CHAPITRE IV
À colonisation pratiquée comme nous l'entendons de nos jours, avec un objectif défini, des méthodes régulières et efficaces, et un ensemble de moyens reconnus comme étant les plus propres à conduire à la fin désirée, ne date guère que d’un quart de siècle. C’est le curé Labelle, l’apôtre du Nord, qui, par ses travaux herculéens et sa lutte homéri-
que contre la nature, contre les préventions, contre les
résistances politiques, contre la coalition des intérêts hostiles, a d’abord üegagé la colonisation des entraves les plus grossières, puis lui a imprimé son caractère véritable et l’a fait entrer dans la voie où elle s’avance aujourd’hui largement, en écartant de jour en jour les
obstacles qui restent, et en faisant les conditions de la vie de plus en plus faciles, de plus en plus acceptables par le défricheur.
Le défrichement d’un lot dans la forêt était naguère une entreprise tellement pénible, entourée de tant de difficultés et accompagnée de tant de privations, que les fils des anciens habitants, jeunes gens robustes néanmoins et possédant une étonnante endurance, aimaient mieux aller s'enfouir dans les manufactures américaines, loin de leurs foyers, de leurs parents, de leurs amis, de tout ce qui leur tenait au cœur, que d'ouvrir des terres nouvelles, en acceptant comme conséquence tout ce que cette opération exigeait de sacrifices, et souvent de misère sans compensation, sans remède, et sans espoir.
Le pays manquait presque entièrement de communications et l’on n'avait pas les notions premières de ce qu’il faut faire pour aider la colonisation à ses débuts. On croyait avoir tout fait lorsque la Législature avait voté un subside insuffisant à rencontrer les dépenses même essentielles, un subside qui, dans bien des cas même, était détourné de son objet et allait grossir les magots que les candidats à la députation consacraient à “ obliger ” leurs électeurs. On croyait encore avoir fait beaucoup lorsqu'on avait pratiqué, à travers les rochers et les souches intormes laissées debout, de misérables sentiers faits de trous et de bosses, qui contribuaient davantage encore à rebuter le colon, à lui faire voir combien peu l’on s’occupait de son sort, et combien il était abandonné, avec ses seules forces, avec ses moyens précaires, souvent même son manque absolu de moyens, contre tant de souffrances réunies, contre les regrets qu’amenait
l'isolement, contre le découragement qu'amenait l'impuissance apparente de la résignation, de la lutte soutenue tous les jours, sans qu'il se monträt une lueur à l'horizon, une légère étincelle d'espoir en des temps meilleurs.
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Cette œuvre semblait devoir être condamnée et mourir dans son embryon. À peine naissante, incapable de se soutenir, sans appui, sans protection et sans secours, non seulement elle manquait d'appui, de secours et de protection, mais tous se déclaraient contre elle, la nature qui ne donne rien sans qu'on lui fasse violence, les gouvernements qui avaient bien d'autres soucis et qui ne croyaient pas à la colonisation, les compagnies puissantes qui faisaient le commerce des fourrures, les exploiteurs des forêts qui voyaient dans les colons autant d'ennemis, tandis que ceux-ci étaient précisément leurs alliés les plus précieux, et enfin les députations, qui se faisaient les instruments dociles des marchands de bois, afin de s'assurer leurs bonnes graces et leur appui dans les luttes électorales.
La colonisation semblait donc vouée à mort et aurait été en effet étouffée dès ses premiers vagissements, étouffée par ceux-là même qui devaient entourer son berceau de toutes les sollicitudes. A peine naïissante, cette œuvre, qui est une condition indispensable de vie et de croissance pour le peuple canadien, allait périr misérablement. Le défricheur, le colon,
celui-là précisément qui agrandissait la patrie, qui créait des foyers nouveaux, qui se sacrifiait obscurément, sans connaître même la vertu de son sacrifice, à l’affermissement et à l'expansion de la nationalité canadienne, allait être forcé par ses compatriotes euxmêmes à déserter cette œuvre généreuse et à prendre, aussi lui, le chemin de cet exil déguisé qui conduisait aux manufactures américaines, c'est-à-dire à l’effacement de la personne, à l’oubli de la famille, à l’abandon de toute idée de retour, effectuant ainsi et consommant une perte irréparable pour la province française de l'Amérique britannique, une diminution de force que rien n'aurait pu compenser.
