‹ La province de Québec [microforme]Chapitre 2 sur 27 · LA · texte numérisé non relu

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des cours d'eau très importants et fort avantageux pour la circulation intérieure, en même temps que pour les industries et les manufactures auxquelles elles fournissent une force motrice inépuisable. T'elles sont les rivières Richelieu, Yamaska, Nicolet, Bécancour, Chaudière, Etchemin, la rivière Ouelle, la rivière du Loup, celle de Rimouski, celle de Trois- Pistoles, la rivière Verte, la rivière Métis, la Blanche, la Matane, la Madeleine, etc., etc., sans compter le réseau de la Gaspésie, qui comprend la Matapédia, la Bonaventure, la Grande-Cascapédia, la Nouvelle et la Ristigouche. En un mot, le pays tout entier est comme sillonné d’un immense réseau de cours d'eau de toutes les dimensions, sans compter les grands tributaires, et d'une multitude infinie de lacs, reliés entre eux par de gracieuses et pittoresques rivières. Rien qu'avec les principaux cours d'eau de la province, on ferait un ruban liquide de plus de dix mille milles ou pres de 17000 kilomètres de longueur.

L'action des courants a contribué à établir une grande inégalité dans l'aspect et la formation des deux rives nord et sud du fleuve Saint-Laurent.

Dans la ligne si harmonieusement contournée de la rive sud on reconnait l’action d'un courant dont le mouvement est en général continu et régulier, c'est celui du reflux. La rive nord, au contraire, que vient heurter le flux ou flot de marée, est beaucoup plus inégale, plus découpée en criques, plus bossuée de promontoires. En outre, les allavions apportées

par les rivières contribuent aussi à inégaliser le profil de la côte labradorienne; la Betsiamis, la rivière des Outardes, la Manicouagan, la Moisic, la Mingan, la Saint-Augustin, la rivière des Esquimaux, d’autres encore, se ramifient dans la mer en petits deltas de sables et de vases. Dans leur cours supérieur toutes ces rivières se ressemblent par leurs enchainements de lacs, leurs cascades et leurs rapides.

Tous ces cours d’eau sont extrêmement poissonneux,; le saumon et la truite y abondent. Entre ces grands cours d’eau, il existe une multitude de petites rivières, plus poissonneuses encore que les grandes; toutes sont pêchées au filet par les riverains.

‘Le Grand-Nord,” dit M. Henri de Puyjalon dans un intéressant rapport adressé l’an dernier au ministre des Terres, Forêts et Pêcheries, “est cette partie du Labrador, appartenant à la province de Québec, qui s'étend depuis Kegaska (61°20') à l’ouest, jusqu’à Blanc-Sablon (57°7'), limite de la province à l’est. Sur la totalité de ce parcours la côte est perpétuellement découpée, pénétrée, échancrée par des anses et des baies étroites, longues, souvent très profondes, presque toujours cachées aux yeux des navigateurs du large par de nombreuses îles et d'innombrables ilots.

‘“ Pour le marin étranger à ces parages, rien n'est plus effrayant que la côte du Grand-Nord, lorsqu'il l’aperçoit de la haute mer en un jour de tempête. Il ne voit qu'une-ligne ininterrompue de récifs où les

eaux viennent se briser en embruns prodigieux. Pour le marin de la côte, rien n’est plus hospitalier que cette ligne redoutable, car il sait qu’en arrière il trouvera les havres les plus sûrs, où s’abriteraient toutes les flottes du monde et où les conduiraient les chenaux les plus profonds, si elles osaient tenter de s'y engager.

Cette disposition spéciale avait fait autrefois de cette partie de la province le lieu d'élection des oiseaux de mer, des crustacés, des poissons mixtes, des pinnipèdes et des carnassiers terrestres qui en font leur nourriture.”

La vallée de la Matapédia

La vallée de la Matapédia est une belle et fertile zone qui s'étend depuis la rivière Métis, dans le comté de Matane, jusqu'à la rivière Ristigouche qui se jette dans la baie Des Chaleurs. Celle-ci est un profond estuaire, large d’une vingtaine de milles au moins, qui sépare la partie orientale des deux provinces de Québec et du Nouveau-Brunswick, et dont les eaux vont se mêler à celles du golfe Saint-Laurent, après un cours d'une centaine de milles, à partir de l'embouchure de la Ristigouche.

