‹ La Province de Québec et l'émigration européeneChapitre 5 sur 29 · SOL ET PRODUCTIONS · texte numérisé non relu

SOL ET PRODUCTIONS

Le sol de la Province de Québec est d'une grande richesse, et il est susceptible de tous les degrés de culture. Les céréales, le foin et les légumes de tous genres croissent en abondance partout où la terre est convenablement préparée. Cultivant beaucoup plus en grand qu'on ne le fait généralement en Europe, il est hors de doute que nous apportons moins de soin aux détails de notre culture, et cependant nous recueillons de quoi suffire abondamment à tous nos besoins.

Tout le bassin du St. Laurent est composé d'un sol argileux éminemment propre à la culture du froment. On l'a cultivé avec vin succès toujours soutenu jusqu'à 1845, époque à laquelle la mouche hessoise a fait son apparition dans le pays.

Alors la culture du blé étant devenue précaire, on s'est efforcé de toutes parts de trouver dans d'autres produits l'équivalent de ce grain précieux, qui avait fait si longtemps et à si peu de frais la fortune des cultivateurs de ce pays. Non seulement il nous a fallu cultiver d'autres grains pour faire face à ce fléau, mais encore il a fallu modifier toute l'économie de nos fermes. Lorsque le blé poussait bien, c'était là-dessus que l'on comptait pour solder tout, besoins, plaisirs, luxe ; c'était avec cela qu'on bâtissait nos grands villages. Eien n'était facile comme ce système ; aussi avons-nous été fort embarrassés et pris au dépourvu quand il nous a fallu, sous peine de famine, cultiver ce que l'on appelait alors dédaigneusement les vienus grains^ et nous livrer à l'éle-

vage des bestiaux. Plusieurs années se sont écoulées dans le malaise avant que cette transformation radicale de notre système de culture ait pu s'harmoniser ; les uns s'attardaient à soupirer encore après le froment, tandis que d'autres tentaient sans succès de faire l'application de théories trop avancées. Petit à petit cependant, l'industrie agricole est entrée par un courant uniforme dans les voies nouvelles qui lui restaient ouvertes ; ç'a été un pas difficile à faire, mais ç'a été un progrès dont les conséquences se développent aujourd'hui d'une manière frappante.

Au moment où les traditions de la routine commençaient à lâcher prise, la création des sociétés d'agriculture est venue fort à propos seconder le mouvement. Il s'est écoulé plusieurs années avant que la loi d'agriculture ait été généralement comprise, et qu'on ait pu en tirer un parti avantageux ; mais, comme toutes les choses réellement utiles et bonnes, elle a fini par fonctionner presque partout avec avantage : grâce à l'aide du gouvernement, chaque comté a voulu avoir sa société, ses expositions, ses partis de labour. Dès lors on a pu remarquer une augmentation et une amélioration considérables dans les produits agricoles.

Les statistiques nous manquent pour constater d'une manière précise, depuis 1861, l'accroissement des récoltes sarclées, le perfectionnement du bétail, tant par l'importation de races améliorées que par le soin de plus en plus marqué que l'on apporte dans l'alimentation, l'abreuvage et le logement des animaux durant l'hiver ; mais il est incontestable que l'engrais du sol s'est considérablement multiplié dans ces dernières années, et que les bestiaux de tous genres ont augmenté en nombre aussi bien qu'ils ont gagné en qualité.

Ces progrès ne sont pas sensibles partout au même degré. Dans les environs des villes, où la propriété est d'une grande valeur, où il est facile de se procurer l'engrais, il faut de toute nécessité que le cultivateur tire de chaque pièce de terre qu'il possède toute la somme de produits dont elle est susceptible, s'il veut percevoir un intérêt suffisant du capital que représente sa ferme. Aussi, presque toutes les fermes qui avoisinent les villes sont-elles aujourd'hui de véritables modèles de culture. A mesure qu'on s'éloigne des villes, le mode d'exploitation change, les cultures sarclées deviennent plus rares et moins considérables, mais les prairies sont généralement belles et les gras pâturages réjouissent l'œil de tous côtés. Là où l'on cultive trop grand de terre pour s'arrêter à l'engrais proprement dit, on sème des graines fourragères, mil et trèfle, parmi le grain ; la terre s'en trouve bien, la récolte aussi, et le bétail encore mieux.

