La province de Québec [microforme]
1 E pays qui porte le nom modeste de ‘ Province de Québec” comprend une superficie de 347,000 milles, environ 560,000 kilomètres carrés : c’est l'étendue de la France et de la Prusse réunies.
La province de Québec est l’une des sept grandes provinces qui constituent la ‘“ Confédération Canadienne ”, sous le nom de ** Dominion of Canada,” laquelle s'étend sur toute la largeur du continent américain, de l'Atlantique au Pacifique, et du nord au sud, depuis le 42e degré de latitude jusqu'aux rives de
la mer Arctique, sous le 70e.
En dehors des provinces proprement dites, et faisant partie de la Confédération, mais ayant une administration spéciale, il existe une immense région appelée les “ Territoires du Nord-Ouest ”, qui a le double de l'étendue de la province de Québec et dans laquelle se dessinent, depuis quelques années, de futures provinces de la Confédération, sous les noms respectifs de l’Alberta, de l’Assiniboïa, de la Saskatchewan.
Cette région et celle du Manitoba, sa voisine, qui a été constituée en province régulière depuis 1870, forment la plus grande étendue propre à la culture des céréales qui existe au monde et peut être appelée à bon droit le “ grenier “.: l'univers ”.
La province de Québec s'étend de l’est à l’ouest, depuis l’Anse au Blanc-Sablon, à l'entrée du détroit de Belle-Isle, couloir qui s'ouvre sur l’océan Atlantique, jusqu’au lac Témiscamingue, qui forme son extrémité occidentale. Ces deux extrémités sont situées, la première, l’anse au Blanc-Sablon, sous le 57e, et la deuxième, le Témiscamingue, sous le 79e, 30. de longitude ouest, méridien de Greenwich.
Du sud au nord, la province s'étend entre le 45e et le 53e parallèle, embrassant ainsi huit degrés de latitude, et plus de vingt-deux degrés de longitude.
Cette étendue colossale ne compte guère encore qu’une population de 1,700,000 âmes à peu près, et cependant elle est à la veille de devenir l’un des pays
du monde qui attireront le plus les regards des peuples civilisés et l'ambition des capitalistes, parce que ses conditions physiques sont telles que l’activité humaine y trouvera le plus admirable champ qui existe pour le développement des industries modernes les plus considérables.
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Dans la plus grande partie de sa longueur, la province de Québec est traversée par le fleuve Saint- Laurent qui, à partir de sa source, en plein coeur du continent américain, à 3500 milles de son embouchure sur l’Atlantique, descend d’abord, comme une modeste rivière, ayant l’air de dérober sa course, jusqu’à la première des grandes mers intérieures d’eau douce de l’Amérique, jusqu’au lac Supérieur, où il semble se perdre pour toujours au regard. Ilen ressort néanmoins par le Sault Sainte-Marie et entre dans le lac Huron, où il s’engloutit de nouveau pour reparaître encore, sous le nom de rivière Sainte- Claire, laquelle le conduira jusqu’au lac Erié, et de là, par la rivière Niagara, jusqu’au lac Ontario, d’où il sortira enfin, sous son véritable nom, et coulera entre les rives de la province d'Ontario et celles des Etats- Unis, jusqu’à ce qu’il atteigne l’île de Saint-Régis. A partir de ce point, il entrera résolument dans la province de Québec et la parcourrera exclusivement, en la séparant en deux parts fort inégales et fort différentes l’une de l’autre, sur un parcours de 1700 kilomètres, jusqu’à ce qu’il aille se jeter dans le golfe qui porte son nom et qui transmet l’énorme volume de ses eaux à l’orageux océan Atlantique.
Pendant longtemps le Saint-Laurent coule sur une largeur inégale, tantôt resserrant, tantôt élargissant son cours, parfois se déployant au point de former des lacs, comme ceux de Saint-François, de Saint- Louis, de Saint-Pierre, offrant çà et là des largeurs de trois à cinq milles, d’autres fois se rétrécissant à deux kilomètres, jusqu’à ce qu’il atteigrie l'extrémité inférieure de l’île d'Orléans, trente-cinq kilomètres en aval de Québec, la capitale de la province.