Au point de vue géographique, la vallée de la Matapédia, proprement dite, se borne au territoire arrosé par la rivière de ce nom et les quelques affluents qui l’a'imentent ; mais on lui rattache communément

une grande partie de la région dite ‘ de ‘Témiscouata ”, qui l'avoisine et à laquelle elle se trouve si intimement liée qu'il est impossible de ne pas les considérer toutes deux comme un tout homogène.

La rivière Matapédia prend sa source dans le lac du même nom, sous le 48° 40’ de latitude nord. Après un parcours d’une soixantaine de milles environ, elle va se jeter dans la rivière Ristigouche, à environ vingt-cinq kilomètres en amont de l'embouchure de celle-ci. L’étendue de territoire arrosé par elle et ses affluents est d'environ 1300 milles carrés, soit 832,000 acres, dont les trois quarts à peu près sont encore livrés à l’industrie forestière.

Réduite aux proportions purement géographiques, la vallée de la Matapédia est loin d’avoir l'étendue ou l'importance de vallées telles que celles du lac Saint- Jean, de l'Outaouais, du Saint-Maurice ou mème de la Chaudière, mais c'est une magnifique région agricole, recherchée de plus en plus tous les jours à mesure qu'elle est connue davantage, capable de nourrir aisément une population de trois cent mille âmes et offrant des avantages exceptionnels d'établissement.

* K % La vallée de la Matapédia tire en outre une bonne

partie de sa valeur de sa position unique entre les deux provinces de Québec et du Nouveau-Bruns-

wick, dont elle est en quelque sorte le trait d'union et l’attache indispensable. A travers son territoire passe le seul chemin qui conduit, non seulement à la province maritime que nous venons de nommer, mais encore aux établissements très nombreux, considérables et prospères qui forment le littoral de la baie Des Chaleurs, jusqu'à la limite orientale de l'immense comté de Gaspé.

Elle est traversée, dans toute sa longueur, par le chemin de fer Intercolonial et se trouve de plus sur le chemin de la grande route maritime et continentale qui, dans un avenir rapproché, reliera l'Atlantique aux grands lacs de l'Ouest par le port de Paspébiac, sur la baie Des Chaleurs.

Dans un avenir non moins rapproché, enfin, la vallée de la Matapédia va se trouver rattachée, en droite ligne, par un autre chemin de fer, à celui de Témiscouata, qui met en communication tout le littoral du Saint-Laurent, entre les comtés de Kamouraska et de Rimouski, avec la province du Nouveau-Brunswick. Ce chemin de Témiscouata n'est, à proprement parler, qu’un tronçon d'une grande ligne future qui reliera Saint-Jean, la capitale de la province néobrunswickoise, au réseau multiple des lignes qui parcourent tout le continent américain.

La vallée de la Matapédia fait partie de cette riche zone territoriale qui s'étend, en arrière de la chaine souvent interrompue des Alléghanys, entre les lacs

Squatteck, près du grand lac Témiscouata, et l’embouchure de la Ristigouche. Cette vaste étendue de pays, qui forme un plateau continu, dont les ondulations se suivent indéfiniment sans jamais dépasser un niveau uniforme, ne contient pas moins de treize cent mille acres de terre arable, d'une qualité supérieure, qui n’est surpassée dans aucune autre partie de la province. On l’assimile généralement aux plus belles parties des cantons de l'Est, tant au point de vue du climat qu’à celui du sol, ce qui veut dire qu'on la reconnaît comme éminemment propre aux établissements agricoles, sur une échelle variée.

Cependant, ce fertile territoire est resté longtemps inculte et à l’état presque primitif. Depuis une dizaine d’années seulement les progrès s'y font sentir, mais ils ont pris rapidement une allure extraordinaire. Des centres très importants se sont formés, tels que ceux de Cedar Hall, de Sayabec, de Humqui, de Causapscal et de Saint-Alexis.

Les cours d'eau de la région sont extrémement poissonneux, les forêts riches particulièrement en épinette et en cèdre. Aussi de puissantes maisons commerciales, qui exportent le bois manufacturé, y tiennent-elles constamment en activité des établissements considérables.

