‹ La province chinoise du Yün-nanChapitre 6 sur 91 · LES FEMMES DES LO-LO OU I-JEX · texte numérisé non relu

LES FEMMES DES LO-LO OU I-JEX

nul espoir de progéniture avec elle, retire sa parole, droit qu'il tient des anciennes coutumes, et cherche ailleurs une autre femme. Lorsque, au contraire, après quelques mois, la femme rentre sous le toit conjugal pour devenir mère, dès lors, le mari, assuré d'avoir par la suite une postérité nombreuse, ne lui demande aucun compte de sa conduite et la traite avec les égards que mérite sa fécondité. Celle-ci, de son côté, dit adieu aux plaisirs de la jeunesse pour commencer la vie active et laborieuse du ménage.

Le premier enfant issu du mariage, quoique élevé avec les mêmes soins et la même attention que ceux qui \ieiment ensuite, n'est pourtant pas reconnu par le mari qui le considère en quelque sorte comme un éti'anger. C'est au second, fille ou garçon, qu'appartient le titre d'aîné.

Les I-jên, gens grossiers et ignorants, sans cesse aux prises avec la misère sur leurs montagnes où ils sont obligés de travailler comme des bêtes de somme pour gagner le pain quotidien, ont un profond respect des liens de famille. D'après nos propres observations et ce que nous ont conté les Tu-ssù^ (db^) ^^ différents départements, le vif instinct de paternité qui se manifeste chez eux, surtout lorsqu'ils n'ont qu'une femme, pousse très souvent cette dernière à nouer des relations illicites qu'elle conserve parfois sous le toit conjugal; de là naissent une foule de querelles et de rixes sanglantes entre I-jên et Chinois qui habitent les mêmes localités.

Les femmes Lo-lo du département de Lin-an et en particulier celles du district de Shih-p ni-hsien, sont réputées pour être les plus belles de la province : leur physionomie agréable,

' Chefs directs des I-jèii.

leurs manières (louées et gracieuses, leurs traits réguliers et leur gaîté inaltérable, en font des compagnes bien préférables aux Chinoises. Pelles ont un costume original : sur leur tête, couronnée (Vune chevelure aboiulante, elles mettent un petit chapeau, en paille tressée et vernie, rehaussé parfois de boutons d'argent; à leurs oreilles se balancent de larges anneaux de même métal. Ce chapeau est ordinairement l'apanage des femmes mariées. Les jeunes filles remplacent cette coiffure par une espèce de bonnet en cotonnade bleue, brodé par dessus en couleurs voyantes et garni de cinq pointes; elles le posent coquettement comme une étoile et le fixent par des rubans sous le menton; à chaque pointe est suspendu un grelot en argent, ce qui le fait ressembler à un bonnet de Folie. La façon particulière dont les femmes Lo-lo arrangent leurs cheveux permet de dire à première vue si elles ont ou non des enfants. Une fois mariées, elles quittent le bonnet à pointes pour prendre le chapeau. Eh outre, filles et femmes rassemblent unifonnément leurs cheveux en arrière et les compriment près de la nuque avec un cordon en coton rouge ; cette ligature, d'environ 4 centimètres, s'obsei-ve chez toutes ; le reste de leur chevelure est enroulé autour de leur tête. La femme devient-elle mère, à cette première ligature elle en ajoute une seconde, en laissant enti'e les deux un léger intei'valle; puis elle continue de même pour le second enfant; mais là s'arrête cette enseigne de maternité, et quel que soit le nombre d'enfants qui viennent à la suite, la coiffure ne varie plus. Une robe courte se boutonnant sur le côté droit avec des galons <le différentes couleurs, un col garni de deux ou trois rangées de perles fausses et de boutons d'argent, un pantalon court et bouffant serré à la taille par une ceinture de couleur

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voyante, (*omplètent leur costuuu'ï; elles ne })()rtent jamais (le souliers ni de bas et ont des sandales en drap ou en paille. Celles qui ont séjourné quelque temps dans les villes ou qui sont mariées à des Chinois (cas très nombreux dans le même département et surt(mt à Méng-tzil), ont pris chez elles l'habitude de mettre des bas.

Dans ce département, comme au reste dans tout le sud et nne grande partie du sud-ouest, oii les vrais Chinois n'ont pu vaincre la résistance éner^fique des habitants et imposer leur volonté, comme au centi-e et dans le nord, leur autorité n'est que nominale. Bien que méprisant (*ette race qu'ils traitent de mnvage et qu'ils ccmsidèrent connue inférieure, il nest pas rare de les voir choisir des femmes Lo-lo à grands pieds pour épouses légitimes; celles qu'ils i)rennent ensuite sont regardées comme des concubines et doivent se conformer aux ordres de la première. C'est surtout après la conquête de cette province que les soldats auxquels Wu San-kuei avait distribué les terres, ne trouvant pas à s'allier à des femmes de la même race qu'eux, finirent par s'unir aux filles de barbares. C'est de ce croisement, qui a en grande partie peuplé le Yiln-nan, que sont dérivés beaucoup de types particuliers, tels que les K un-ming-jên, les Lin-îinjén, les Hsin-pin-jén, les K aï-hua-jén, les Ta-li-jcn, les Tungclfuan-jén, etc.; en lui mot, tous les Chinois qui se distinguent par une constitution robuste, une humeur indépendante et des coutumes rustiques. C'est cette deniiére catégorie que nous appellerons les vrais Chinois du Yiin-nan, qui dans bien ies cas n'ont pas hésité à se ranger du côté des aborigènes pour faire opposition au gouvernement. Ceci nous explique en partie pourquoi, même avant la rébellion, dans tous les départements du sud et dans une partie de ceux de Test

et de l'ouest, l'autorité des mandarins n'a jamais été que nominale.

De même que les Lin-annais sont fiers d'appartenir à ce dernier département, les types que nous avons signalés plus haut se croient supérieurs aux Chinois et disent franchement : « Nous ne sommes pas Chinois, nous sommes du Yiin-nan », ce qui pour eux veut dire : « Nous ne sommes pas soumis aux » Chinois, nous sommes indépendants ». Les Chinois pur sang de leur côté ne les considèrent pas comme civilisés et les appellent Pên-ti-jên (>jî j/jj^ ^), « natifs du pays », qualification qui employée dans ce sens veut dire sauvage.

Les I-jên ont conservé l'organisation particulière que lêiir avait donnée Wu San-kuei, il y a plus de deux siècles. Ils n'ont rien à démêler avec les mandarins et, quoi qu'il leur arrive, ils ne sont pas admis au Ya-mên, à moins d'y être expressément appelés. C'est par l'intermédiaire du chef du district auquel ils appartiennent, le Tu-ssû, que les mandarins traitent les questions qui les concernent. Chacun de leurs villages, et ils sont nombreux, a un chef élu par les habitants et placé sous la direction immédiate du T u-ssû. Toute afl'aire un peu considérable, crime, vol, etc., est de sa part l'objet d'un rapport au mandarin, qui décide selon la loi chinoise. Quant aux aflïiires de moindre importance, où les Chinois ne sont jjas mêlés, le Tu-ssil les règle luimême, et chacun se soumet à son jugement.

Le Tu-ssfl, fonctionnaire reconnu par le gouvernement et dans certains cas nommé par lui, est toujours un Lo-lo, qui jouit d'une certaine influence dans le district, parlant bien le chinois et ayant même quelque instruction. Chaque Fu. Tmg, Chou, Hsien relève d'un ou de plusieura Tu-sstt, selon l'importance du district et la population des montagnes. Le

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