi tous ceux du nord de la plaine s'empressèrent de reconnaître l'autorité légale; quant à ceux de l'est, habités par des mahométans et sur lesquels les rebelles comptaient le plus, ils étaient fatigués de cet état de désordre qui arrêtait toutes les affaires, et offrirent spontanément au général d'établir son quartier général à Ta-yîng-tou (^ ^ gg), ce qu'il accepta. Les Kuan-shih des environs, ainsi que les Tu-ssû, vinrent aussi avec un grand nombre de miliciens se mettre à sa disposition.
Les rebelles, abandonnés de tous côtés, en furent réduits à défendre les approches de la ville. Des fortins et des retranchements avaient été élevés sur les ponts du cours d'eau qui descend de Ta-ying-tou. Après avoir opposé une
certaine résistance, ils furent ramenés sous les murs de la cité. Maître de ces positions et d'une partie des faubourgs, Ma Ju-lung écrivit au chef Tien Cliin-shili (ffl ^ i) pour l'inviter à cesser les hostilités, l'assurant que la population et les propriétés seraient respectées et que, dans le cas contraire, la ville allait être bombardée. Le chef ne daigna pas répondre à cet appel, mais il communiqua le contenu de la lettre aux notables; une partie d'entre eux, confiants dans la parole du général, virent dans cette démarche le moyen de se soustraie aux hon*eurs d'une ville prise d'assaut; d'auti'es demandèrent à continuer la défense, mais leur nombre diminua de jour en jour. Le parti de la paix envoya secrètement au quartier général pour connaître et discuter les conditions de la capitulation. Ma Ju-lung, outre ce qu'il avait déjà offert, se contenta d'exiger la tête du principal chef militaire et une indemnité de guerre pour ses soldats.
Cet arrangement conclu, les notables qui en avaient pris l'initiative, ne sachant comment s'emparer du chef désigné sans provoquer des troubles dans la ville, prièrent Ma Julung de simuler une attaque, pendant laquelle on pourrait se défaire de lui. En effet, le chef, au premier mouvement des impériaux, conduisit ses troupes au feu, mais à peine fut-il sorti qu'une balle tirée par derrière l'atteignit à la tête et le renversa. Hu Yung ("^ ^^), commandant de sa garde, lui coupa la tête; le signal de convention fut arboré sur les remparts, et les impériaux enti'èrent dans la ville.
L'occupation' eut lieu sans le moindre désordre; la tête du chef fut exposée pendant quelques jours sur le marché des faubourgs et envoyée ensuite à la capitale. Huit à dix mauvais sujets qui avaient essayé de fomenter une conspiration furent exécutés.
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La libération de la vDle ne pouvait être aussi complète que le croyait la population; car, la plus grande partie des familles musulmanes qui s'y étaient réfugiées étant étrangères au département, il fallait attendre, pour régler la question d'évacuation, que les localités dont elles étaient originaires fussent reprises sur les rebelles; cet état de choses continua pour elles jusqu'en 1871, époque à laquelle la réoccupation de plusieurs bourgs environnants permit de rendre à chacun sa propriété.
Ma Ju-lung envoya quelques bataillons contre Hsiao-tungkou {/^s ;^ P), Han-i-tsun (g| H ij^^), Ta-tung-kou (i^ M^ P)i villages situés à 80 lis de la ville, dans les montagnes et à l'entrée de la plaine de Tung-liai. L'expédition ayant échoué et la saison des pluies arrivant, il revint dans la capitale* avec son armée après une campagne de six mois, se promettant de continuer son itinéraire ainsi que le lui avait tracé la cour de Pékhi, aussitôt que la saison serait favorable.
Le Fu-t ai était toujours à Ch'eng-kung-hsien, où il attendait que ses troupes eussent chassé les rebelles des positions qu'ils tenaient sur les hauteurs qui dominent la plaine de Cheng-chiang-fu. Ces derniers, sachant que leurs adversaires ne leur feraient point de quartier, se battaient avec cette ténacité qui caractérise les fanatiques musulmans, de sorte que les impériaux n'avançaient que très lentement et en perdant beaucoup d'hommes. Quand le Fu-f ai apprit la
^ Ma Tê-hsing était resté à Ylin-nan-fu ; mais il vivait retiré depuis la capture de Ma Yung. La plaine et la ville de Hsin-hsing une fois rendues à Tadministration provinciale, il alla s'établir à Ta-ying-t'ou parmi ses coreligionnaires, et quoique fort avancé en âge (il avait alors soixante-dix-neuf ans), il se maria avec une jeune veuve.
victoire de Ma Ju-lung, qui avait eu à surmonter, disait-on, des obstacles considérables, son amour-propre fut sensiblement froissé, et à partir de ce moment il n'épargna rien pour triompher à son tour. Il mit la tête des insurgés à prix et celle des chefs en particulier, puis il se rapprocha du centre des opérations et offrit une somme de 300 taëls pour chaque fortin que prendraient ses braves. Ce moyen fut assez efficace : les bataillons, au risque de perdre du monde, entraînés par l'appât de l'argent, se précipitaient sous le feu meurtrier des rebelles qui ne lâchaient pied qu'à la dernière extrémité. Enfin, après quelques mois de luttes et d'énormes sacrifices, le Fu-fai réussit à prendre position dans la plaine, où d'autres difficultés non moins sérieuses l'attendaient; tous les villages, tous les points stratégiques étaient barricadés et prêts à la résistance; il fallait faire le siège d'un village après l'autre avant d'arriver au pied des remparts, où une autre défense non moins énergique était préparée.
Yang Shêng-tsung, qui ne pensait toujours qu'au grade de mandarin qu'il avait perdu, n'ayant rien à faire depuis son retour de Hsin-hsing-chou, alla offrir ses services au Fu-tai, qui les accepta. H espérait que ce semblant de patriotisme, joint aux services qu'il avait rendus dans les campagnes précédentes et au siège de Hsin-hsing en particulier, fieraient de puissants auxiliaires pour racheter sa faute.
Bien que l'armée du Fu-fai eût reçu des renforts considérables et cinq ou six pièces d'artillerie venues de Nankin, avec des canonniers qui en connaissaient la manœuvre, il avançait lentement. Tout présageait que le siège serait long, coûteux et meurtrier, mais il était évident que la victoire devait finalement rester aux impériaux.