La Gaspésie

La Gaspésie est une immense péninsule qui forme l'extrémité orientale de la province de Québec, comprise entre le 48e et le 49e degrés 15’ de latitude nord, et entre le 64e et le 68e de longitude ouest. Elle est bornée au nord et à l'est par le golfe Saint- Laurent, au sud par la baie Des Chaleurs, à l’ouest par la rivière Matapédia jusqu'à sa source, et par la rivière Métis dont elle suit le cours jusqu'à son débouché dans le fleuve Saint-Laurent.

La baie Des Chaleurs n’est, à proprement parler, qu'un bras détaché du golfe, s’enfonçant profondément dans l’intérieur des terres, entre la Gaspésie et la province du Nouveau-Brunswick.

Le territoire de la Gaspésie a été divisé pour les fins administratives et politiques en trois grandes sections principales, qui portent les noms respectifs de trois comtés: 1° le comté de Gaspé, dont l'étendue est de 4,800 milles ou 7,680 kilomètres carrés; 2° le comté de Bonaventure, qui mesure 3,600 milles ou 5,760 kilomètres carrés; 3° le comté de Matane, qui contient 3,265 milles ou 5,220 kilomètres carrés.

Ces trois divisions réunies forment un total de 11,665 milles ou 18,665 kilomètres carrés.

Réduite en acres, cette étendue donne le chiffre de 7,465,6000. On évalue la longueur moyenne de la Gaspésie à 170 milles et sa largeur à 70 milles, ce qui donne, en kilomètres, les chiffres respectifs de 270 et de 106 kilomètres, approximativement.

Au point de vue organique on peut diviser la Gaspésie en trois parties constitutives distinctes : la “Côte Maritime ”, ou les rivages du golfe Saint- Laurent, qui s'étendent sur un parcours d'environ deux cents milles, soit 320 kilomètres ; * l'Intérieur,” qui n'est encore que très imparfaitement connu: la ‘Baie des Chaleurs ”, nom qu'on donne par extension aux campagnes que baigne la baie et qui tirent d'elle, par leur voisinage de ce profond estuaire qu'on a appelé la ‘ Méditerranée de la province ”, une grande différence d'aspect, de climat et de physionomie d'avec la nature en général âpre et quelque peu sauvage du bas Saint-Laurent.

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La Gaspésie est une des cinq ou six grandes régions de colonisation de la province de Québec; mais elle a été jusqu'ici singulièrement dédaignée, à cause de son éloignement. Depuis quelques années seulement on commence à jeter les yeux du côté où elle sommeille, en attendant l'avenir. Aussi, sa population, extrêmement clairsemée, atteint-elle encore à peine 70,C00 âmes. Cette population, presque entière ramassée sur les rives de la baie Des Chaleurs,

à l'exception de quelques villages distribués sur la côte maritime, est la population la plus cosmopolite qui existe dans toute l'Amérique anglaise. Elle à été formée également, et à peu près dans le mème temps, par des “ loyalistes ” américains, restés fidèles à l'Angleterre, lors de la proclamation d'indépendance des Etats-Unis, en 1776, d'Ecossais, d'Irlandais, de Jersais, d'Acadiens et, plus tard, de Canadiens-français, devenus aujourd'hui l'élément le plus nombreux.

Les cours d'eau, dans la Gaspésie, ne sont ni très nombreux ni très volumineux; cependant, plusieurs d'entre eux méritent d'être signalés. Ainsi, la Ristigouche, la plus belle et la plus considérable de toutes les rivières de la péninsule, l'Éscuminac et la Nouvelle, qui traversent d'admirables terrains agricoles, et dont les eaux foisonnent de truites de dimension étonnante; les rivières Cascapédia et York, devenues les rendez-vous annuels de nombreux Américains et Canadiens des villes, amateurs passionnés de la pêche au saumon ; la Bonaventure, célèbre pour la limpidité et la fraicheur constante de ses eaux, au plus fort des chaleurs estivales. La Bonaventure est renommée surtout pour la richesse et l'étendue des forêts qu’elle traverse, les plus abondantes et les plus précieuses de toute la presqu'i'e gaspésienne, outre qu'elle est le point de départ d’une région agricole incomparable, qui s'étend jusqu'à la Pointe-au-Maquereau, sur une longueur d'environ quarante milles,

et une profondeur qui semble devoir atteindre jusqu'aux sources mêmes des rivières qui se jettent dans la baie Des Chaleurs, c'est-à-dire à une distance de 50 à 60 milles en arrière.