Cependant, et malgré tout, la colonisation avançait. Péniblement, à pas comptés, elle remontait le cours des rivières, pénétrait dans les vallées et les gorges d’un accès relativement facile et d’une fertilité reconnue. À travers forêts et montagnes, la colonisation avançait, boiteuse et souffreteuse, mais elle avançait. Déjà l’on avait laissé loin derrière soi les campagnes riveraines du fleuve et les derniers rangs des paroisses les plus profondes; déjà l’on avait entamé le nord, le nord lointain, bien au delà des dernières concessions, et l’on avait escaladé les premiers contreforts des Laurentides, en semant au hasard, en maint endroit, le grain qui allait remplacer les bataillons touffus des merisiers, des bouleaux et des conifères. Déjà, en maint endroit, se dessinaient de larges éclaircies où, d’un sol formé et nourri de ses propres débris depuis l’origine des mondes, surgissaient et montaient de
plus en plus vers le ciel les graminées portant l'espoir et l'aliment du colon: déjà apparaissait, dans sa virginité farouche, le Nczä, ce Nord immense et redoutable encore, que nulle frontière ne limite et qui n'est borné que par l'impossibilité d'habiter des régions où la terre se refuse à produire, et où le climat rend inutiles le travail et l'énergie de l'homme. Devant soi, à perte de vue, s'étendait donc maintenant ce Nord profond, regardé jusque-là comme impénétrable, ce Nord protecteur, redoutable désormais pour tout autre seulement que les Canadiens-Français, et qui allait devenir le boulevard inviolable et sûr de leur nationalité.
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C’est qu'il faut que les destinées s'accomplissent, il faut que les évolutions aïent leur cours et que les peuples entrent dans leur voie, indépendamment des. actions humaines, indépendamment de leur concours, tout aussi bien que de leur négligence ou de leur hostilité.
La race canadienne-française est aujourd'hui maitresse presque absolue du vaste versant septentrional du Saint-Laurent. Seule elle v a fondé des établissements durables, des colonies de plus en plus imposantes par le nombre, la vigueur et l'étendue. C’est sur ce versant que sont la plupart des grands fleuves, des grands pouvoirs hydrauliques. Le fleuve Saint-Laurent semble la barrière qui protège la nationalité franco-canadienne, lui assure un déploiement libre, la
rarantit contre l'invasion étrangère et lui donne la
certitude de sa conservation, pourvu qu'elle sache comprendre et seconder les desseins providerttie's.
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Rien ne peut plus désormais arrêter l'expansion naturelle de cette race, appuyée sur la possession du sol, sur la force des traditions, l'empire des mœurs établies, celui des faits acquis et la conscience d’une mission à accomplir, plus ou moins bien entrevue, plus ou moins définie, mais qui n’abandonne jamais les Canadiens-Français et dont ils portent en eux comme une image qui guide et éciaire leur marche.
Or, la mission des Canadiens-Français est de cultiver la terre, de devenir les premiers agriculteurs du continent américain. Aussi, poussés par un instinct irrésistible, cherchent-ils à s'emparer du sol, surtout du sol de leur vaste province, dont eux seuls peuvent devenir les maitres, car ils sont les seuls défricheurs du nouveau-monde. Ils ont l’espace devant eux, l’espace qui s'ouvre de tous les côtés à ïa fois. Il leur faudrait s'emparer, en dehors de leur province, des territoires où ils retrouveraient la patrie laurentienne. et qui ne seraient pour eux qu’un déplacement, loin d’être un exil.
Voici que s'ouvre la région de l’Algoma ou du Nouvel Ontario, qui est grande comme la Nouvelle- Angleterre et l'Etat de New-York réunis. La superficie de la Grande-Bretagne n’est que de 120,850 milles carrés, tandis que le district d'Algoma, à lui seul, en renferme 143,517. Depuis 1886, il y a 50,000 de nos
nationaux espacés entre la vallée de l'Outaouais supérieur et le territoire du Nipissing; même un courant sérieux de colonisation se dirige vers ce dernier district, dont plusieurs cantons ont été fondés exclusivement par des Canadiens-Français. Ils se sont implantés également, et avec des racines profondes, sur les rives de la Saskatchewan, dans la région d'Edmonton, où ils font un commencement d'équilibre aux flots de races des variétés les plus étranges qui envahissent le prodigieux Nord-Ouest. Il faut qu'ils établissent cet équilibre, afin de faire face, sur tous les points, afin de contribuer pour leur part à maintenir le débordement de la gigantesque Colombie anglaise, avec les centaines de millions de ses mines. Avant quinze ans cette province aura pesé d’un poids énorme dans la Confédération. A ce poids il faut un contrepoids. Aux millions enfouis sous terre de la Colombie répondons par les millions qui bondissent dans nos cascades, qui co. ‘ent dans le sein du grand fleuve et de ses affluents, où: 1 couvrent la terre comme un manteau périodiquement renouvelé, et dont il suffit de régler la consommation pour s'assurer une richesse inépuisable.
L'avenir agricole et industriel n'est pas seulement dans le Nord-Ouest et l'Ouest Pacifique; il est aussi bien dans nos vastes et fertiles campagnes, dans nos chutes d’eau qui contiennent le grand distributeur de la force, le pouvoir illimité désormais nécessaire à des industries dont la production est, aussi elle, en quelque sorte illimitée.
L'absence des écoles professionnelles ou d'application scientifique a longtemps empêché les Canadiens- Français de connaitre ou d'apprécier à leur valeur véritable les ressources étonnantes de leur pays; qu'ils réussissent enfin à avoir des écoles de cette nature, qu'ils puissent enfin ouvrir le grand livre des sciences appliquées, eux qui sont si singulièrement bien doués et si ingénieux en ce qui concerne l'intelligence et l'emploi des forces et des inventions mécaniques, et l’on peut assurer qu'ils se feront et garderont une large place dans les conditions futures des populations nord-américaines.