L'agriculture a fait des progrès assez considérables en cette province, dans les dix années qui viennent de s'écouler, et ces progrès vont toujours croissant. La culture du blé a été reprise de nouveau et réussit très bien maintenant : la récolte de 1868 et celle de 1869 ont été très-considérables.

YL

DEMARCATIONS TERRITOEIALES.

Les démarcations territoriales sont, sous le rapport civil, les paroisses, les cantons ou townships, les comtés et les districts, et sous le rapport religieux, les paroisses, les missions et les diocèses.

Le système paroissial qui a présidé aux premiers développemens de la colonie, a été conservé dans son intégrité partout où il existait à l'époque de la cession du Canada à la couronne britannique ; et il s'est étendu depuis aux nouveaux établissements fondés par les catholiques. Aussitôt qu'un territoire nouveau est suflSisamment habité pour former une paroisse, l'évêque diocésain, sur la demande qui lui en est faite par la majorité des habitants, décrète l'érection canonique de la paroisse, et par un procédé analogue l'autorité civile décrète ensuite l'érection civile. La paroisse ainsi érigée devient une corporation " municipale.

Les townships ou cantons sont d'origine britannique. Après la cession du Canada, le système de tenure anglaise, appelé franc et commun soccage, fut substitué au régime féodal pour les terres du domaine public, et le township ou canton remplaça la seigneurie. L'étendue réglementaire d'un township est de 10 milles carrés ou 100 milles en superficie. Les townships qui ne sont pas subdivisés en paroisses conservent leurs délimitations pour les fins municipales et autres.

Les comtés ont été formés pour les fins électorales, chaque comté ayant le droit d'élire un

député aux Communes fédérales tous les cinq ans, et un député à l'Assemblée Législative de la Province tous les quatre ans. Chaque comté constitue en outre une division d'enregistrement pour l'inscription des hypothèques. Les municipalités de paroisse et de canton comprises dans un comté forment une municipalité de comté. Il y a dans la province soixante comtés, outre les divisions électorales des villes.

Pour les fins judiciaires la province est divisée en vingt districts, dans chacun desquels la justice est administrée à tous les degrés de juridiction, sauf l'appel qui ressortit à un tribunal d'appel provincial siégeant alternativement à Québec et à Montréal. Ce tribunal décide en dernier ressort lorsque le montant en litige n'excède pas $2,000. Au-dessus de ce montant il y a droit d'appel au Conseil Privé (en Angleterre), qui est le dernier degré de juridiction.

Les diocèses catholiques sont au nombre de cinq, l'archidiocèse de Québec, le diocèse de Montréal, celui des Trois-Eivières, celui de St. Hyacinthe et celui de Eimouski.

Les diocèses protestants sont au nombre de deux, celui de Québec et celui de Montréal.

îï^'STÎTUTIOï^^S MUNICIPALES.

La construction et l'entretien des chemins et ponts, les travaux publics d'une nature purement locale, le maintien des lois propres à favoriser l'agriculture, tels sont les attributs de nos institutions municipales.

Chaque paroisse organisée et chaque township contenant une population de trois cents âmes est érigée en municipalité locale. Cinq ou sept conseillers, élus chaque année par les contribuables, administrent les affaires municipales de la paroisse ou du township. Le maire, qui est choisi par ses collègues, préside à leurs délibérations et est l'ofRcier principal du conseil. Pour être électeur municipal, il suffit d'être âgé de vingt-et-un ans, et de posséder une propriété donnant un revenu de quatre piastres par an, ou d'être locataire d'un immeuble valant vingt piastres par an.