C'est dans cette partie de la péninsule que doit s'établir prochainement une colonie de Français qui y ont déjà fait l'acquisition de lots considérables.

Sur la côte maritime on ne voit guère que les rivières Matane, Cap-Chat et Sainte-Anne qui méritent d’être signalées: elles sont remarquablement poissonneuses.

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Les montagnes les plus élevées de la province de Québec se trouvent dans la chaîne des Shickskock, ou monts Notre-Dame, qui ne sont autres que le prolongement des Alléghanys, elles-mêmes la continuation des Apalaches, chaîne d'une hauteur moyenne qu‘ orend naissance au cœur même du continent américain et qui contient d’incalculables trésors minéraux.

Les monts Notre-Dame s'élevant en une ligne à peu près ininterrompue, le long de la côte maritime, entre Gaspé et Cap-Chat, à une distance de douze à quinze milles du rivage, forment comme un rempart à la Gaspésie du côté du nord, et établissent comme une division tranchée entre le littoral du Saint-

Laurent et l’intérieur de la péninsule. Sur le versant méridional de cette chaine s'étend une large et fertile zone qui, partant de la Matapédia. vient aboutir au bassin de Gaspé, constituant à l'intérieur, à une distance à peu près égale des deux rives du Saint- Laurent et de la baie Des Chaleurs, cet admirable plateau d'environ 1500 milles carrés, couvert de forêts aux trois quarts inexploitées, à peine explorées même et guère connues, dans toutes les directions, que par les Indiens qui y passent l'hiver, à la poursuite des animaux à fourrure. Comme, en général sur les bords du grand fleuve, le sol, le long des rivages de la baie Des Chaleurs, offre tous les indices d’une rare fertilité, mais c'est peu de chose encore en comparaison de ce qu’on le trouvera quinze à vingt milles plus loin dans l’intérieur, dès qu’on aura dépassé les hauteurs plus ou moins montagneuses qui offrent des lignes brisées ou des chainons interrompus, à une distance variable des rivages de la baie.

A mesure que les années se suivent, le défricheur et le laboureur se rapprochent de plus en plus de cette zone, à pas mesurés, il est vrai, mais de manière à accuser sensiblement les nouvelles tendances de la population qui se détache de l'industrie de la pêche, à peu près la seule et unique occupation de la population jusqu'à ces années dernières, pour s’adonner de plus en plus à la culture. Il est vrai que la zone cultivée n’est guère encore qu’une lisière sur le littoral de la baie et ne dépasse pas six à sept kilomètres

de profondeur, dans la généralité des cas, quelquefois même moins, mais c’est un spectacle bien attrayant et bien inattendu pour le voyageur que celui de la série de cultures florissantes qui s’étalent dans les paroisses de Carleton, de Maria, de New-Richmond, de Caplan, de Bonaventure et de Port-Daniel.

En arrière de la rivière Cascapédia les collines, prenant de fortes proportions, ont été appelées les ‘grosses montagnes de Berry ”. Du haut de leur sommet, on aperçoit, s'étendant jusqu’à l'horizon illimité, le vaste plateau de l’intérieur, et, vers le nord, les pics élevés qui se détachent de la chaine des Shickshock. D'un côté, c'est l'énorme massif de la montagne de La Grange qui monte du sol jusqu’à 3400 pieds de hauteur; cette montagne marque la limite septentrionale du plateau. En arrière, vers la tête de la rivière Sainte-Anne, dans le fond du tableau, se dessine la longue crête dentelée de la chaine, terminée à l’est par la masse imposante du mont Albert, et contenant entre autres les massifs des monts Logan, Bayfield, Matouasi, et au delà, se présentant à angle droit, le massif transversal de la montagne de la Table, dont les pics atteignent jusqu’à 4000 pieds de hauteur.