Une des grandes causes qui avaient le plus longtemps fait obstacle à la colonisation bas-canadienne, c'était la légende du climat, obstinément présentée comme étant trop rigoureux pour les habitants de l'Europe. Grâce à cette légende, on se donnait beau jeu contre la province de Québec, tandis que celle d’'Ontario, qui comptait à peine quelques milliers d'habitants au commencement de notre siècle, se peuplait à vue d'œil; il lui avait suffi d'une cinquantaine d'années pour dépasser numériquement la province voisine, qui portait alors le nom de Bas-Canada et qui lui était politiquement unie, avant que fût fondée la Confédération canadienne. Celle-ci devait plus tard embrasser toute l'Amérique britannique du nord, à l’exception de la grande et brumeuse île de Terre-Neuve.
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Aussi la province ne croissait et n’augmentait-elle qu'avec le secours de ses seules forces, sans recevoir aucun appoint du dehors. Et peut-être valait-il mieux qu'il en füt ainsi, comme il en avait été du reste, la plupart du temps, en plein régime français, comme si le cours réglé des événements avait voulu imprimer un caractère particulier au peuple canadien et le préserver pur de tout alliage, añn qu'il füt plus en état de remplir les conditions de son existence. C’est de la sorte que le Canadien-Français a conservé une nationalité distincte par son génie propre, par ses gouts. par sa conception de l'avenir et de l'idéal humain, et enfin par la direction imprimée à l'esprit. Le Canadien se distingue en ce sens qu'il conserve un attachement inaliénable à son ancienne mère patrie, qu'il en est ici comme le prolongement et la continuation, et qu’il l’est jusqu'au cœur même des Etats-Unis où. tout en se faisant naturaliser citoyen américain, il conserve sa nationalité. Il y opère un déplacement de la France, voilà tout ; il reste attaché à ce flambeau qui a éclairé la civilisation et il veut continuer d’en être un des rayons, d'autant plus vivace, d'autant plus puissant qu’il éclaire un plus vaste espace.
Il ne veut renoncer à aucun prix à ce patrimoine de lumière qui lui est commun avec tant de générations antérieures et qui, s’il cessait d’être indivisible. n'aurait plus ni sa valeur ni son importance sociale. Il ne veut pas en un mot se déshériter lui-même. parce qu'aucun des avantages qu'il trouverait dans ce sacrifice ne pourrait compenser pour lui la perte du
précieux privilège d'être l'héritier intellectuel de la grande nation qui a maintenu dans le monde le culte de l'art, du beau idéal, de la noblesse de l'esprit, des sentiments les plus généreux et les plus élevés de la nature humaine.
Les ancêtres des Canadiens n'étaient pas des hordes de miséreux poussés par le désespoir, et cherchant, par delà les mers, un asile quelconque où fuir une ingrate et souvent cruelle patrie, avec l’idée de ne jamais la revoir ; ils ne sont pas venus, par centaines de mille, déverser, sur des rivages hospitaliers, le contingent monstrueux de toutes les misères sociales, mais ils sont venus un à un, petit à petit, par faibles groupes, comme choisis par une main avare et difficile, continuer dans une seconde patrie, les foyers de la première. Lentement, péniblement, ils ont passé par tous les degrés de la formation, subi les longues et patientes épreuves d’une éducation mâle et semée de périls; ils se sont formés avec le temps, cet auxiliaire indispensable de toute constitution virile ; ils ont grandi par leur seule force native et par une sélection, en quelque sorte contrôlée de haut, qu'aucun obstacle, aucune entrave n’a détournée de son action persistante, et aujourd’hui, ils sont un peuple, ils forment une nationalité organique, ayant des traditions déjà séculaires et un passé commun; seul groupe de population qui, on peut le dire, a reçu en Amérique le multiple baptème des nationalités distinctes et durables, qui a été façonné par les lois et les principes qui les constituent, et qui seul se présente aujourd’hui
comme un tout homogène, en présence des éléments indéfiniment variés qui composent, sans la former, l'énorme population des Etats-Unis.
