‹ La province de QuebecChapitre 3 sur 43 · L'ÉMIGRATION · texte numérisé non relu

L'ÉMIGRATION

Ami Lecteur, ee n’est pas un grand savant, ce n'est pas un littérateur célèbre qui écrit cette brochure à votre intention, maïs bien un humble explorateur, un modeste pionnier, qui, après avoir parcouru et étudié avec soin les provinces canadiennes, croit utile de communiquer à ses compatriotes le résultat de ses investigations.

Avant de venir m'établir au Canada, j'ai lu tous les ouvrages dans lesquels il était question de ce pays, et pendant douze ans j'ai étudié attentivement tous les documents que voulaient bien mettre à ma disposition les partisans de l’émigration.

Tout en m'occupant du Canada, je ne négligeai pas les autres contrées du Nouveau-Monde. Je possède des centaines de lettres, toutes remplies de renseignements précieux, qui me furent adressées par des amis établis dans différentes provinces des Etats-Unis, c’est-à-dire dans ces contrées vers lesquelles se dirige depuis quelques années un courant Si puissant d'immigration européenne.

Je ne me suis donc pas décidé au hasard, sans réflexion. On verra par la suite pourquoi j'ai donné la préférence au Canada.

Dès les premiers jours de mon arrivée ici, je recourus aux lumières des personnes compétentes que j'eus le bonheur de rencontrer, je jugear surtout utile de m'entretenir longuement avec les Belges établis ici et qui, mieux que personne, pouvaient me faire connaître les avantages aussi bien que les difficultés d'une immigration belge.

Après cela je me mis en route afin de voir par moi-même ces terres : immenses dont on m'avait tant parlé. Me voici revenu de mes longues pérégrinations, heureux d’avoir acquis les connaissances et l'expériencé nécessaires pour être vraiment utile à mes compatriotes. Je puis done garantir de la manière la plus formelle l'exactitude des détails qui vont: suivre.

Jette brochure est tout particuliêérement destinée aux artisans, aux manufacturiers, aux cultivateurs, qui, après avoir lutté en vain pour se créer une position indépendante, tournent leurs regards vers Île

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Nouveau-Moude, se demandant s'ils ne feraient pas bien de quitter leur patrie, où ilsse trouvent trop à l'étroit, où les ressources manquent, où la concurrence est si grande qu'il n’y suffit plus d'être intelligent, Jaborieux et économe pour mettre ses vieux jours à l'abri de la misère.

Foccupais en Belgique une position honorable et lucrative.… Mais où est, dans ma patrie, l’homme de lettres, l'employé, l'artisan, le petit cultivateur, qui puisse vivre dans l’aisance, devenir par son travail propriétaire de la maison qu'il habite ou du champ qu'il laboure, assurer l'avenir de ses enfants ? Heureux le père de famille qui parvient à ‘ joindre les deux bouts ,, et qui ne doit pas s’endetter ou fouler aux pieds ses convictions, pour faire instruire ses fils et ses filles et leur créer une position! Eh bien! sans me prétendre plus adroit ou plus intelligent que mes compatriotes, j'ai trouvé au Canada des avantages que je n'ai jamais espérés en Belgique. Oui, avec l’aide de Dieu, mon travail me sufkra toujours pour subvenir largement aux besoins de ma famille, pour procurer à mes enfants le bienfait d’une bonne éducation et leur permettre, quand je n’y serai plus, de se frayer un chemin sans être continuellement tourmentés par des concurrents que le “ combat pour l'existence ” change si souvent en ennemis implagables.

Oui, ceux qui veulent travailler courageusement, évit-r les dépenses exagérées et inutiles, se conduire honnêtement, peuvent compter ici. non sur une fortune brillante acquise en peu de tempset sans la moindre peine — cela ne se rencontre que dans les romans — mais bien certainement sur une honnête aisance et sur une vie paisible, exempte de la plupart des soucis qui rendent parfois si pénible l'existence des babitants du Vieux-Monde.

L'ouvrier abruti par la misère, le bourgeois miné par l'inquiétude, le commerçant ou l'industriel ruinés par la concurrence sont inconnus ici, ,[T y a des malheureux et des pauvres, cela est vrai, mais on en rencontre fort peu et neuf fois sur dix ils doivent leur trist: sort au manque de calcul et de prévoyance où à l’inconduite.

Qu'on n'aille pas s'imaginer pour cela que je dirai jamais, soit dans mes brochures, soit dans les conférences que je compte donner en Belgique en février et en mars prochains : ‘ Venez au Canada et jegurantis que vous y trouvereg Le bonheur, ” Non! mon but est d'aider de mes

conseils ceux qui voudront émigrer, de donner aux cultivatenrs belses

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qui désireront s'installer ici; un bon coup de main pour le choix de leurs terres et l'achat de leurs bestiaux, de fournir aux industriels et aux capitalistes de précieux renseignements... Mais je ne veux engager personne à quitter son pays, de crainte qu’il ne se trouve parmi les émigrants, partis d’après mes conseils, des déclassés, des maladroits ou des gens/ de mauvaise conduite. Ceux-là, après un insuccès inévitable pour des gens de leur espèce, viendraient m’importuner, me reprocher mon intervention et mes conseils, pour retourner ensuite au pays, Où leurs cris d’alarme, leurs lamentations et leurs récits mensongers produiraient le plus mauvais effet.

J'ai rencontré ici des colons qui se trouvent à la tête d’une fortune colossale : à leur arrivée au Canada ils n'avaient d’autres ressources que le travail de leurs mains. J'ai vu des fermiers qui ne possédaient pas un sou le jour de leur établissement sur une terre de la Couronne : aujourd’hui ils vivent dans l’abondance, Quel splendide résultat !.….

Mais, d’un autre côté, beaucoup d’aventuriers ont entrepris le long voyage avec un portefeuille bien garni et ils sont retournés pauvres, misérables, désespérés. Ils avaient oublié que les débauchés, de même que les fainéants, ne réussissent nulle part.

Souvent aussi les Européens se font du Canada une idée complèteinent fausse. Ils s'imaginent que les gens de ce pays ne sauraient vivre sans eux et n’oseraient rien entreprendre sans recourir à leurs lumières.

Les étrangers qui arrivent ici, peuvent bientôt se convaincre que les Canadiens ont pris leur large part des conquêtes contemporaines, bien entendu sur le terrain pacifique de la science, du commerce, de l’industrie et de l’agriculture. Ceux qui comptent, pour réussir, sur leur seule 4ualité d'étrangers et nullement sur leur courage et leur économie, peuvent s'attendre à d’amères déceptions.

Done, cher lecteur, tirez profit des conseils que je vais vous donner et que vous donneront dez hommes plus savants que moi dans les chapitres suivants. N'agissez pas à la légère, songez-y sérieusement, pesez bien le pour et le contre avant de quitter votre patrie pour venir vous établir avec votre famille dans l’une ou l’autre des contrées décrites ci-après. Il s'agit de bien savoir ce que vous voulez et surtout ce que vous savez faire. Le voyage est trop coûteux pour l’entreprendre sans réflexion. Le résultat peut être magnifique et le succès attend tous ceux

LG A

qui s'engagent bravement dans la carrière, Mais ici comme partout, pas de victoire sans lutte.

En un mot, vous trouverez toujours en moi un ami fidèle et un conseiller dévoué, mais jamais je ne donnerai à qui que ce soit le droit de me dire: “Je ne me plais pas ici et je regrette d'y être venu d’après vos conseils. ?”

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