FINANCES
Ainsi que nous l'avons déjà mentionné précédemment, les revenus nécessaires au maintien de l'Etat sont perçus au moyen de droits imposés sur les marchandises importées dans le pays et sur la iabrication de quelques produits indigènes, tels que les spiritueux et le tabac. En vertu de la constitution fédérale, c'est le gouvernement de la Puissance qui perçoit tous les revenus ; mais il est tenu de payer à chacune des Provinces Confédérées une subvention annuelle : celle de Québec s'élève à $959,252. En ajoutant à cette somme les revenus particuliers de la Province, dans lesquels les terres publiques figurent pour la plus forte partie, on est arrivé à un total de $1,535,836 pour l'année fiscâle de 1867-68, et à $1,676,152 pour l'année fiscale de 1868-69.
Avec ce revenu le gouvernement de ia Province solde sa liste civile, pourvoit aux dépenses de ses deux Chambres, à celles de l'administration de la justice, fait exécuter ses travaux publics, subventionne l'instruction publique, vient en aide aux institutions de charité, vote un octroi a-énéreux aux sociétés d'agriculture et emploie la balance, qui est considérable, à accélérer le défrichement du riche domaine forestier que nous possédons.
COLOÎflSATÎO^.
Tant que les seigneuries qui bordent ie St. Laurent ont offert des terres nouvelles au trop plein de la population des paroisses primitives, la colonisation a pu marcher sans l'aide du gouvernement. Ce n'est à proprement parler que depuis vingt ans que les habitants de la province, se trouvant trop à l'étroit dans les vieux établissements, ont commencé à se répandre sur les terres du domaine public. La plus grande partie de nos seigneuries étant adossées à des montagnes ou à des terrains marécageux impropres à la culture, il n'a fallu rien moins qu'une impérieuse nécessité pour engager les 'nouveaux colons à surmonter les obstacles qui s'offraient sur leur passage.
En 1848, le mouvement a commencé : patroniséo par le clergé et approuvée par nos hommes publicvs, la colonisation est venue à l'ordre du jour. C'est alors qu'obéissant à la voix de zélés missionnaires, un groupe de défricheurs, parti des environs des Trois- Eivières, traversa la savane profonde qui jusque-là avait fermé l'entrée des fertiles Cantons de l'Est aux habitants des paroisses de la rive sud du St. Laurent. La plupart de ces hardis pionniers n'avaient pour tout bien que le mince bagage qu'ils emportaient sur leurs épaules, mais c'étaient des hommes pleins de cœur et d'une rare énergie ; ils se rendirent à pied à travers une forêt marécageuse
jusqu'à un endroit connu sous le nom des Bois- Francs.
Peu nombreux d'abord, ce groupe de colons s'accrut rapidement malgré le défaut de communications. Le sol était d'une grande fertilité dans l'endroit qu'ils avaient choisi, les promesses brillantes de l'avenir leur faisaient oublier les privations et les fatigues de chaque jour. Le succès de ces premiers colons fut proclamé par toutes les voix de la presse ; il se forma dès lors un courant de colonisation vers les Cantons de l'Est, et douze ans plus tard, c'est-à-dire à l'époque du dernier recensement, les Bois-Francs contenaient déjà une population de 15,000 âmes, rivalisant en bien-être et en progrès avec les habitants de la vallée du St. Laurent.
Tandis que le district des Trois-Eivières se frayait un chemin vers les Cantons de l'Est, les habitants des comtés de l'Islet et de Kamouraska, sur la rive sud du Bas St. Laurent, formaient une société de colonisation, au moyen d'un capital assez considérable,et allaient à une distance de plus de cinquante lieues implanter une colonie dans le Haut- Saguenay, à Hébertville, trente lieues au nord du St. Laurent. Le comté de Charlevoix fournit lui aussi nin contingent considérable à l'établissement de cette région, et vingt ans plus tard (en 1869), il y avait une population d'au moins vingt mille âmes établie dans la vallée du Saguenay.
L'opinion publique éveillée par la hardiesse et le succès de ces entreprises, ne tarda pas à réclamer l'aide du gouvernement, pour seconder les efforts des colons, en leur faisant ouvrir des chemins partout où la colonisation avait chance de succès. Depuis 1854 jusqu'à ce jour, il a été dépensé, à même le trésor public, une somme de 7,500,000
francs pour la construction de chemins à travers les forêts de la Province de Québec. La longueur réunie des chemins ainsi ouverts est de 3,800 milles.
Depuis l'avènement de la Confédération en 1867, la Province^'de Québec a résolu de pousser avec une nouvelle vigueur l'œuvre de la colonisation. C'est ainsi que la Législature Locale votait en 1869 les sommes suivantes, pour les fins de la colonisation, savoir : |262,000 pour les chemins de colonisation ; pour arpentages |45,000 ; pour Timmigration $12,000 ; pour publication de cartes, tableaux, renseignements officiels sur les terres publiques $2,400 ; subvention aux chemins à lisses favorisant la colonisation $45,000 ; et enfin une subvention de $40,000 en faveur des sociétés de colonisation — soit une somme totale de $406,900, égale à 2,034,500 francs. Le budget de 1870 met à la disposition du gouvernement une nouvelle somme de $281,000 pour le& mêmes fins.