Dans le Dominion du Canada, composé de sept provinces dont une, le Manitoba, n'existait même pas en 1867, lors de l'établissement de la Confédération canadienne, dont une autre, la Colombie britannique, n'existait que de nom, dont trois autres, l'Ontario, la Nouvelle-Ecosse et le Nouveau-Brunswick étaient presque exclusivement anglaises, à part quelques groupes acadiens, cantonnés à l’écart, sans importance numérique ni politique, on remarque aujourd’hui le mouvement persistant, ininterrompu de l’élément français qui, lentement avance, grossit, pénètre de jour en jour les comtés anglais les plus près de la province de Québec, et s'impose au point que les partis politiques sont obligés de compter avec lui et de se le disputer. Ce fait eùüt paru tout simplement monstrueux, il y a quarante ans; on l'aurait inscrit parmi les hérésies qu’il faut détruire par le fer et le feu, mais aujourd’hui cette hérésie compte près de trois cent mille fidèles dans les différentes provinces de la Confédération, en dehors de celle qui est presque exclusivement française, qui est la vieille province historique de Québec. Celle-ci contient, à l’heure aétuelle, une population que l’on peut estimer à environ dix-sept cent mille âmes, en se basant sur le recensement de 1891, et d’après les calculs faits en 1897, les-
quels portaient la population de la province à 1,627.- 000 âmes, le taux de la natalité à 36 par mille personnes et celui de la mortalité à 20,43 seulement. On signalait même trente-cinq comtés presque exclusivement français, où le taux des naissances dépassait des deux tiers celui des mortalités, et huit comtés où les naissances l'emportaient du double sur celles-ci.
Ajoutez au chiffre de 1,700,000 àmes près d'un million de Canadiens-Français habitant par colonies considérables les Etats de l'Ouest, du Nord et de l'Est, et surtout ceux de la Nouvelle-Angleterre où ils exercent une influence de jour en jour grandissante, et vous aurez un dénombrement à peu près exact des forces que la race française peut mettre en ligne, sur le continent nord-américain, pour combattre l’action prépondérante des autres races et pour maintenir une position, une influence, une indépendance qui Ja fassent respecter et redouter au besoin.
Les calculs faits re'=tivement au nombre des Canadiens-Français qui habitent les Etats-Unis présentent entre eux des écarts considérables, mais il n’en faut pas moins tenir pour certain que ce nombre atteint peut-être plus d’un million, en y comprenant tous Îles Canadiens émigrés et descendants d'émigrés depuis 1840, époque vers laquelle l’émigration, qui avait été jusque-là individuelle et limitée, prit le caractère d’un véritable exode et s’est maintenue comme telle jusqu'à ces années dernières.
Quoiqu'ils aient à leur usage et pour leur développement libre un pays qui ne contient pas moins de 220 millions d'acres, dont 22 millions à peine sont en culture, les Canadiens sentent le besoin irrésistible de se répandre au dehors, d'essaimer au loin, comme tous les peuples aventureux et colonisateurs, obéissant en cela à l'impulsion qui poussait les aieux de leurs aïeux. les Gaulois, et plus tard les Français des 17e et 18e siècles, qui avaient fondé des établissements considérables dans l'Hindoustan, en Océanie, en Afrique, et tout un monde dans le nord de l'Amérique.
Les Canadiens ne sont pas tous nés pour le défrichement ; il y en a beaucoup à qui répugne ce travail pénible et ingrat, dont la rémunération se fait si longtemps attendre; d’autres, en très grand nombre, ne peuvent résister à l'esprit d'aventure; d'autres enfin. nombreux aussi, veulent acquérir au plus tôt et jouir de leurs années de jeunesse, dans le sein des, grandes villes ; mais tous apparaissent comme possédés du désir instinctif, inconscient pour eux, mais désormais manifeste pour l'observateur, désir de reconquérir pied à pied, et par la voie de l'expansion naturelle. tout le terrain qui leur a été enlevé par la conquête. de l'Atlantique aux Montagnes Rocheuses.
C'est pourquoi vous les voyez partout : ils essaiment et prennent racine sur les points les plus éloignés, sur les sols les plus différents. Ne cherchez pas les causes de l’émigration des Canadiens; elles sont fatales, elles tiennent au tempérament même de notre peuple. Les Canadiens vont au loin, quand ils ont tant à accomplir
dans leur propre pays, parce que cela est dans le programme de leur destinée, parce qu'ils sont appelés à faire échec au débordement des populations étrangères, sur tous les points qu'ils peuvent utilement occuper, avec perspective de succès et d'avenir.
C'est ainsi qu'ils ont pénétré déjà, et assez avant, en vérité, la province du Manitoba et les territoires du Nord-Ouest, qui semblaient leur être irrévocablement fermés, sans compter la province d'Ontario dont ils ont francisé les comtés limitrophes et où ils dépassent le chiffre de cent vingt-cinq mille âmes.
Le Manitoba, qui comprend une superficie de 48,- 000,000 (l'acres, ne compte encore guère plus de 200,- 000 habitants. In faisant tous les efforts possibles pour y diriger la plupart de ceux qui ne veulent pas ou ne peuvent pas, pour une raison où pour une autre, rester dans la province de Québec, on y établirait sans peine et, en peu de temps, un élément qui ferait sentir son poids dans les affaires publiques. Les Canadiens- Français ne seraient pas là en pays étranger, mais y continueraient d’être chez eux. Ils retrouveraient le milieu social et politique auquel ils sont habitués; ils y trouveraient des mœurs, une manière de sentir et de faire qui sont les leurs, et des habitudes semblables, modifiées seulement dans les détails par les différences qu’apporte nécessairement la différence des lieux et de la culture; ils y trouveraient des paroisses déjà importantes, celles de Saint-Jean-Baptiste, de Saint- Pierre, de Sainte-Agathe, de Sainte-Rose, de Lorette,
du Lac-Dauphin, de Saint-Léon, de Letellier, etc., où les populations d'origine franco-canadienne sont implantées de telle sorte qu'il ne serait pas possib'e de les déraciner. Et si l'on veut envisager les conditions de ces populations au point de vue religieux, on verra que le Manitoba renferme 25,000 catholiques, 46 églises ou chapelles desservies régulièrement, 30 postes visités par des missionnaires, six communautés d'hommes et sept communautés de femmes, dont six: vouées à l'enseignement.
