‹ La province chinoise du Yün-nanChapitre 53 sur 91 · DÉROUTE DES IMPÉRIAUX · texte numérisé non relu

DÉROUTE DES IMPÉRIAUX

Le Fu-t'ai, satisfait de rexpérience chimique qu'il avait TU faire, nous réitéra, en nous congédiant, l'assurance que la ville serait prise avant la fin de Tannée. Il était difficile de croire à une conclusion aussi rapide, et comme nous le laissions voir, il ajouta : « Il faut que je les prenne tous » comme dans une souricière, et devrais-je acheter le riz^ >plus cher encore, je ne quitterai pas d'ici avant que tous >le8 habitants soient exterminés».

Le jour de l'an étant proche, malgré notre désir de descendre à Hsin-hsing, nous ne pûmes quitter la capitale que le 7 de la première lune, et nous n'arrivâmes dans cette dernière ville que le 10, à trois heures de l'après-midi, après avoir perdu un jour en route par suite du mauvais temps.

Dès notre entrée en ville, nous trouvions à la porte de Fonest des serviteurs de Ma Cheng*; ce dernier avait été chargé par Ma Ju-lung de nous préparer des logements. La maison dans laquelle on nous conduisit est l'une des plus belles; elle avait été construite par un riche musulman qui

' A ce moment, le riz commençait à manquer; il coûtait à la capitale 18 taëlB le tan de YUn-nan-fu, qui équivaut à 776 livres chinoises; le siège durait depuis 81 longtemps et les troupes étaient si nombreuses que les ressources étaient épuisées; il fallait donc faire des réquisitions loin du théâtre de la guerre, et les fma de transport étant très onéreux, le gouvernement Tachetait à meilleur compte BUT place.

' Ce mandarin, originaire de Yung-ch'ang, servit longtemps sous les ordres de TuWcn-hsiu avec le titre de Ta-ssû-ting (-^^ f^ ^)» ®* ^^* chargé pendant les cinq premières années de la guerre civile de surveiller la frontière de Birmanie; il s'établit à Têng-ytteh-chou (J^ ^ »^Y Appelé à faire partie de lexpédîtîon que le Yuan-shuai (sultan) organisait contre la capitale, il se distingua dans la prise des puits à sel, s'empara de Sung-ming-chou, guerroya dans toute la partie nord et fit sa soumission aux impériaux en 1870. Amené à la capitale, il eût été passé par les armes comme unO partie de ses collègues, si Ma Ju-lung, sous la protection duquel il s'était placé, ne lui eût sauvé la vie.

fut tué avant d'avoir pu l'habiter. Comme nous nous disposions le lendemain à aller faire visite au général, nous reçûmes de sa part quelques provisions, et il nous fit prévenir par un de ses aides de camp que des nouvelles reçues pendant la nuit l'obligeaient de partir en toute hâte pour Tungshan (^ |1|), oîi opéraient ses troupes, mais qu'il espérait rentrer le soir même.

Or, voici ce qui avait eu lieu.

Ses camps, jusque là installés à Tung-shan, avaient été portés en avant : on voulait occuper le plateau de Kuangshan, situé à 20 lis au sud-est et alors libre d'ennemis. A peine ce mouvement fut-il dessiné que les gens de Tung-k ou, informés par leurs espions, accoururent parmi les ruines qui couronnent le plateau et, cachés derrière les buissons et les haies qui bordent les chemins, ils attendirent. Les impériaux, sous les ordres de Yang Ssfi-jun (^ J§^ JP|), de Hsia Juhsiao et d'autres officiers, se mirent en marche, tellement convaincus de l'absence de l'ennemi qu'ils allaient dans le plus grand désordre et sans avoir même chargé leurs annes. Les insurgés, blottis sous bois, les laissèrent s'enfoncer dans le piège qu'ils leur avaient tendu et, dès que la colonne fut à peu près engagée tout entière dans le défilé, ils ouviîrent le feu de droite et de gauche : une horrible confusion s'ensuivit et rien ne put arrêter la panique qui s'empara des soldats. Yang Ssù-jun trouva la mort en tentant un dernier efifbrt, et Hsia Ju-hsiao, abandonné par les siens, fut blessé, impitoyablement mutilé à coups de sabre et laissé pour mort sur le champ de bataille. Le chef des rebelles, Hu Kueichili (^ ^ ^), reconnaissant Yang Sstl-jun conti'e lequel il disait avoir des griefs, exerça sur son cadavre les représailles d'un saoïvage : il lui ouvrit la poitiînc, arracha son

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