SOCIÉTÉS DE COLOiriSATlO¥.
Il s'est produit, depuis quelques années, dans les anciennes paroisses, un mouvement qui témoigne hautement de l'importance que notre population attache à l'établissement de nos terres incultes : c'est la formation d'associations pour venir en aide aux colons pauvres. Eien, à coup sûr, n'est plus propre à seconder les efforts de l'administration, et à faire avancer rapidement la colonisation ; car ce n'est pas tout pour nos défricheurs de pouvoir pénétrer facilement dans la forêt ; ils s'y rendent pour la plupart dans un état voisin du dénûment. C'est là que se fait sentir le besoin de secours ; c'est là aussi que se fait sentir la charitable influence des sociétés de colonisation.
Le gouvernement, tout en continuant à se charger, comme par le passé et encore plus que par le passé, de la confection des chemins, s'est chargé de contribuer à la formation de ces sociétés de secours, en offrant à chacune d'elles un montant égal à la souscription de ses membres. Les vrais amis de la colonisation ont vu là un motif d'encouragement suffisant pour engager les classes aisées à participer à cette œuvre de philanthropie et de patriotisme. Si la population de la Province de Québec continue de répondre, comme elle l'a fait jusqu'ici, à l'appel qui lui est fait dans la loi des sociétés de colonisation, il en résultera inévitablement un grand bien, d'abord par les secours abon
dants qui seront distribués aux colons, et surtout parce que la colonisation sera devenue ce qu'elle doit être : l'œuvre de tous.
Dès la session de 1868,1a Législature de Québec Totait la loi des sociétés de colonisation, et décrétait que, jusqu'à concurrence de $300, la première société de colonisation régulièrement constituée dans un comté, recevrait chaque année un subside égal aux contributions prélevées parmi ses membres. La seconde et la troisième société formées dans un même comté, jouissent des mêmes droits au subside, mais seulement jusqu'à concurrence de $150 chacune. S'il n'est formé qu'une seule société de colonisation dans un comté, elle a droit aux subsides destinés à la seconde et à la troisième, au prorata -des souscriptions de ses membres, avec cette différence toutefois, qu'au-dessus de $300, le montant prélevé par telle société doit être double de celui qu'elle désire obtenir ; en sorte que pour avoir le maximum de l'octroi, qui est de $600 par comté, s'il n'y a qu'une seule société, il faut qu'elle souscrive jusqu'à $900.
La loi prescrit elle-même l'emploi qui sera fait des fonds des sociétés de colonisation. Elles sont tenues, entr'autres conditions, d'aider à activer l'établissement des colons sur les terres de la Couronne
d'attirer dans la province les émigrants des pays •étrangers, de diriger les colons ou les émigrés vers ies endroits qui leur auront été assignés par le Commissaire des Terres, de leur fournir des grains de semence, des provisions de bouche, des instruments propres au défrichement et à la culture.
Déjà trente-quatre sociétés formées en vertu de cette loi ont été reconnues par le gouvernement, et sont en pleine opération. On voit de suite de quel secours elles peuvent être pour les émigrants qui
veulent se mettre en rapport avec elles. (Voir TAp* pendice, où se trouve un tableau contenant la listede ces sociétés, les noms de leurs principaux officiers et indiquant le siège de leurs opérations.)
PillYILÉGES ACCOEBÉS AUX COLOlîS.
Dans le but de protéger les coloas contre les revers de fortune auxquels ils peuvent être exposés, dans les premières années de leur installation sur le domaine public, une loi passée par la Législature, en 1868, déclare que les terres concédées aux colons ne pourront être grevées d'aucune hypothèque, et ne pourront être vendues par décret judiciaire, pour aucune dette antérieure à la concession qui leur en aura été faite.
Dès l'occupation d'un lot, et durant les dix années qui suivront l'émanation des lettres patentes, les effets suivants seront, sans préjudice à l'article 556 du code de procédure civile, exempts de saisie en vertu de tout bref d'exécution émis par les tribunaux de cette province, savoir :
1. Le lit, la literie et les couchettes à l'usage ordinaire du débiteur et de sa famille ;
2. Les vêtements nécessaires et ordinaires du débiteur et de sa famille ;
3. Un poêle et son tuyau, une crémaillère et ses accessoires et une paire de chenets, un assortiment d'ustensiles de cuisine, une paire de pincettes et une pelie, une table, six chaises, six couteaux, six fourchettes, six assiettes, six tasses à thé, six soucoupes, un sucrier, un pot au lait, une théière, six cuillères, tous rouets à filer et métiers à tisser destinés aux usages domestiques, et dix volumes, une
hache, une scie, iin fusil, six pièges, et les , rets et seines de pêche ordinairement en usage ;
4. Tout combustible, viande, poisson, farine et légumes nécessaires destinés à l'usage de la famille, en suffisante quantité pour la consommation ordinaire du débiteur et de sa famille pendant trois mois ;
5. Deux chevaux ou deux bœufs de labour, quatre vaches, dix moutons, quatre cochons, huit cents bottes de foin, les autres fourrages nécessaires pour compléter l'hivernement de ces animaux, et les grains nécessaires à l'engraissement d'un cochon et à l'hivernement de trois autres ;