Ces conditions sont bien supérieures à celles où se sont trouvés nos aïeux, lors de la conquête. Eux étaient vraiment abandonnés. Sacrifiés par la mèrepatrie et entourés par un cercle infrangible de populations hostiles, ils ont cependant réussi à se maintenir, et non seulement à se maintenir, mais encore. grace à une force d'expansion et à une vitalité incomparables, ils ont réussi à se développer au point qu'aujourd'hui ils débordent de tous les côtés à la fois et se dirigent, comme obéissant à une consigne secrète, mais impérieuse, sur tous les points de l'Amérique britannique où ils pourront fonder de nouveaux centres inexpugnables.
De même qu’au Manitoba, les Canadiens-Français se sont établis à Saint-Louis, à Langevin et au Lacaux-Canards, dans la Saskatchewan, à Morinville et à Saint-Albert, dans le territoire de l'Alberta. Le premier de ces deux endroits, fondé dans le district d'Ed-
monton (territoire d'Alberta), depuis quelques années seulement, est entré dans une voie de développement magnifique. En 1896 on ne comptait encore, dans le district d'Edmonton, que 406 familles françaises ; on en compte aujourd'hui près de sept cents, représentant une population d'environ 3,000 âmes, qui a mis en culture au delà de douze mille acres de terre. Sur 620 familles franco-canadiennes qu'accusait le recensement de 1898, dans le district d'Edmonton, 120 venaient de la province de Québec et plus de trois cents des Etats-Unis; un petit contingent était fourni par la France et la Belgique, qui donnaient, chacune également, vingt familles; Ontario en donnait 55 et la Colombie Anglaise 17. Les cent vingt familles de la province de Québec, qui sont allées fonder des demeures nouvelles dans le district d'Edmonton, auraient été perdues pour nous, s’il n’y avait pas eu déjà des établissements franco-canadiens dans ce district. Elles auraient immanquablement émigré aux Etats- Unis, oubliant qu'il y a dans le Dominion de nombreuses régions où l'on peut cultiver la terre sans peine, avec un profit assuré et la certitude d'acquérir en fort peu d'années une honorable aisance. C'est là ce que ne peuvent offrir les filatures américaines où, au contraire, l'âme et le corps ont également dépéri, au bout de quelques années, outre que la maind'œuvre y a perdu beaucoup de son emploi et de sa valeur, et que les prix ont été singulièrement avilis, par suite des progrès de la machinerie et de la concurrence effrénée que se font entre eux les fabricauts de tous les produits manufacturés, quels qu'ils soient.
La colonisation du Canada français est une épopée illustrée par les plus vaillants, quoique les plus obscurs courages, où un héroïsme de tous les instants n'a eu d'autre témoin que le Dieu qui veille aux destinées des nations et, pour les rendre plus fécondes, multiplie, dès l'origine, les sacrifices et les épreuves.
Pendant près d'un siècle, on a laissé le champ libre à tous les abus, et les plus criantes injustices ont été commises envers les colons, sans que ceux-ci pussent avoir aucun recours contre leurs ennemis, ni même faire reconnaitre leurs droits les plus indiscutables. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple entre vingt, les exploiteurs des forèts se prétendaient les propriétaires absolus de tout le bois existant sur les lots acquis par les colons, sous prétexte que ces lots étaient compris dans l'étendue de leurs concessions. Leurs efforts redoublés pour repousser les colons et pour accaparer le domaine public étaient une des formes de l'hostilité à peine déguisée à la race franco-canadienne. Les marchands de bois feignaient de considérer le colon comme un accapareur inopportun du patrimoine national. Ils le représentaient comme tel et mème comme un destructeur aveugle au bois, n'ayant d'autre but que de réaliser quelques dollars avec ce bois abattu sur un lot qu'il n'avait aucune intention de défricher. Ils avaient entassé contre lui calomnies sur calomnies. et avaient réussi de la sorte, en généra-
lisant quelques méfaits isolés, en représentant la masse entière des colons comme autant de parasites dangereux du sol, à créer les plus fausses et les plus funestes impressions au ministère des Terres Publiques.
