‹ La province chinoise du Yün-nanChapitre 54 sur 91 · PROMPTE REVANCHE DE MA JU-LUNG · texte numérisé non relu

PROMPTE REVANCHE DE MA JU-LUNG

cœnr encore chaud, le fit frire dans une marmite et le mangea avec quelques soldats. Environ cent vingt musulmans et trente Chinois périrent dans cette embuscade ; ceux de Hsin-hsîng furent les plus éprouvés : cinquante-cinq manquèrent à l'appel. /

C'est à la suite de cette désastreuse nouvelle que Ma Julung était parti précipitamment Son amvée au camp ramena la confiance; il rassembla aussitôt quelques bataillons et se mit à leur tête. Cette fois, ils redoublèrent de précautions; une partie de la garde du général, armée de fusils Peabody nouveau système, marchait en avant. Le plateau de Kuangshan était désert ; mais en descendant dans la vallée, l'avantgarde rencontra des fortins bien défendus. Le combat s'engagea et eut pour résultat la défaite des rebelles; ceux-ci, croyant avoir à faire à des adversaires armés comme eux, essayèrent à plusieurs reprises im mouvement offensif, et, bien que beaucoup d'entre eux portassent des cuirasses à répreuve de la balle du fusil chinois, ils furent punis de leur témérité et décimés par ces armes à tir rapide qu'on employait pour la première fois au Ytin-nan. Le général, escorté de sa garde, rentra au village de Liang-haî-ts'un (^ ^ >hl*)7 ^ramenant avec lui des prisonniers, beaucoup de butin, et un grand nombre de têtes qui furent envoyées le lendemain à la capitale. Cette petite victoire releva le moral des troupes et rassura les pessimistes de Yilnuan-fu.

Ces complications ne permirent pas au général de s'éloigner du centre de ses opérations. Il donna l'ordre à Ma Cheng de rester à Hsin-hsing-chou pour veiller à la sécurité générale et concentra toutes ses forces à Liang-hai-ts un, où nous le rejoignîmes quelques jours plus tard.

Pendant ce temps, le Fu-taî, devant Cheng-chiang, avait épuisé ses moyens d'action sans arriver à rien, et il pressa Ma Clmng de renouer ses relations avec les insurgés, en l'assurant qu'il donnerait une très forte somme d'argent et im grade de mandarin à celui qui, disait-il, serait assez patriote pour assassiner le chef des rebelles et, par cet acte, racheter les fautes de la population.

Le beau-frère du chef rebelle, jaloux de la position de ce dernier, fut celui qui s'aboucha avec Ma Chung; par ses relations de parenté avec Yao Hsiao-ch'i, nul mieux que lui ne pouvait mettre ce projet à exécution. Le crime était facile à commettre, mais il fallait ti'ouver ensuite le moyen de sortir de cette cité qui voulait lutter jusqu'au bout. Enivré de l'espoir de devenir riche et mandarin, il chercha d'abord à se créer des partisans, tentative dans laquelle il échoua complètement, à cause de la mauvaise foi du Fu-taî, qui avait, une fois déjà, violé si ouvertement ses promesses. Cependant, à l'aide de quelques gens tarés, il prépara le guet-apens et attendit le moment propice.

Yao Hsiao-cln, l'un des officiers les plus énergiques et des meilleurs administrateurs qui fussent venus à Ta-li sous les ordres du Ta-ssti-jung, avait prit la direction de la défense de Cheng-chiang, et avait su se rendre populaire. Partisan déclaré de Tu Wên-hsiu et surtout bon musulman, il était décidé à combatti-e jusqu'à épuisement de ses ressources; et, comme il était largement pourvu de toutes choses, il pouvait attendre les événements. Malgré les dépêches peu rassurantes qu'il recevait de temps à autre du gouvernement de Ta-li, il espérait que le sultan viendrait à son secours pour refouler au loin ces hordes impériales qui, depuis plus d'un an, lui créaient les plus graves inquiétudes.

CAPITUI.ATION ET SAC DE CirENG-CHIANG. 149

D voyait cependant avec regret s'éclaîrcir les rangs de ses braves, et les gens faibles qui ne craignaient pas de parler de capitulation lui faisaient mal augurer pour l'avenir.

Un jour, après avoir terminé son inspection autour de la vflle pour se rendre compte des changements à faire dans les positions, il s'étendit sur un Kang-cKuang^ et y fuma une pipe d'opium; il l'avait à peine finie qu'un coup de pistolet tiré par son beau-frère l'atteignait en pleine poitrine et le tua presque sur le coup.

A cette funeste nouvelle un certain désordre se produisit: l'assassin et ses complices voulurent en profiter pour ouvrir les portes aux impériaux qui étaient avertis; mais fls avaient compté sans le dévouement des soldate, qui firent avorter la trahison. Arrêtés par eux, ila furent envoyés au supplice, et la femme de Yao Hsiao-ch'i qui avait, dit-on, trempé dans le complot, partagea leur sort.

La mort de Yao Hsiao-ch'i porta un coup mortel à la résistance de la cité. L'union qui avait existé jusque là parmi les défenseurs fit place au découragement, et les nouveaux chefs n'avaient point, malgré leur zèle, assez d'autorité pour apaiser l'effervescence des esprits.

