VARIÉTÉS D'INDIGÈNES
salaire de ces fonctionnaires est bien minime; c'est plutôt un emploi honorifique; néanmoins, comme ils sont responsables vis-à-vis des mandarins, ceux-ci leur permettent en certains cas de prélever une faible somme sur toutes les taxes qu'ils perçoivent pour le compte du gouvernement. H y a des localités où le mode de rétribution diffère, et n'a rien de régulier; dans les endroits où il est indemnisé comme nous l'avons dit, il ne reçoit rien de l'autorité centrale. En d'autres, au contraire, c'est-à-dire quand il ne prélève- aucun droit sur les taxes, il est alloué au Tu-ssil un traitement égal à celui de Shou-pei (^ jj^). Mais, à cause de l'insuffisance de cette ressource, les habitants pourvoient aux frais qu'exige son déplacement. Ces montagnards aiment beaucoup leurs chefs et leur témoignent le plus grand respect: s'ils ont dans leur basse-cour un beau chapon ' ou tout autre animal supérieur à ceux qu'on peut trouver sur les marchés, ils ne manquent pas d'aller le leur offrir. Ces cadeaux en nature, joints au peu d'argent qu'ils reçoivent d'ailleurs, sans compter le revenu de leurs propriétés, tout cela constitue aux T'u-sstt une situation très enviable.
Du mélange des Lo-lo avec les Chinois, les Lao-tiens au sud, les Thibétains au nord et les peuplades encore barbares qui habitent le midi du Ssû-ch'uan, sont sortis une foule de types que l'on désigne par des dénominations différentes. Les Min-chia^ et les I-chia^ sont les plus notables et ceux
' Les chapons abondent au Ytin-nan. Les habitants de cette province paraissent professer un goût particulier pour la chair de ces volaiUes. Il y a dans toutes les plaines des individus dont le métier est de châtrer les jeunes coqs; une opération de ce genre coûte 10 à lô sapéques (1 à 2 sous). Sur les marchés on trouve le Yen-chi (chapon), à un aussi bas prix que les autres volailles.
* îîom formé des caractéreis min ( B)j natif, et chia C^\ famille.
^ Ce nom se compose du mot / (^&\ sauvage, non civilisé, et ehia (^), famille.
22 I^ES ABORKÎÉNES DU YÛN-NAX.
qui se sont le moins écartés de leur origine. Les Min-eliia habitent les plaines et les environs de Ta-li jusqu'à Chênnan-cliou; ils sont bons agriculteurs, très actifs, se livrent à rélève des bestiaux, traient les vaches, et font avec le lait une espèce de fromage qu'ils sèchent avant de le vendre; ce produit, que les Chinois nomment Jou-pin, est apporté jusqu'à la capitale, oii il est très estimé des habitants. Ailleurs ils font aussi du beurre, mais en petite quantité, et ne le mettent pas dans le commerce. Les I-chia, plus nombreux que les précédents, s'étendent depuis Ta-li jusqu'au sud et même au centre de la province, et s'occupent à peu près des mêmes travaux; ils sont tous soumis à la même organisation civile que les Lo-lo, c'est-à-dire qu'ils ont pour chefs des Tu-ssft.
Les Pa-i, que nous désignerons comme les aborigènes du sud et du sud-ouest du YUn-nan, sont divisés par les Chinois en deux branches : les Han-pa-i^ et les Shui-pa-i.
Cette race, que les Chinois prétendent être les autochtones du Yiin-nan méridional, semblent être les anciens habitants des cinq Mêng que Mêng Shihhsinolo, le premier roi du Yiinnan, vainquit et réunit à ses états. Ils s'étendent depuis le département de Kaï-hua jusqu'au Tung-king et à l'ouest jusqu'au Laos. Quoique occupant les mêmes massifs montagneux que les Lo-lo et ayant même fait longtemps cause commune avec eux, ils se mêlent rarement à ces derniers et ont leurs villages séparés. La région où ils résident est plus chaude
^ Les Chinois, atin de distinguer les Pa-i de la montagne et eeux qui s'établissent près des cours d'eau, ont ajouté à leur nom de tribu les mots han (^\ qui veut dire sec, et ahui (^fjc)' ^'''^"> ^**^ sorte que les premiers sont api)elés Han-pa-i et les seconds Sfnii-pa-i.