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Depuis longtemps les colons se plaignaient de la sévérité des lois qui prenaient leur origine dans ce ministère. Les hommes de dévouement qui avaient embrassé la cause de la colonisation avec ardeur, pour l'amour de la patrie, ne savaient à qui ni à quoi attribuer les ‘ ukases ” que l'on promulguait de temps à autre, comme pour arrêter l'expansion nature'le de notre peuple par les défrichements nouveaux.
Un spectacle qui n'était pas rare, c'était celui d’agents des terres publiques, en présence du mouvement colonisateur qui se faisait jour partout, cherchant à l'enrayer en prétendant que le bois de commerce l'emportait sur les intérêts de la colonisation. Aussi, grand était le nombre des Canadiens qui prenaient la route des Etats-Unis. Ils éprouvaient trop de difficultés, de la part des agents de certaines circonscriptions territoriales, à se faire donner le lot sur lequel ils avaient jeté leur dévolu.
Croirait-on que nos forêts étaient menacées d'une destruction complète par le feu que des colons au désespoir se disposaient à y mettre dans les temps de sécheresse, afin de trancher, par ce terrible moyen, une question qui faisait leur désolation et leur malheur ?
On leur disait : * Vous n'avez pas le droit de vendre le bois qui est sur vos lots, vous n'avez que le droit de le brüler pour faire des défrichements ”. Alors ces malheureux qui, souvent sans aucun moyen d'existence, se voyaient frustrés, au profit d'un riche concessionnaire, de la seule ressource qui leur eût permis d'attendre un an ou deux le produit de leur défrichement, accablés de découragement et poussés aux dernières extrémités de la fureur et du désespoir, étaient prêts à commettre des actes d’un vandalisme épouvantable qui eussent coûté des millions à la province et consommé la ruine de nos forêts.
Mais les conditions de l'établissement du pays sont bien changées depuis l'adoption, en 1888, de la loi Duhamel qui a mis fin à de nombreux abus, en a corrigé d'autres et a introduit dans la législation un esprit nouveau, bien autrement large et bienfaisant.
Depuis 1888, tout ce qu'il est humainement possible de faire a été fait pour améliorer le sort du colon. On a multiplié pour lui les encouragements et facilité sa tâche par tous les moyens à la disposition du gouvernement. On a fait en sa faveur une législation en quelque sorte privilégiée ; on l'a mis à l'abri des vexations, des évictions, des exécutions judiciaires qui auraient eu pour effet de le réduire à l'impuissance et au dénüment ; enfin, on a agrandi considérablement le
champ de ses ressources en le rendant propriétaire de tout le bois qu'il abat sur le lot qu'il a acquis, au fur et à mesure qu'il le défriche, pourvu qu'il paie au gouvernement le même droit de coupe que le marchand de bois est tenu de payer sur la concession forestière qu'il exploite. Mais cette dernière condition est souvent illusoire, attendu que le paiement du droit de coupe est compté au colon en déduction du prix de son lot, et que, dans une infinité de cas, pour aider aux colons nécessiteux, le gouvernement fait l’abandon volontaire de ses droits.
Aller plus loin dans la voie des faveurs équivaudrait à faire l'abandon du domaine public, à le livrer aux appétits cupides de ces pill:rds, assez nombreux, qui, sous le nom trompeur de colons, font métier d'acquérir des lots, v remplissent les plus indispensables conditions d'établissement, les dépouillent de leur bois qu'ils vendent dans les chantiers ou dans les villages voisins, et s'en vont ensuite plus loin, sur d’autres lots encore intacts, commettre d’autres déprédations.
Pour prévenir ces abus et les diminuer le plus possible, le gouvernement a imposé de sages restrictions qui deviennent de plus en plus efficaces au fur et à mesure que la province se peuple et que les communications deviennent de plus en plus nombreuses.
Sous l'ancien régime, la partie de la Nouvelle- France qui porte aujourd’hui le nom de “ Province de
Québec ” avait été divisée en fiefs et seigneuries que le roi de France donnait gratuitement, dans la plupart des cas, à des officiers de la milice canadienne ou à d’autres personnes dont il voulait honorer le mérite, la valeur et les actions. Ces seigneurs, à leur tour, concédaient à des censitaires, appelés “ habitants ”, des terres de leur domaine dont la contenance n'était jamais au-dessous de trente arpents, et assez généralement de 90, soit trois arpents de front sur trente de profondeur, en tout environ trente hectares.
On conçoit que ces seigneuries ne s'éloignaient guère de la rive des fleuves ou du voisinage des cours d’eau navigables, qui leur servaient de voies de communication pour les réunir entre elles. Afin de pouvoir se défendre contre les incursions des Indiens et contre les expéditions armées des habitants des colonies anglaises voisines, les colons de la Nouvelle- France, si peu nombreux, si faibles, si abandonnés à leurs propres forces, s'étaient massés naturellement dans l’espace compris entre le fleuve et les montagnes riveraines.
Le mot de ‘ colonisation ” n'avait pas alors le sens ample et développé qu’il a de nos jours. Il avait un sens restreint et ne s’appliquait qu’à l'établissement des habitants les uns à côté des autres, et successivement, dans l'espace que nous avons indiqué ci-dessus.