Au-dessus de la municipalité locale se trouve la municipalité de comté, qui a droit de révision sur les 'procédés de celle-ci, lorsqu'on en appelle à sa, décision. Les maires des municipalités locales comprises dans chaque comté forment le conseil municipal du comté. Ils choisissent parmi eux leur président, qui est appelé préfet du comté. Toutes les questions qui intéressent plus d'une municipalité locale sont du ressort du conseil de comté.

Nos lois munici^pales viennent d'être codifiées : le Code qui les contient a même été adopté par la

Législature, sa mise en force est simplement ajournée pour quelques mois.

Le système municipal, tel qu'entendu et pratiqué ici, est la délégation annuelle des pouvoirs de chaque contribuable aux conseillers élus, qui deviennent une corporation légale ayant pouvoir de gérer les affaires qui intéressent la municipalité. C'est, à proprement parler, l'application exacte du gouvernement représentatif dans chaque paroisse et dans chaque canton.

Les corporations municipales sont sujettes à la répression des tribunaux ordinaires, pour infraction aux lois établies, aussi bien que pour abus et usurpation de pouvoir.

ÎNSTSÎTCTÎOÎ^ PUBLiaïïE.

L'Instruction Publique est sous le contrôle et la direction d'un des membres du Conseil Exécutif de la Province, qui a le titre de ministre de l'instruction publique. Le titulaire actuel est le chef du cabinet. L'honorable M. Chauveau dirige cette branche importante de l'administration depuis 1855, et c'est à lui que nou^ sommes, en grande partie, redevables du haut degré de perfectionnement auquel elle est parvenue.

Le ministre de l'instruction publique a ]^our coopérateur dans ses fonctions un conseil composé de vingt-et-un membres, choisis et nommés par le Lieutenant-Grouverneur, dont quatorze catholiques et sept protestants. S'il arrivait en aucun temps que dix membres catholiques ou cinq membres protestants du conseil fussent d'avis que la direction des écoles et autres institutions d'éducation catholiques et protestantes fut distincte et séparée, la loi déclare qu'alors le conseil serait scindé en deux, de manière à donner aux membres de chaque culte la direction exclusive des écoles de leur croyance ; le ministre de l'instruction publique présiderait chacun de ces conseils, mais n'aurait droit de voter que dans celui de sa propre religion. Hâtons-nous de dire cependant que rien ne fait présager la mise à effet

de cette mesure insérée dans la loi en manière db* préservatif; au contraire les bons rapports qui n'ont cessé d'exister entre les hommes éclairés des deux croyances qui ont composé par le passé et qui composent actuellement le conseil, le soin apporté dans le choix de ceux qui sont appelés à ces honorables et délicates fonctions, tout semble indiquer que pour longtemps encore cette bonne harmonie, cimentée de part et d'autre par un scrupuleux respect des droits de chacun, se maintiendra pour l'honneur de notre province.

L'instruction I^rimaire est obligatoire, en ce sens^ que tous les citoyens sont tenus de contribuer au maintien des écoles au moyen d'une taxe modique imposée sur leurs propriétés, et produisant un montant égal à la subvention scolaire accordée par le gouvernement à chaque municipalité. Chaque père de famille est tenu en outre de payer une rétribution mensuelle variant de vingt-cinq centimes à deux francs pour chaque enfant en âge de fréquenter fécole, (de sept à quatorze ans,) qu'ils y assistent ou non.

Les deniers publics affectés à l'enseignement sont répartis proportionnellement à la population et au nombre d'élèves qui fréquentent chaque écoleprimaire ou autre institution d'éducation. Une somme de quarante mille francs est affectée annuellement au soutien des écoles dans les municipalités pauvres, en sorte que les personnes qui n'ont que le nécessaire ne sont pas inquiétées pour leurs contributions scolaires.

Les écoles primaires sont placées sous la direction et le contrôle de cinq commissaires élus par les contribuables de chaque municipalité. Ces officiers sont chargés de prélever les contributions scolaires ; ils reçoivent la subvention du gouvernement et

répartissent le tout entre les différentes écoles établies dans la municipalité.

