REDDITION DE SHUN-NING-FU ET DE YÛN-CHOU
en voie de formation. L'ordre avait bien été donné à Yang Yil-k'o de prendre la direction des t^olonnes de marclie, mais il n'en avait rien fait. Ce général refusa même de partir sous prétexte qu'il avait besoin de repos, et le Fu-fai envoya à sa place Hsil Ying-teli (j^ ^ ^) et Cliiang Tsung-
Les chefs rebelles de Shun-ning-fu, déconcertés par les nouvelles désastreuses qu'ils venaient de recevoir, ne savaient plus à quoi se résoudre : la mort de Tu Wen-hsiu, l'occupation de *Ta-li et le massacre de ses habitants avaient paralysé leurs mouvements. La population, en présence des préparatifs de guerre, força les chefs à les suspendre ; et ils demandèrent à traiter. H est vrai que n'ayant pas prévu le cas oii la ville pourrait être assiégée, ils n'avaient fait aucun ravitaillement.
Cette capitulation eut lieu à peu près dans les mêmes conditions que les autres : les chefs furent exécutés et une grande partie des maisons pillées ; les impériaux firent grâce à la population pouiTu qu'elle mangeât du porc et qu'elle élevât cet animal. Ils enrôlèrent sous leur bannière tous ceux qui voulurent être soldats, et vers la fin de mars 1873, ils se dirigèrent Sur Yiln-chou.
Cette ville, encouragée par la reddition pacifique de sa voisine, ne chercha pas à résister. Elle ouvrit ses portes le cinquième jour de la quatrième lune (1"" mai 1873). Nous laisserons les troupes impériales continuer leur marche victorieuse jusqu'à Yung-chang-ftt (^^ g )j^), où elles arrivèrent le 17 mai suivant pour se joindre ensuite à celles qui assiégeaient Têng-ytiêh-t'ing (JJf ^ ]||).
Mêng-hua-hsien, assiégée par des forces considérables, venait d'être le théâtre de luttes désespérées. La population.
renforcée par les fuyards de Ta-lî, après avoir épuisé tous les moyens de résistance, chercha un refuge dans la mort plutôt que de se livrer à la fureur des soldats impériaux. On rassembla tous les objets précieux dans un bloc de maisons . qu'on remplit également de meubles et d'objets de luxe et on y mit le feu. Ce brasier était à peine éteint que du poison fut distribué aux femmes, aux enfants et aux vieillards, et lorsque les hommes valides qui soutenaient le choc des impériaux restèrent à peu près seuls, ils mirent le feu aux quatre coins de la ville et ouvrirent les portes aux assiégeants; la plupart des défenseurs trouvèrent la mort dans les flammes, un petit nombre s'échappèrent, et tous ceux qui furent pris furent passés par les armes.
La fin tragique de cette population eut lieu dans le courant du troisième mois (mars 1873); les soldats, qui comptaient trouver là une partie des trésors soustraits de Ta-li, furent désappointés. Les corps ayant pris part à ce siège furent en partie dirigés sur T eng-yuêh-fing et l'autre rentra sous les murs de Hsia-kuan.
La prise de Ta-li peut être considérée comme le coup de grâce donné à la rébellion. Trois mois avaient suffi pour porter le théâtre de la guerre sur la frontière occidentale de la province. Il est vrai que les villes de cette partie, sauf Mêng-hua-t'ing, voyant le foyer de la résistance détruit et n'ayant plus de direction, n'avaient fait qu'une opposition factice. Tous les fuyards des quelques villes que nous venons de voir occupées par les impériaux s'étaient réfugiés dans Têng-ytiêh-t'ing, leur deniière ressource et la seule position qui leur permit, par son éloignement du centre des opérations, de tenter la résistance.
CAPITULATION DE rÊNG-YCÊH-riNCJ. 189
Li Hsîn-ku, avec son corps d'armée, était depuis longtemps devant cette ville, s'efforçant inutilement à couper les communications des insurges. Il avait cependant gagné à lui quelques chefs de tribus de I-chîa \ de Pa-i, de Min-chia et des Lissons, qui lui avaient apporté le concours de leurs milices; mais ces gens étaient si mal armés que leurs services étaient presque nuls. Quand les différents corps que nous avons vus en marche dans cette direction arrivèrent, la ville fut complètement investie.
Au commencement de la cinquième lune (juin 1873), les habitants de Têng-yUêh, à bout de ressources, capitulèrent; les troupes entrèrent en ville le 10 juin, et, selon l'habitude, commirent beaucoup d'excès. Cependant, il est juste d'ajouter que, sauf le pillage, qui fut général, la population fut moins maltraitée que dans les sièges.précédents. Un grand nombre de chefs profitèrent du relâchement de surveUlance qui eut lieu pendant les négociations pour s'évader, et ils se réfugièrent dans le village de Hu-hstt-ying (^ §jt ^), situé à 10 lis de là et bâti sur le faite d'une montagne accessible seulement de deux côtés. Li Hsin-ku, informé du fait, envoya. Chiang Ping-tang (^ ^ ^) et Ma Ch'êng-chi (,B| |*^) à la poursuite des fugitifs. Les chefs des villages refusèrent de les livrer, mais sous la pression des fonctionnaires impériaux qui menaçaient de tout détruire, trois rebelles furent livrés et amenés au quartier général de Li Hsin-ku, où ils furent exécutés.
Les généraux chinois, sous prétexte de poursuivre les rebelles, auraient bien voulu pousser plus avant leurs conquêtes, mais les autorités supérieures, craignant le soulèvement de ces tribus montagnardes, décidèrent de s'arrêter là, et Li
' Les I-clii.i ne sont autres {[we les I-jên dans cette partie de la province.
Hsin-ku, après avoir mis ordre aux affaires urgentes, rentra à Hsia-kuan.
Teng-yuêli-chou tombé au pouvoir des impériaux, le dernier repaire des rebelles était détruit; plus au sud, sur la lisière de la province, c'est-à-dir« entre les frontières mal définies des Shans, des Chinois et des Birmans, il restait encore quelques cantons où la population, plus sauvage que rebelle, refusa de se ranger sous la bannière des mandarins chinois; mais afin qu'on la laissât en paix, elle consentit à payer un léger tribut en nature aux autorités des districts les plus proches.
Dans toute la partie comprise entre Mêng-hua-t'ing et Teng-yliêh, où les troupes impériales n'avaient pour ainsi dire fait que passer, le pays était moins dépeuplé que dans les autres parties où l'occupation et les luttes avaient été longues. Après la prise de Shun-ning, de Yun-chou, de T eng-yliêh, etc., tout l'ouest était désormais libre. On laissa des corps d'occupation dans chacune de ces villes et le gros de l'armée fut dirigé sur Ta-li, où elle fut en partie licenciée.
Le Fu-t'ai, rentré dans Ta-li depuis le mois de mars, après avoir visité la cité et les fortifications, s'occupa du classement des mandarins du département. Beaucoup de fonctionnaires, nommés depuis longtemps à des postes occupés par les rebelles, étaient venus à Hsia-kuan faire acte de présence. Aussitôt que le classement fut terminé pour eux ainsi que pour ceux de l'ordre militaire, ils reçurent leurs instructions et partirent pour le lieu de leur résidence. Yang Yli-k fut désigné pour remplir le poste de Ta-li en attendant que la cour de Pékin eût confirmé sa nomhiation. Chiang Tsung-han qui avait guerroyé dans