Au premier ‘ rang ” des terres ainsi juxtaposées et
confinant à la rivière étaient venus s'ajouter d’autres rangs dans l'intérieur, parallèlement au premier, au fur et à mesure que la population s'était accrue.
La cession du Canada à l'Angleterre, en 1763, ayant amené une longue série d'années de paix, les générations s'étaient succédé dans ce cadre étroit et avaient fini par en occuper jusqu'à la dernière parcelle.
‘Les habitants, trop pressés sur un domaine insuffisant, durent chercher de nouveaux héritages. Mais où les trouver? Les rives du fleuve et de ses affluents navigables étaient occupées; comment, sans chemins, sans voies de communication, s'établir dans l’intérieur? L'agriculteur ne peut, comme le forestier, pénétrer seul dans le désert ; il doit rester en communication directe avec le consommateur de ses produits, et la population croissante demeurait ainsi enfermée dans cet embarrassant dilemme ; la nécessité d'élargir un domaine trop étroit, et l'impossibilité d'en sortir...” (Gailly de Taurines, La Nation Canadienne, page 119).
Pendant ce temps, les Etats-Unis, où les terres se donnaient pour rien, attiraient la légion des travailleurs fuyant les centres trop peuplés du vieux continent. Le Nord-Ouest, qui devient rapidement le grenier du monde, était encore inconnu, ou, du moins, regardé comme inaccessible et inculte, à cause de son éloignement et de son climat. Du reste, il était sous la domination d’une puissante compagnie, qui se le
réservait pour le commerce des fourrures et en faisait son domaine exclusif, en cherchant à perpétuer les préventions dort il était l'objet. D'autre part, la nécessité de conquérir le sol arable sur la ‘forêt rebutait la plupart des colons canadiens. Il ne leur restait donc d'autre perspective que d'émigrer aux Etats-Unis, à moins que les gouvernements ne prissent la chose en main et facilitassent la colonisation de l'intérieur du pays par tous les moyens possibles, surtout par l'ouverture de communications et par des octrois d'argent fournis aux colons pour subvenir à leurs premiers be- Soins.
Mais cette question, en apparence très simple, était très compliquée. Elle était en outre nouvelle, et les gouvernements n'en savaient pas assez long à cette époque pour la régler. Elle devait l’être par les sociétés de colonisation et par le clergé, qui se mit à la tête d’un mouvement patriotique embrassant toute la province, et proposa aux fidèles la conquête de la terre comme le plus sûr moyen de gagner le ciel. Ce mouvement fut le point de départ de la colonisation effective des ‘“ Cantons de l'Est” et du territoire du * Lac-Saint-Jean ”’, deux admirables régions agricoles qui n’en sont encore cependant qu'aux rudiments de leur prospérité.
Après la conquête de la Nouvelle-France, les Anglais avaient respecté le régime de la tenure seigneu-
riale pour les terres déjà concédées, mais ils ne l’étendirent pas au delà, et lorsqu’à la suite de la guerre de l'indépendance, le gouvernement anglais voulut récompenser les loyalistes américains qui lui étaient restés fidèles, il leur donna des terres en “propriété libre” (free and common soccage) dans la province du Haut- Canada (Ontario) et dans les “ Cantons de l'Est ” de la province du Bas-Canada (aujourd’hui appelée celle de Québec.)
Mais déjà, bien avant la distribution faite aux loyalistes, l'Exécutif colonial avait commencé à livrer de grandes étendues du domaine public encore inculte à des accapareurs de terres, sans les forcer à les établir sous peine de confiscation. Ainsi, la ‘ Compagnie des Terres de l'Amérique Britannique” en avait reçu pour sa part 600,000 acres. (1) De 1793 à 1811, plus de trois millions d’acres de terres publiques avaient été distribués à deux cents favoris, dont quelques-uns eurent jusqu’à 60,000 ou 80,000 acres chacun; le gouverneur lui-même, sir Robert Shore Milnes, en prenait, pour sa part seulement, 70,000 acres. Dès lors les accapareurs n’eurent plus qu’un objet : attendre du temps une augmentation dans la valeur des terres, tout en guettant l’occasion d’une bonne spéculation. De la sorte, ces domaines, dérobés à la colonisation et conservés à leur état sauvage, servaient de barrière pour empêcher les colons de pénétrer plus avant dans l'intérieur du pays.
(*) Deux acres et demi font un hectare.
LA COLONISATION IOI
Pendant près d'un demi-siècle les plus révoitants abus de la part des détenteurs du domaine public ont été perpétrés dans les * Cantons de l'Est”, la région la plus voisine des Etats-Unis, et cela malgré la marche inéluctable du progrès, malgré l'ouverture des routes, la construction des voies ferrées et l'extension de l’agriculture, qui en était la conséquence. Tous les mémoires du temps, tous les rapports des comités spéciaux nommés par la Chambre pour s'enquérir des faits et de la situation sont remplis de constatations d'un état de choses parfaitement reconnu, mais inutilement combattu, à cause de l’apathie des hommes au pouvoir, et, dans plusieurs cas, de leur connivence.