Dans les localités de religions diverses, c'est la majorité religieuse qui gouverne. Si la minorité n'est pas satisfaite de l'administration des écoles, en ce qui la concerne spécialement, elle n'a qu'à faire choix de trois syndics pour diriger ses propres écoles et à signifier son dissentiment bu président des commissaires. Dès lors les écoles de la minorité prennent le nom d'écoles dissidentes, et les syndics sont investis à leur égard des mêmes pouvoirs que les commissaires à l'égard de celles de la majorité.. Toutefois les commissaires continuent de prélever les contrib.utions sur toute la municipalité, mais à la charge de remettre aux syndics le montant prélevé sur les contribuables dissidents, ainsi qu'une partie de la subvention publique proportionnée à leur nombre.

Grâce à ces garanties la minorité, qu'elle soit catholique ou qu 'elle soit protestante, n'a jamais à redouter aucune oppression, et la plus parfaite harmonie ne cesse de régner entre les différentes croyances. A ceux qui sont habitués à ne voir qu'un seul culte autour d'eux, ou à vivre parmi des. populations indifférentes, de pareils compromis peuvent sembler irritants ou puérils, ici il n'y a qu'une voix pour en reconnaître l'heureuse influence; "Nous nous entendons pour différer," ive agrée to disagree, disait dernièrement M. Chauveau dans une imposante réunion protestante : c'est tout là, notre système résumé en un mot à la fois heureux et vrai.

Les instituteurs sont formés dans les écoles spéciales de pédagogie appelées écoles normales. Ces institutions sont maintenues par l'Etat et placées sous la direction immédiate du ministre de Tins-

trnction publique ; elles sont au nombre de trois, dont deux catholiques et une protestante. Les écoles normales catholiques ont chacune pour supérieur, un ecclésiastique approuvé par l'évêque diocésain. Les instituteurs formés en dehors de ces écoles n'ont le droit d'enseigner dans les écoles subventionnées par le gouvernement, que lorsqu'ils sont munis d'un brevet de capacité accordé par un bureau d'examinateurs choisi par le Lieutenant- Gouverneur.

On compte aujourd'hui dans la Province de Québec, 3,468 écoles primaires, 227 écoles secondaires et modèles, fréquentées par 33,428 élèves. Ces écoles coûtent annuellement à la Province $114,- 982, ou environ 574,910 francs et absorbent 1728,494 ^de contributions locales.

Des inspecteurs attachés au ministère de l'instruction publique et agissant sous sa direction immédiate, sont chargés de visiter au moins tous les trois mois les écoles du district pour lequel ils sont nommés, de s'assurer des qualifications des instituteurs et de la manière dont ils s'acquittent de leurs devoirs,en un mot de veiller au bon fonctionnement des lois scolaires, et de signaler dans leurs rapports au ministre les réformes à appliquer et les progrès réalisés.

En dehors de l'enseignement primaire se trouvent les écoles spéciales, les lycées, les écoles commerciales et les écoles d'agriculture, formant en tout 147 institutions fréquentées par 2,186 élèves.

Viennent ensuite les collèges classiques, qui sont au nombre de quinze, dont douze catholiques et trois protestants. Les collèges catholiques, dont deux datent presque des premiers temps de la colonie, doivent en grande partie leur fondation à la générosité des membres du clergé, et c'est grâce à leur

désintéressement qu'ils trouvent moyen de prospérer, tout en instruisant la jeunesse à un bon marché inouï. Les professeurs sont généralement des ecclésiastiques qui font leur cours de théologie dans l'institution même, et qui se contentent d'une rémunération de 200 francs environ par année avec . nourriture et logement. Cela explique comment nos collèges classiques peuvent subsister avec les prix de pension qui leur sont payés par les élèves. En moyenne la pension ne s'élève pas à cinq cents francs, et un grand nombre dé jeunes gens pauvres reçoivent leurs cours gratuitement. — (Voir l'Appendice.)