À partir de ce dernier point son cours prend désormais un développement assuré et progressif. Au début, il aura vingt kilomètres de largeur et ne cessera de s'ouvrir de plus en plus, jusqu’à ce qu’il atteigne la Pointe-des-Monts, sur la rive nord, quatre cents kilomètres plus bas, point où son élargissement devient subitement tel que de fleuve il se transforme en golfe. Désormais, il s'épanchera en ondes semblables à celles de l'Océan qu'il ira bientôt rejoindre, après avoir baigné les rivages du Labrador canadien, ceux de l’île d’Anticosti, de la Nouvelle-Ecosse, et enfin ceux de l'ile du Prince-Edouard, sentinelle avancée de l'Amérique Britannique, qui, dans les parages brumeux et souvent orageux du golfe, apparait comme une oasis verdoyante de cent trente kilomètres de longueur, où l'hiver n’a plus de rigueurs et où le sol offre l’aspect d’une végétation caressée par un printemps éternel.
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A son entrée dans l’Atlantique, l'estuaire du Saint- Laurent a une largeur de 170 kilomètres; 750 kilo-
mètres plus haut, à la Pointe-des-Monts, où elle commence, sa largeur est réduite à 65 kilomètres.
De là, en remontant toujours, les rives du grand fleuve se rapprochent graduellement, jusqu'à ce que, devant Québec, elles ne lui accordent plus qu’un passage d'environ deux kilomètres de largeur, ce qui n'empêche pas la navigation en eau profonde, pour les vaisseaux océaniques du plus fort tonnage, de se prolonger encore trois cents kilomètres plus haut, jusqu’à Montréal, la grande métropole commerciale du pays.
Poussé par la formidable marée de l'Océan et du Golfe, le Saint-Laurent, deux fois par jour, remonte vers sa source jusqu’à près de six cents kilomètres de la Pointe-des-Monts, devant Trois-Rivières, la troisième ville de la province en importance et l’une des plus avantageusement situées, ayant été construite au pied même d’un affluent considérable du Saint- Laurent qui porte le nom de rivière Saint-Maurice.
L’effort que la marée impose au fleuve pour remonter contre son cours est si violent qu’il entraîne avec lui ses ondes salées jusqu’à une soixantaine de kilomètres en aval de Québec, endroit où l’afflux énorme des eaux douces arrivant des grands lacs l’emporte sur les ondes de la marée devenues saumâtres, et les noie dans leur masse profonde.
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Placée comme au centre des provinces orientales de la Confédération Canadienne, en possession de la navigation presque tout entière du Saint-Laurent,
occupant enfin l'embouchure de ce fleuve, la province de Québec en tient pour ainsi dire les portes et la clef, et nulle importation, nulle exportation ne se fait d'Europe au Canada, ou du Canada en Europe, sans passer par les ports de Québec ou de Montréal.
Cette situation privilégiée assure à la province de Québec près de la moitié du commerce total du Dominion.
Et maintenant, que dire de la navigation fluviale intérieure ? Aucun pays au monde ne présente d’aussi nombreux et importants cours d’eau, distribués comme d’après un plan conçu d'avance, d’une si admirable disposition, d’une synthèse si bien ordonnée, que l’on peut retracer aisément le rôle que chaque rivière, même de dimension modeste, doit jouer dans la circulation générale. En creusant à travers la province de Québec l’entaille profonde de son lit, le Saint-Laurent ne l’a pas divisée en deux moitiés égales, loin de là; l’une, la rive sud, n’est qu'une bande de terrain étroite, par endroits même ne dépassant pas vingtcinq kilomètres de largeur, qui s’interpose entre la rive du fleuve et la frontière des Etats-Unis; l’autre, la rive nord, s'étend à travers d'innombrables lacs, sur une largeur de neuf cents kilomètres, rayée en tous sens par des affluents nombreux qui charrient la dépouille des forêts et portent la vie, des limites les plus reculées jusqu’au coeur des régions qu’animent le commerce et l’industrie.
Le Saint-Laurent a trois grands tributaires principaux qui ne le cèdent en rien aux plus importants fleuves de l’Europe: ce sont l'Outaouais, le Saint- Maurice et le Saguenay.