Enfin, le clergé s’émut, prit en main la cause des colons, et une véritable croisade s'organisa pour empêcher les forces vitales du peuple canadien de s'écouler chez une nation étrangère. Dans une brochure publiée en 1851 et signée par douze missionnaires de: Cantons de l'Est, on demandait énergiquement la . suppression du monopole des terres, que l’on considérait comme la principale cause de l'émigration des Canadiens aux Etats-Unis, et l’on indiquait des solutions faciles, définitives de la question; mais ce fut encore peine perdue, et tout l'effort des amis de la colonisation dut se porter vers d'autres parties de la province encore à peu près inconnues, regardées comme impénétrables, ou, du moins, comme n'offrant aucune espèce d'avenir ni d'équivalent pour les durs
labeurs auquels les premiers occupants seraient condamnés, pendant un bon nombre d'années.
Ce fut alors que prit naissance le mouvement de colonisation vers le bassin du lac Saint-Jean, mouvement qui en amena d’autres à sa suite vers des régions également inconnues et également fertiles, telles que les vallées de l'Outaouais supérieur et de la Métapédia, et qui inaugura toute une ère nouvelle dans l’établissement, dans le peuplement, dans l’agriculture et les conditions économiques et industrielles de la province.
Région du Lac-St-Jean
La région qui porte le nom ci-dessus en est une célèbre entre toutes celles dont l’ensemble constitue la province de Québec. Elle est célèbre par la tradition, par la légende, par sa formation géologique restée un problème, par sa fertilité incomparable, et enfin par le pittoresque et la grandeur de sa nature.
Cette région embrasse une superficie de 31,000 milles carrés ou environ 19,840,000 acres, entre le
48e et le 50e degré de latitude nord, et entre le 71e et le 73e de longitude ouest ; mais la partie actuellement habitée est toute comprise, du sud au nord, entre les 48e et 49e degrés.
C'est déjà dire quel vaste champ reste ouvert au travail et à l’activité du colon, puisque la population actuelle disséminée dans cette région n'atteint encore que cinquante mille âmes, malgré les grands progrès accomplis durant la dernière décade.
La colonisation du bassin du lac Saint-Jean n'a commencé que Ÿers les années 1851-52. A cette époque, Chicoutimi et la Grande-Baie, qui forment aujourd’hui des centres si importants du “ pays de Saguenay ‘”, étaient encore eux-mêmes dans l'enfance; et, dans l'intérieur, au delà de ces deux embryons de paroisses, en remontant le cours du Saguenay jusqu’au lac Saint-Jean, il n’y avait absolument que la forêt vierge, et pas même l’ébauche d’un canton.
A l'heure actuelle, le nombre des cartons délimités et plus où moins ouverts à la colonisation, dans le bassin du ‘ Lac” proprement dit, s'élève à plus de trente, dont les plus fertiles, à l’est et à l'ouest du lac, peuvent à bon droit être appelés le ‘ grenier de la province ”.
Le lac Saint-Jean égoutte l'immense bassin qui porte son nom et est le réservoir de plusieurs grandes mvières.
La plus grande longueur du lac atteint 28 milles (44 kilomètres), et sa plus grande largeur a été calculée à 25 milles Un mesurage exact lui donne 365 milles en superficie et une circonférence de 85 milles.
Il y a tout autour du lac un vaste système de communications par eau, formé par les nombreuses rivières qui s’y jettent.
Les principales de ces rivières sont, au sud du lac, la Métabetchouane et la Ouiatchouane ; à l’est, la Belle-Rivière ; à l’ouest, la Chamouchouane ; au nordouest, la Ticouapee et la Mistassini; au nord et au nord-est, la grande et la petite Péribonca.
Ces rivières, en même temps que quelques chemins indispensables, ont offert, jusqu'à il y a quelques années, les seules voies de communication pour les colons, d’un endroit à un autre de la contrée. Mais, depuis lors, des ponts ont été construits sur plusieurs d’entre elles et des chemins ont été ouverts en bon nombre dans l’intérieur.
Ces rivières, dont la plupart sont navigables jusqu'à vingt et vingt-cinq milles de leur embouchure, par des bateaux d’un faible tirant d'eau, arrosent des terrains d’une si grande étendue et d’une fertilité telle qu'on a pu dire, avec raison, que le bassin du lac St-Jean deviendrait un jour le grenier de la province de Québec. Le fait est qu'il peut former à lui seul une province entière, et qu’il est devenu déjà un vaste champ d’approvisionnement pour la capitale, en même temps que celui vers lequel se tournent les plus actives, les plus
sérieuses tentatives de colonisation et d'exploitation industrielle.
IT La région du Lac-Saint-Jean comprend tout le comté de ce nom, plus une partie du comté de Chicoutimi Le comté proprement dit du Lac-Saint- Jean se compose, à l'heure actuelle, des cantons dont les noms suivent :