Rien d'étonnant qu'avec un système d'enseignement classique aussi peu dispendieux la haute éducation soit très répandue dans la Province. Aussi l'est-elle à un point qu'elle ne pourrait dépasser sans rompre l'équilibre qui doit nécessairement exister, dans une jeune société comme la nôtre, entre le travail intellectuel et le travail manuel.

Au sommet de l'organisation de l'enseignement se trouvent trois Universités, dont deux protestantes : l'Université du Collège McGrill, fondée en 1827, par un riche marchand qui lui a donné son nom, et le Séminaire Anglican de Lennoxville, fondé en 1843, par !Sa Seigneurie l'Evêque Mountain ; — et une catholique, l'Université Laval, qui est incorporée comme les universités anglaises et jouit de tous leurs privilèges et immunités, sans avoir cependant rien de commun avec elles, ni avec aucune autre sur ce continent. Cette institution a été fondée en 1854 par le Séminaire de Québec, qui a consacré à cette œuvre plus d'un million et demi de francs et qui la soutient de ses propres deniers, sans demander aucune subvention à l'Etat.

Tj'Université Laval possède quatre facultés en pleine opération : Théologie, Droit, Médecine et Beaux- Arts ; le collège McGî-ill en possède trois : Droit, Médecine et Beaux- Arts ; le séminaire anglican de Lennoxville en possède une, celle de Théologie.

INSTITUTIONS EELÎGÎEUSES ET DE BIENFAI- SANCE.

La physionomie sociale de notre province ne serait pas complète si nous ne disions un mot des institutions religieuses et de bienfaisance qui en font le plus bel ornement.

Envisagé soit au point de vue catholique, soit au point de vue protestant, le peuple de la province de Québec est éminemment religieux.

Les premiers colons de la Nouvelle France, remarquables par leur esprit de foi autant que par la hardiesse de leurs enterprises, ne se considérèrent régulièrement établis ici, que lorsqu'ils y eurent implanté les principales institutions religieuses qu'ils avaient appris à chérir dans leur .patrie. Aussi, à peine avaient-ils jeté les fondations de leurs premières villes, que déjà leurs missionnaires se répandaient aux extrémités les plus reculées du Canada, évangélisant les tribus indiennes, préparant les voies à la colonisation, marquant d'avance dans ces solitudes l'emplacement des forteresses et des villes futures. En même temps les Sœurs Hospitalières venaient prendre soin de leurs malades, les Ursulines et les religieuses de la Congrégation Notre- Dame se consacrer à Finstruction de leurs jeunes filles, ainsi qu'à celle des enfants sauvages. Fidèles à leurs commencements, ces institutions, richement Notées pour la plupart, soit par le gouvernement,

soit par des particuliers, se multiplièrent à mesure que les progrès de la colonie le permirent.

Le changement de domination n'apporta aucune entrave au mode d'existence des ordres religieux ; tous, à l'exception de celui des Jésuites et de celui des Eécollets, furent maintenus dans leurs privilèges et continuèrent à remplir le but de leurs fondations respectives. Aujourd'hui la vitalité de ces institutions est véritablement extraordinaire ; elles ont couvert la province de leurs établissements d'éducation ; elles prodiguent tous les secours religieux à la population, il n'est pas une misère morale, pas une infirmité physique à laquelle elles n'aient élevé un asile. Non contentes de cela, elles ont étendu leurs ramifications au dehors : allez sur n'importe quel point du continent, et partout vous trouverez les traces du missionnaire ou de la religieuse du Canada; partout aussi vous les verrez entourés du respect et de la confiance des populations de toute origine et de toute religion.

Sous la domination française, le culte catholique était seul professé. Par les actes de capitulation et plus tard par le traité de Paris, le libre exercice en lut garanti aux habitants de cette province par le gouvernement britannique. Depuis lors les catholiques du Canada ont joui de la liberté religieuse la plus entière.