Ces tributaires, avec leurs affluents et affluenticules en nombre incroyable, arrivent du nord lointain, des plaines immenses et marécageuses qui forment, entre le bassin de la mer de Hudson et celui du Saint-Laurent, une séparation indécise; ils ont, dans leur course puissante, traversé la barrière que leur opposait la chaine des Laurentides, et à travers les rochers se sont fait un chemin qui les conduit jusqu’au fleuve, en leur faisant exécuter des bonds prodigieux qui, sous le nom de chutes ou de cascades. atteignent parfois jusqu’à 40 ou 50 mètres de hauteur.
La rivière des Outaouais
Du lac Capmechigama, où elle prend sa source, jusqu’à son embouchure, au-dessous de Montréal, la rivière des Outaouais, du nom des Indiens qui habitaient autrefois ses bords, mesure près de huit cents milles (1300 kilomètres) de longueur, si l’on tient compte de toutes les sinuosités de son cours. La rivière des Outaouais, plus abondante que le Nil, l’égale du Rhin par la longueur et par l'étendue du territoire qu’elle arrose, verse au Saint-Laurent un volume d’eau en moyenne trois fois plus considérable que celui que le Rhin porte à la mer du Nord.
L'étendue des terres arrosées par l'Outaouais et ses affluents est d'environ 60, 180 milles, dont 19,957 dans la province d’Ontario, et 40,324 dans la province de Québec, chiffres qui, réunis, représentent une superficie de 38,451,200 acres.
Cette rivière, comparable aux grands fleuves d'Europe, navigable sur presque tout son parcours, arrose donc et fertilise une région qui ne comprend pas moins que le cinquième de l'étendue entière de la province; elle conduit jusqu'au cœur des lointaines forêts de pin où s’alimente le commerce de bois et où se dirige, tous les automnes, l’armée bruyante des bücherons qui se rendent à leurs ‘“ chantiers ”, et qui en reviennent tous les printemps, en faisant retentir de leurs chants les échos de ces vastes solitudes.
Le bassin de l'Outaouais embrasse neuf comtés entiers, parmi lesquels, le Pontiac, qui a 21,000 milles Où 13,500,000 acres carrés, l’Ottawa, qui compte 6,700 milles ou 4,280,000 acres, et enfin, l’ Argenteuil, qui ne mesure pas moins de 600,000 acres carrés. Cette vaste contrée, néanmoins, ne renferme même pas encore deux cent mille habitants.
De grands lacs, tels que le Keepawa, le Victoria, le Kekabonga étendent leurs nappes silencieuses sur des espaces variant de 50 à 8o kilomètres de longueur, et qui en atteignent jusqu’à quinze de largeur. Puis vient, par ordre de dimension décroissante, un nombre de lacs tellement grand qu'il a fait donner, particulièrement à cette région, le nom de
‘“ Zone des lacs ”, dans un pays où cependant les lacs abondent, d'une extrémité à l'autre.
C'est dans la zone des lacs que prennent naissance les grandes rivières qui portent le tribut de leurs eaux à l'Outaouais, telles que la rivière du Moine, qui a un parcours de 130 milles, la rivière Noire, 135 milles, la rivière Coulonge, 160 milles, la rivière Gatineau, 260 milles et la rivière du Lièvre, 220 milles. Viennent ensuite d’autres affluents moins considérables, il est vrai, mais qui néanmoins méritent d’être signalés dans la géographie de cette vaste contrée: ce sont la rivière Rouge, longue de 120 milles, la rivière du Nord, longue de 70 milles, et l'Assomption, qui en mesure 90.
Le Témiscamingue
Le lac Témiscamingue, qui n’est à proprement parler qu'une expansion de la rivière des Outacuais, occupe la limite occidentale de la province de Québec, qu'il sépare, au 47e degré de latitude nord, de la province voisine d'Ontario. Il à une longueur de 75 milles, soit 120 kilomètres, et une largeur qui varie de quatre à huit milles. Il est navigable pour les navires même de fort tonnage, et justifie ainsi son nom qui, en langue indienne, veut dire “ Eau profonde ”. Les rivières dont il reçoit les eaux égouttent un bassin qui n’a pas moins de 18,000,000 d’acres carrés. On y voit d’admirables terrains agri-
coles devenus, depuis quelques années, sous le nom de “ région du Témiscamingue ”, une des parties de la province que la colonisation a adoptées pour y faire fructifier son œuvre et donner à l'élément franco-canadien une nouvelle force du côté de l’ouest, point d’attraction des courants d’émigration moderne, champ plus vaste et plus libre offert à l'énergie colonisatrice.