À partir de la rivière Cap-Chat la chaine des Shick- ‘hock prend une direction sud-ouest, coupe la Matapédia, se rapproche de nouveau du fleuve jusqu’au

voisinage de la Rivière-du-Loup, puis reprend sa route vers le sud, pénètre dans le Vermont, sous le nom de Montagnes Vertes, et traverse enfin, sous son véritable nom d’'Alléghanys, les Etats de New-York et de Pennsylvanie, où, dans leurs vastes flancs, le mineur et l'industriel ont découvert et exploitent, depuis nombre d'années, deux des sources principales de la fortune des Etats-Unis, le charbon et l'huile minérale.

Au nord du fleuve Saint-Laurent, les Laurentides, chaine granitique, massées ensemble et se tenant étroitement, accompagnent le fleuve sur une grande partie de son cours, depuis la frontière orientale de la province, c’est-à-dire depuis le Labrador, jusqu'aux environs du Saguenay. C’est dans cette région, encore à demi sauvage, qu'elle apparaissent avec toute leur grandeur inculte et leurs merveilleux imprévus. ;

En approchant de la région du Saguenay, le massif des Laurentides se partage en deux rangées bien distinctes; l’une décrit une grande courbe vers le nord pour contourner la vallée du lac Saint-Jean; l’autre longe le Saint-Laurent jusqu’au cap Tourmente, parcourant ainsi une trentaine de lieues de rivages hérissés, où elles ont rassemblé leurs masses les plus profondes et dressé leurs plus hautes cimes. De ce dernier point elles commencent à s'éloigner graduellement du fleuve jusqu’à une distance d’environ trente milles ou 48 kilomètres, en arrière de

32 LA PROVINCÉ DE QUÉREC

Moniréal, çà et là réunies en groupes tassés, plus loin dégénérant en traiînées languissantes; puis elles se rapprochent, s’étreignent de nouveau, mais toujours dans un élan de moins en moins vigoureux; une dernière fois enfin, elles se fractionnent encore et se disséminent en tronçons épars, en ondulations de rochers ou de collines présentant, sous un extérieur abrupt et inculte, des dispositions très avantageuses pour l’agriculteur et le colon.

Il en est ainsi jusqu'à une douzaine de lieues environ en arrière de Montréal, alors que les Laurentides, reformées de nouveau, semblent vouloir rattacher définitivement leurs chainons interrompus. Nous sommes là en présence de la contrée qui s'appelle les “ Cantons du Nord ”, vaste région de colonisation que les Canadiens-Français ont à peine commencé à peupler depuis un quart de siècle, mais où ils ont assuré leur possession du sol et fait de rapides développements qui ont donné à ce domaine, créé d'hier, toute l'apparence d’un camp avancé pour la propagation de leur race et l'extension de leurs forces.

Le fleuve Saint-Laurent resserré, comme on vient de le voir, entre deux chaines de montagnes plus ou moins rapprochées de ses rives, n’arrose qu’une vallée assez étroite, si l’on ne tient compte que des affluents secondaires qui y débouchent, et si on laisse de côté

les grands tributaires avec leurs bassins immenses. Ainsi réduite, la vallée du Saint-Laurent est hors de proportion avec la grandeur du fleuve, le volume de ses eaux et l'importance de son cours. Lee fleuve St- Laurent ne peut manquer de devenir, en effet, dans un avenir très prochain, la grande voie fluviale par laquelle s'écouleront vers le continent européen les produits illimités de l'Ouest américain. Les canaux. creusés naguère jusqu'à une profondeur de neuf pieds, pour éviter les rapides, ont été récemment portés à une profondeur de 14 pieds, suffisante pour permettre de prendre la voie du fleuve à une forte partie des produits de l'Ouest, transportés par des navires d’un fort tonnage. e

Or, on a constaté que, durant l’année 1898, le nombre des navires et des steamers qui ont passé par le canal Sainte-Marie s'élevait à 17,000, d’une capacité totale de 18,900,000 tonneaux, représentant une valeur d’un milliard, 90 millions de francs. Voilà qui peut donner une idée du développement que prend le trafic des grands lacs et du rôle que le fleuve Saint-Laurent serait appelé à jouer, comme voie de transport, s'il ne servait qu'au passage seulement d'un tiers de ce mouvement colossal de produits et de marchandises entre l’Europe et l'Amérique.

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