Après ce que nous venons d'exposer au sujet de l'éducation, il n'est guère besoin de dire qu'en matière de reHgion la plus parfaite tolérance existe entre les diff'érenls cuites professés par la population de la province.

A côté des institutions de bienfaisance des catholiques ont grandi et prospéré celles des autres communions religieuses, n'ayant entre elles d'autre rivalité que celle du bieu.

Obéissant en cela au vœu de toute la population,, le gouvernement de la province consacre chaque année une partie considérable de ses revenus, environ huit cent mille francs par an, au soutien des institutions de bienfaisance. (Yoir l'Appendice où se trouve la répartition du dernier octroi entre les diverses institutions de charité subventionnées par l'Etat).

MODE B'EXÎSTEHCE.

Agricuîtiire-

La grande masse de la population rurale tire sa subsistance de l'agriculture ; l'industrie manufacturière est en grande partie concentrée dans les villes.

L'étendue moyenne des fermes est de quatrevingt-dix arpents dans les seigneuries qui bordent le St. Laurent, et de 100 acres dans les nouveaux établissements situés dans les townships. Sur une ferme de cette étendue un cultivateur industrieux vit avec sa famille dans une aisance inconnue au paysan européen, et trouve moyen de pourvoir à l'établissement de ses enfants.

La plupart des familles fabriquent elles-mêmes, avec le lin qu'elles cultivent, et la laine de leurs troupeaux, les étoffes nécessaires à leurs vêtements ordinaires. Il fut même un temps, qui n'est pas trèséloignè, où les cultivateurs tenaient à honneur de fabriquer eux-mêmes jusqu'à leurs habits de fête. Il existe encore certaines localités dans lesquelles s'est conservée cette belle simplicité, à l'ombre de laquelle fleurit l'aisance et la naïveté des mœurs d'autrefois.

La saison d'été est consacrée aux travaux des ohamps, toute la famille y prend part ; l'hiver, tandis que les hommes s'occupent à battre le grain,

à soigner le bétail, à approvisionner la maison de bois de chauffage, les femmes préparent le lin et la laine pour le vêtement.

Dans les seigneuries où les terres valent en moyenne de deux à quatre mille piastres, le nombre des cultivateurs qui peuvent établir leurs enfants autour d'eux est comparativement restreint ; il n'y a guère lieu de s'en étonner, si l'on songe que la j)lupart des familles se composent de dix à douze enfants. Assez souvent le père prendra le parti de vendre sa ferme et de s'en aller sur les terres publiques qui lui sont offertes à un prix purement nominal. Aidé de son capital, en peu d'années il aura conquis sur la forêt un magnifique domaine qu'il pourra léguer en héritage à ses enfants. Tantôt ce seront les fils, protégés dans leurs débuts par les économies du père, qui laisseront seuls la paroisse natale, pour aller s'ébaucher un établissement dans les bois, et revenir quelques années plus tard se chercher une compagne. Tantôt ce seront des familles entières, chassées par les dettes et la misère, qui iront demander à la forêt un refuge et des jours meilleurs. Ainsi se déverse dans les townships le trop plein des vieilles paroisses, ainsi s'agrandit tous les jours le domaine agricole de la province.

La population des tov^nships en général, moins routinière dans ses allures que celle des seigneuries, plus brisée aux affaires par les obstacles qu'elle a eu à vaincre pour s'établir, se déplace plus volontiers lorsqu'elle y trouve son compte. Un colon aura défriché le quart, la moitié d'une ferme ; s'il se présente un acquéreur avec des offres avantageuses, vite il la lui vendra, pour aller recommencer un peu plus loin un nouvel établissement. Les premières récoltes qui suivent le défrichement étant extrêmement abondantes, il ne manque pas

de gens qui font ainsi une grande partie de leur vie le métier de défricheurs ; ils deviennent en peu de temps experts dans ce genre de travail, et s'y complaisent.