Le pays situé à l’est du lac, dans la province de Québec, forme un gracieux développement d’ondulations, sans montagnes, sans rochers, où croissent le pin blanc, l’épinette, le cèdre, le sapin, le tremble et le bouleau. Quelquefois aussi, à de rares intervalles, on y trouve des érables et des merisiers par groupes clairsemés et solitaires.
Ces ondulations s'étendent sur des centaines de milles et présentent aux rayons du soleil une surface qu’ils réchauffent aisément, en lui assurant un climat moins rigoureux et plus uniforme que dans plus d’un comté des bords du Saint-Laurent.
Le Saint-Maurice
La rivière Saint-Maurice coule de l’ouest à l’est sur une longueur d’environ 350 milles, et débouche dans
le fleuve Saint-Laurent, près de la ville de Trois-Rivières (lat. nord, 46-25).
Les nombreux rapides, les cascades et les chutes distribués sur le cours du Saint-Maurice et de ses affluents, constituent un ensemble admirable de pouvoirs hydrauliques, en même temps que les forets qui couvrent encore la plus grande partie du sol, pourront approvisionner de combustible, pendant une longue succession d'années, les manufactures ou les usines qu’on y construira, et que l’on a déjà commencé d’y construire sur une très grande échelle.
Au nombre des chutes qui naissent du cours du Saint-Maurice mentionnons entre autres, parmi les principales, celles de La Tuque, de Grand’Mère, de Shawenegan, des Piles et des Grès.
La chute de La Tuque, qui peut fournir un pouvoir hydraulique d’une très grande puissance, vient s’abattre dans une large et paisible baie, l’un des endroits les plus poissonneux du Saint-Maurice.
Placé à la tête de la navigation de la rivière, entouré d’un pays fertile, servant d’intermédiaire au commerce de la compagnie de la Baie d'Hudson avec les Trois-Rivières, à portée de communications faciles et assez rapprochées avec le lac Saint-Jean par la rivière Croche, pourvu de grandes estacades pour retenir le bois de commerce amené par les tributaires du Saint-Maurice, le poste de La Tuque peut s’attendre à un rapide développement, à sa rapide transformation en une cité florissante.
La création récente à Grand'Mère de deux gigantesques fabriques, l’une pour la pulpe et l’autre pour le papier, a déterminé à cet endroit, qui était encore absolument vierge d'habitations et de culture, il y a cinq ans à peine, la fondation d'un centre de population et d'activité qui compte déjà plus de trois mille habitants.
On peut prévoir qu'il en sera ainsi à la chute Shawenegan, où d'énormes travaux viennent d'être entrepris et où l'on se propose d'établir des usines de différente nature, entre autres, pour la fabrication de la pulpe et du papier, pour le carbure de calcium, pour les matériaux de chemins de fer; en sorte que le district de Trois-Rivières, qui n'avait guère attiré l’attention jusqu'ici, va devenir, dans un avenir prochain, l'un des foyers d'industrie les plus importants, l’un des champs de circulation les plus actifs de la province.
Dès les premiers temps de l’histoire de la colonie le Saint-Maurice a joué un rôle considérable comme une des grandes artères fluviales qu'utilisait le commerce des pelleteries, en ce temps-là le commerce principal de la Nouvelle-France. Les Indiens du nord, Montagnais et Algonquins, le descendaient, chargés des produits énormes de leurs chasses, et se rendaient jusqu’à Trois-Rivières ; aujourd’hui encore, ils continuent à apporter leurs pelleteries, mais ne descendent pas plus bas qu'aux derniers postes, occu-
pés par la Compagnie de la Baie d'Hudson, quelques lieues plus haut que l'établissement de La Tuque.