Le Fu-t ai, averti que la discorde s'était glissée parmi les rebelles, mit en avant toutes ses batteries politiques et fit proposer des conditions de capitulation par Ma Chung. Ce dernier, afin de donner plus de crédit à ses paroles, proposa aux délégués de la ville de les conduire chez le Fu-t ai et, malgré les craintes légitimes que leur inspirait cette visite, ils s'y rendirent. Le Fu-t ai les reçut avec beaucoup d'affabilité, leur exprima sa satisfaction de les voir rentrer dans

* Espèce de lit de camp sur lequel les Chinois fument l'opium ; il fut importé de Mongolie en Chine sous la dynastie actuelle.

Goô^çi

le devoir, et les congédia avec la ferme assurance qu'il ne tomberait pas une seule tête. Cette entrevue produisit le meilleur effet et, réconfortés par ces bonnes paroles, les délégués s'en retoimièrent fort tranquilles. A peine étaient-ils partis que le Fu-tai promettait à ses soldats le pillage de la ville pendant trois jours.

Au jour fixé pour la capitulation, les rebelles, fidèles à leur engagement, ouvrirent les portes. Dès qu'on eut pris possession de quelques quartiers, le massacre commença: les soldats se ruèrent comme des forcenés sur les habitants, tuant, pillant et saccageant tout ce qu'ils rencontraient sur leur passage. Les musulmans, outrés de la trahison dont ils étaient victimes, coururent aux armes et se barricadèrent dans un quartier isolé. Une querelle s'éleva tout à coup entre les pillards des différents batiiillons; des injures on en vint aux coups, puis aux armes, si bien que le sang coula. Shao Ta-jên (g|J ^Ac A)? ^^^voyé par le Fu-tai pour rétablir l'ordre, dut employer la force, ce qui augmenta la confusion. La mêlée fut terrible; lorsqu'à la nuit le combat cessa, trois à quatre cents soldats gisaient sur le ten-ain.

Les rebelles qui avaient pris l'offensive profitèrent du désordre pour gagner au large; mais les femmes, les enfante et les vieillards, n'ayant pu les suivre, furent victimes de la rage des impériaux. L'ordre rétabli, le massacre recommença. Des femmes, épouvantées de se voir livi-ées à la brutalité des soldats, se suicidèrent en se jetant dans les puits avec leurs enfants; celles que la peur de la mort avait retenues, furent violées et vendues ensuite au plus offrant. C'est ainsi que 5,000 à 6,000 créatures humaines subirent un sort infâme. Les vieillards furent tous passés par les armes et leurs têtes exposées sur les remparte.

LE FU-rAI FAIT TUER DEUX DE SES GÉNÉRAUX. 151

Quatre à cinq jours après ces scènes de carnage, les rues étant encore souillées de sang et les cadavres laissés partout sans sépulture, le Fu-f ai, impatient de contempler son œuvre, entra dans la ville. Son premier acte fut de mander Sliao Tïen-knei et son ami Yang Hsiao-lao (^ >J> ^), auxquels il reprocha sévèrement d'avoir employé la force contre leurs collègues. Ceux-ci firent remarquer à Son Excellence qu'ayant été chargés de rétahlir l'ordre, il leur avait été impossible, vu la surexcita^tion des esprits, de faire mettre bas les armes sans employer la force. Le Fu-tai parut mécontent de ces explications et déclara que, si pareil fait se renouvelait, il en punirait de mort les auteurs. Une violente dispute s'ensuivit, et Shao Tien-kuei reprocha vertement au Fu-tai son hypocrisie. Puis, en entendant donner l'ordre de s'emparer de sa personne, il tira de sa ceinture un pistolet à deux coups et ajusta son supérieur; au même instant un des aides de camp, qui avait vu le geste, se jeta en avant et tomba percé des deux balles destinées au Fu-tai. L'ami de Shao T'ien-kuei, se voyant perdu, allait aussi prendre l'offensive, lorsqu'il fut arrêté.

Le Fu-tai, terrifié de la scène qui venait d'avoir lieu et du danger auquel il venait d'échapper, restait immobile et sans voix. Revenu de sa stupeur, il ordonna la double exécution, séance tenante et sous ses yeux. H rendit ensuite un arrêté contre les familles de ces officiers et envoya des exprès à la capitale pour qu'on lui amenât les femmes et les enfants des coupables : il les fit mourir peu de temps après.

A la suite de ces déplorables événements, une partie des chefs qui avaient prêté leur concours aux impériaux furent renvoyés dans leurs foyers. Ainsi finit le siège de Ch'êngchiang qui avait coûté tant d'hommes et d'argent, quand il

aurait fallu si peu de chose pour faire rentrer les égarés clans le devoir, afin d'obtenir les mêmes résultats que Ma Ju-lung et d'autres, et de conserver ainsi à la province des milliers de bras vigoureux, si nécessaires pour sortir du mauvais pas où l'avait plongée la rébellion.

Le Fu-t ai remit la direction civile de Ch eng-chiang à un mandarin du grade de Chili-fu (^ )j^), y laissa une forte garnison et revint à la capitale, où il fut reçu très froidement. Ch eng-chiang au pouvoir des impériaux, tout le département était désonnai^ tranquille. Il ne restait plus pour compléter la pacification de cette région que quelques points éloignés : Kuang-i, Lin-an, Pu-hsi et Tung-k ou, où Ma Julung opérait.

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