Un Européen arrivant en Canada, dans le dessein de se livrer à la culture, fera mieux d'acheter une ferme ainsi ébauchée que d'ouvrir une terre luimême. Moyennant un prix assez modique, disons cinq à six cents piastres, il aura un lot de ferme de cent acres, dont quinze à vingt en culture, une maison et une grange, grossièrement construites, il est vrai, mais qui lui suffiront pour les premières années. Sur l'espace défriché il pourra recueillir des grains pour sa subsistance, et s'il a bon courage, en peu de temps il aura doublé ses défrichements, et se trouvera à l'abri du besoin.

IsicîHstrie.

L'industriel trouve en Canada des facilités extraordinaires. Il n'est pas de pays au monde qui possède autant de pouvoirs d'eau, et la Province de Québec, par la position centrale qu'elle occupe dans la Puissance, offre des avantages sur lesquels nous croyons inutile de nous appesantir. Les petits fabricants qui, en Europe, ont à lutter contre de riches capitalistes, seraient assurés de voir ici leurs labeurs couronnés de succès.

En ce qui concerne la fabrication des draps, le champ ouvert dans la Puissance est immense ; c'est là un point facile à comprendre du moment où l'on sait qu'avec un tarif excluant tonte protection, les articles fabriqués en Canada peuvent se vendre à meilleur marché que les articles importés.

Notre sol si bien adapté à la culture du lin offre

aussi de puissants encouragements à ceux qui font le commerce des toiles.

Les principaux articles fabriqués dans la province sont les draps, les toiles, les meubles, les cuirs, la quincaillerie, la papeterie, les produits chimiques, le savon, les cotonnades, les chaussures, la fonte, les instruments d'agriculture, les voitures, les navires, les machines à vapeur, etc.

Le fabricant est certain de trouver ici une rémunération d'autant plus encourageante que nos manufactures sont loin de suffire aux besoins du pays.

Commerce.

Les facilités offertes par le fleuve St. Laurent pour l'écoulement de nos produits et l'entrée des marchandises européennes, font de la Province de Québec le grand entrepôt commercial de la Confédération Canadienne : aussi entre-t-elle pourprés de moitié, cinq-douziôrnes environ, dans le chiffre des importations et exportations réunies des quatre provinces qui en font partie.

Les tableaux indiquant le mouvement du commerce et de la navigation de la Puissance du Canada, pour l'année fiscale expirée le 30 juin dernier, (1869), donnent les résultats suivants : Yaleur totale des importations de la

Puissance du Canada (1868-69.).... $67,402,170 Yaleur totale des exportations 60,474,781

Pour l'année 1867-68 les importations s'étaient élevées à $71,985,306, donnant par conséquent une diminution de $4,583,136 en faveur de 1868-69. Une tendance non moins favorable se fait remarquer dans Icij exportations ; en 1867-68, elles s'étaient

élevées à $57,567,888, soit une augmentation de- $2,906,893 au profit de 1868-69 ; et cette augmentation porte principalement sur les produits des mines, des forêts, des manufactures, sur les animaux et sur les navires construits à Québec.

La part de la Province de Québec dans les importations et exportations de la Puissance du Canada pour l'année fiscale de 1868-69 a été comme suit :

Importations §29,545,177

Exportations 28,223,268

Nos exportations se classent de la manière suivante :

Produits des mines $ 419,015

Do pêcheries 570,507

Do forestiers 10,722,651

Animaux et leurs produits 4,982,564

Produits agricoles 4,856,417

Articles fabriqués.. 847,423

Autres articles 67,477

Navires construits à Québec, durant

l'année fiscale expirée le 30 juin

1869, au nombre de 37 = 27,000

Ton.'x k $iO par tonneau l,080,00a

Total des produits $23,546,054;

Monnaies et lingots 1,967,790,

Articles n'étant ni des produits ni des

objets fabriqués 1,960,121

Estimation du montant remis aux ports

intérieurs 749,303

Total des Exportations $28,223,268.

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