Le territoire arrosé par la rivière Saint-Maurice et ses affluents comprend quatorze millions d'acres, dont pas plus de trois millions ne sont propres à la culture, déduction faite des rivières, des lacs et des montagnes. Le sol arable ne se trouve guère que le long des rivières ou autour des lacs, où il forme des étendues variables, mais ne suffisant pas toutefois à assurer des colonies importantes, si ce n'est dans la vallée de la rivière Croche et le long des rivières Mékinac, Mattawin et Vermillon.
Le pouvoir hydraulique formé par la cascade de la rivière à La Truite, qui débouche dans la Mékinac. est un des plus puissants qu'il y ait dans cette partie de la province; il pourrait actionner aisément une vingtaine de manufactures de toutes sortes, sans frais de barrages ni de digues; il n’y aurait qu'à les échelonner sur les larges gradins qui bordent chaque côté de la cascade, sur un parcours d'environ un demi mille, jusqu’à deux cent cinquante pieds de hauteur.
La Mattawin est l’affluent le plus considérable du Saint-Maurice; tout le pays qui l'entoure est couvert de bois magnifiques, coupé de petites rivières et de lacs où le poisson abonde. Dans le seul angle formé par la rencontre du Saint-Maurice et de la Mattawin. on ne compte pas moins de 71 lacs, où prennent leurs
ébats la truite, le brochet, la perche, tous poissons fort recherchés des gourmets.
Les autres affluents du Saint-Maurice, à part ceux qui viennent d'être nommés, sont la grande et la petite Bostonnais, la Tranche, la Pierriche, la Windigo, la Shawinigan, la rivière Au Rat, la Flamand, la Manouan et la rivière Au Ruban, sans compter les affluents de celles-ci, pareils à autant de petites veines qui raient la surface du sol.
Du territoire du Saint-Maurice on peut passer aisément, par un portage et quelques heures de canot, dans celui du Lac Saint-Jean ou du Saguenay, qui est la contrée la plus merveilleuse de toute la province de Québec.
Le Saguenay
La rivière Saguenay, troisième grand tributaire du Saint-Laurent, peu importante par sa dimension, par la longueur et le nombre de ses affluents, l’est beaucoup par son énorme profondeur de trois cents mètres qui la fait ressembler à un fjord norvégien ou à un golfe sinueux entrant profondément dans les terres, et qui permet aux navires du plus fort tonnage de la remonter jusqu’à cent kilomètres de son embouchure, pour faire leurs chargements annuels
de bois. Elle est importante surtout en ce qu’elle
qu’elle sert d'exutoire aux eaux du lac Saint-Jean, incessamment gonflées par de volumineux affluents venus principalement du lointain réservoir du nord, cette source intarissable des plus grands cours d'eau de la province.
Entrée dans le lac Saint-Jean, à son extrémité occidentale, sous le nom de rivière Chamouchouan, après avoir traversé plus de trois cents kilomètres de pays, elle en sort à l'extrémité opposée, sous le nom de Grande et de Petite Décharge, deux issues mugissantes qui, après avoir enserré l'ile u’ Alma dans une violente étreinte, se réunissent peu après pour former l'étonnante rivière Saguenay; celle-ci, de rapides en rapides et de chutes en chutes, se précipite, sur une longueur d'environ 60 kilomètres, jusqu'au voisinage de Chicoutimi, où elle reprend son cours uniforme et régulier, pour le poursuivre ensuite jusqu'à Tadoussac, port de débouché dans le fleuve Saint-Laurent.
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La région qui porte le nom de “ Lac Saint-Jean ” en est une célèbre entre toutes celles dont l’ensemble constitue la province de Québec. Elle est célèbre par la tradition, par la légende, par sa formation géologique, par sa fertilité incomparable, par sa physionomie étrange et ia grandeur austère de sa nature.
Cette région s'étend sur un espace d’environ dixneuf millions d’acres carrés, en chiffres ronds, entre le 48e et le 50e degrés de latitude nord, et entre le 70e et le 74e de longitude ouest.
La colonisation du bassin du lac Saint-Jean n'a commencé que vers les années 1851-52. A cette époque, des endroits qui sont devenus depuis lors des centres importants, tels que Chicoutimi, Hébertville, Roberval, avaient l’aspect de villages primitifs. A l'intérieur, en remontant le cours du Saguenay jusqu'au lac Saint-Jean, il n’y avait absolument que la forêt vierge, et pas même l’ébauche d’un canton.
