MINES DE CUIVRE
découragés : la nature de cette roche leur faisant espérer une prompte solution, ils dirigèrent si bien leurs travaux qu'au bout de quelques semaines ils se virent en présence (Vun immense bloc de métal parfaitement malléable et que tous leurs moyens d'extraction ne parvinrent pas à entamer. La masse qui venait d'être mise à découvert ne mesurait pas moins de 200 pieds cubes. Croyant avoir trouvé un trésor, ils firent de grandes dépenses et essayèrent de tout, jusqu'à couper des morceaux avec des ciseaux; mais les angles une fois an-ondis, ce moyen ne valait plus rien; le bloc n'offrait plus de prise à leurs instruments, ils furent forcés de l'abandonner.
Depuis cette époque, la rébellion a occupé le département de Yung-chang (^ g); les galeries, n'étant plus entretenues, ont été envahies par les eaux, et de la riche et grande exploitation de. Yung-pei (^^ :Hj), où se trouvait cette mine, il ne reste aujourd'hui que des traces.
Le plus grand obstacle que rencontre l'industrie du cuivre, et qui s'oppose à son développement, est la nécessité où sont les industriels de remettre au gouvernement provincial au moins la moitié de leurs produits : une partie est employée à frapper des sapèques et l'autre envoyée à Pékin. Cette fourniture est payée aux industriels au-dessous du prix de revient; la différence est supportée par la moitié qui est livrée au commerce, ce qui en augmente sensiblement la valeur. De plus, la matière destinée au commerce est sujette à un droit considérable au sortir des lieux de production, au bénéfice de la caisse provinciale. Un mandarin est délégué par le trésorier général ou Fan-taî pour la perception de ce droit et pour veiller à ce qu'il n'y ait pas de fraude.
Aux exigences du gouvernement il faut ajouter la cupidité des mandarins collecteurs; et voilà pourquoi cette industrie, qui serait une source de richesse pour la province, reste stationnaire et ne rend qu'une faible partie de ce qu'elle pourrait produii-e^
De toutes les mines que nous avons visité durant notre séjour au Yttn-nan, celles de cuivre sont exploitées le plus profondément dans les entrailles des montagnes.
Ce métal se trouve rarement à fleur de terre. La plupart du temps, la découverte s'en fait sur différente indices : tantôt ce sont des sources qui déposent du sulfate de cuivre à bord des terrains qu'elles traversent, tantôt les pluies torrentielles entraînent des fragments de pyrite de qualité inférieure. C'est toujours sur le flanc des montagnes qu'on ouvre les galeries; elles sont en général horizontales et, si c'est possible, légèrement inclinées vers la sortie. La facilité de les percer permet d'opérer des sondages profonds et à peu de frais.
Quand on rencontre des cours d'eau souterrains à une trop grande profondeur pour les faire écouler par l'entrée, on installe un système de pompes en bambou; mais c'est-là un moyen peu efficace d'épuisement, et si les sources sont abondantes, toute la science de l'exploitant est en défaut : il est forcé d'abandonner l'entreprise. Souvent il pourrait percer
1 £n 1872, à la demande de quelques marchands et de mandarins en disponibilité, le gouverneur autorisa la formation d'une société à la tête de laqueUe était un mandarin du grade de Tao-f ai (^[ '^ \ Le but de cette société était d'encourager, par Tavance de capitaux, les industriels à donner un plus grand développement à leurs travaux; elle devait, en outre, acheter tout le cuivre produit à un prix plus élevé que celui fixé par l'état et acquitter les taxes. Cette association, fondée avec un capital trop restreint, ne réussit pas; au reste la paix n'était pas encore parfaitement rétablie dans la province et les métallurgistes^ de crainte de nouveaux troubles, n'osèrent se risquer.
EXPI^ITATION DES MINES DE CUIVRE. 221
des galeries basses d'écoulement; n'étant pas certain du succès et craignant de risquer ses capitaux sur une chance douteuse, il préfère chercher ailleurs. En général, le Chinois n'aime pas se lancer dans des complications au fond desquelles il ne voit pas clair; pratique et prudent avant tout, il s'en tient à ce qu'il sait et à ce qu'il comprend bien, et une exploitation restreinte lui permet de se rendre compte au bout de la semaine de son gain ou de sa perte.
Dans les mines de cuivre l'organisation ouvrière est bien différente de celle des mines de fer ou d'acier. Dans celles-ci les mêmes ouvriers sont quelquefois occupés à extraire le minerai, à le préparer, même à le fondre ; dans les premières au contraire, ces deux opérations sont tout-à-fait distinctes et indépendantes l'une de l'autre : ceux qui sont chargés de Textraction et de l'abatage ne font pas autre chose, et il en est de même pour ceux employés au fourneau et au lavage.
Les mineurs qui font partie d'une exploitation sont généralement groupés par dix à quinze, et ont un chef appelé K'o-cliang (^ ^). C'est lui qui dirige les travaux d'exploitation ou d'extraction; il est aussi délégué auprès du propriétaire pour défendre les intérêts de l'association. On choisit de préférence pour ce poste un ouvrier respectable, dont toute la vie s'est passée dans les mines et qui possède un grand fonds d'expérience pratique. Sa responsabilité est grande, car, de son administration et de l'intelligence qu'il déploie dans la conduite des travaux dépend la réussite de l'entreprise.
Quand les produits de la mine sont abondants ce qui amve bien souvent, d'autres ouvriers sont appelés à joindre l'association. Le chiffre limité d'abord augmente jusqu'à concurrence de quelques centaines ; en ce cas, le premier chef prend
la direction générale des affaires et tons les autres sont sons ses ordres.
Les ouvriers mineurs se divisent en deux classes : ceux qui portent le minerai à l'extérieur et ceux qui l'extraient. Les premiers sont considérés comme ouvriers de seconde classe ; les seconds, plus instruits dans les choses du métier, sont les mineurs proprement dits et ont passé par le degré précédent. Ils sont tous recrutés parmi les jeunes gens les plus robustes. Les extracteurs de minerai sont aussi quelquefois abateurs; c'est ce qui a lieu surtout dans les mines de galène argentifère et d'étain, ainsi que dans celles de cuivre à galeries profondes, où les moyens d'aération ne sont pas suffisants; dans bien des endroits, c'est tout juste si un mineur arrivé au fond de la galerie a le temps d'abattre sa charge et de s'en retourner sans être oppressé.
Ordinairement les ouvriers qui ont confiance en leur K ochang forment une association, et ont droit, au lieu de salaire, à un dividende sur les bénéfices de l'exploitation. S'ils sont salariés, les mineurs proprement dits reçoivent T. 2,00 par mois (14 fr. 50 c.) et les auti-es T. 1,00 à 1,50 (7 fr. 25 c. à 10 fr. environ).
Le propriétaire d'une ou de plusieurs mines charge un Ko-chang des exploitations. Celui-ci traite directement avec le propriétaire, qui fournit l'argent, les céréales et autres objets nécessaires aux travaux de l'exploitation. Quant au maître, il ne peut réclamer les produits comme sa propriété. Le minerai extrait appartient aux ouvriers ; mais à leur tour ils sont tenus de vendre ces produits au propriétaire qui les commandite à moins qu'il ne refuse de les acheter. Comme le propriétaire possède toujours des fourneaux, il achète la matière. Le Ko-chang, au nom de l'association, en discute