A l’heure actuelle, le nombre des cantons délimités et ouverts à la colonisation, dans le “ bassin du Lac ” proprement dit, s'élèvent à plus de trente, dont Îles plus fertiles, à l’est, au nord et à l’ouest, peuvent à bon droit être appelés le grenier agricole de la province.
Le lac Saint-Jean embrasse une superficie de 363 milles, soit 92,000 hectares, et une circonférence de 85 milles, ou environ 135 kilomètres.
Les Indiens nommaient le lac Saint-Jean ‘ Picouagami,”" le lac Plat, et de fait, cette nappe d’eau n'a que peu de profondeur et des rives généralement basses. On a cru pendant longtemps, pour cette raison, que le lac Saint-Jean ne pouvait être navigable qu’à de petites embarcations, mais il a fallu bientôt à la colonisation se développant d'année en année “es communications assurées, promptes et régulières; aussi n'a-t-on pas tardé à faire usage de bateaux à fonds plats, ,mus par la vapeur, qui parcourent le lac du‘sud au nord, et de l’est à l’ouest, pendant toute la saison de navigation, transportant les colons, leur ménage,
leurs effets, leurs provisions, outre les productions du pays, qu'ils viennent apporter à Roberval, le centre d’approvisionnement et de distribution de toute la contrée.
Les affluents principaux qui se jettent dans le lac Saint-Jean sont, au sud, la Métabetchouane et la Ouiatchouane, à l'est la Belle-Rivière, à l’ouest la Chamouchouane, au nord-ouest la Ticouapee et la Mistassini, au nord et au nord-est la grande et la petite Péribonca.
La Péribonca est navigable, jusqu’à trente milles de son embouchure, pour les vapeurs de dimension ordinaire. Elle est extrêmement longue. Il faut, dit-on, faire quatre cents milles, avant d'arriver à sa
source, et cela sans apercevoir la moindre trace d'habitation.
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Un fait curieux à signaler dans l’hydrographie de cette partie de la province, c’est que la rivière Outaouais ainsi que ses deux grands tributaires, la Gatineau et la Lièvre, la rivière Saint-Maurice et la rivière Saguenay, celle-ci sous le nom de Chamouchouane, prennent leurs sources dans le voisinage les unes des autres. Ainsi, des sources de l'Outaouais aux sources extrêmes de la Gatineau, l’on ne compte que trente-cinq milles à peu près de distance ; des
sources de la Gatineau à celles du Saint-Maurice, on
n’en compte que seize, tandis que des sources de l'Outaouais à celles de la Chamouchouane il n'y a tout au plus qu'un espace de cinquante milles; en sorte qu'il est facile de communiquer de l'une à l'autre des grandes vallées du Nord, celle de l'Outaouais, celle du Saint-Maurice et celle du Saguenay, sans mettre pied à terre, si ce n’est pour faire portage entre les lacs et les cours d’eau, pareils à une longue chaine d'anneaux liquides.
On pourrait donc à peu de frais les réunir entre elles au moyen des nombreux affluents qui les parcourent et se ramifient en tous sens; mais nous n'en sommes pas encore là, dans ce pays aux dimensions colossales et qu'habite une population encore si clairsemée.
En amont du Saguenay, on compte, parmi les prin- cipales rivières qui débouchent dans le Saint-Laurent, la Maskinongé, la Batiscan, la Jacques-Cartier, ja Montmorency, la Sainte-Anne, le Gouffre et la Malbaie ; en aval, la Portneuf, la Betsiamis, la rivière des Outardes, la Manicouagan, la Pentecôte, la Moisic, la Saint-Jean, la Natashquan, la Mécatina et la rivière des Esquimaux. Toutes ces rivières proviennent du versant septentrional du Saint-Laurent ; le versant du sud, dominé par des montagnes rapprochées, est trop étroit pour donner naissance à de forts affluents. Cependant, on y trouve des rivières qui, tout en étant loin d’avoir des parcours aussi prolongés que celles du versant nord, n’en sont pas moins