‹ La province de Québec [microforme]Chapitre 8 sur 27 · AU SUD · texte numérisé non relu

AU SUD

Caron, Mésy, Saint-Hilaire, Dequen, Dablon, Crépeuil, Malherbe, Charlevoix, Métabetchouane, Roberval, Ross, Déchène.

Les colons qui peuvent disposer d'un capital plus ou moins considérable, trouveront à acheter des terres déjà en culture et plus ou moins avancées, soit dans les vieilles paroisses, soit dans les cantons nouveaux. Au dire des cultivateurs de la région, la plupart de ceux qui sont venus y prendre des terres à l’origine, n’avaient pas le sou; maintenant, bon nombre d’entre eux valent de mille à dix mille dollars, quelques-uns jusqu'à dix mille: tout leur avoir a été acquis par la culture, bien qu'ils eussent à lutter contre une foule de désavantages et d'obstacles qui n'existent plus aujourd’hui. Quand les fils de cultivateurs étaient nombreux, il en partait un ou deux pour les Etats-Unis; les autres demeuraient avec leurs parents et prenaient charge de la terre. Dans presque tous les cas, ceux qui étaient allés aux Etats-Unis sont encore des ou-

riers, tandis que ceux qui avaient pris charge de la terre de leurs parents sont maintenant sur de bonnes fermes bien pourvues de bestiaux.

D'où la leçon est facile à tirer.

La colonisation se développant sans cesse fait maintenant le tour du lac tout entier. Depuis quelques années déjà elle s’est avancée rapidement vers l'ouest, par les cantons Normandin et Albanel; la voilà aujourd’hui qui s'étend vers le nord, et les vallées de la * Mistassini et de la Péribonca vont bientôt déployer pour l’homme toute leur fécondité.

Les cantons Normandin, Albanel et Parent, à l’ouest du lac

En 1879, on fondait le canton Normandin, entre les rivières Chamouchouane et Ticouabée, en arrière du canton Parent, à douze milles dans l’intérieur. Pendant des années les colons n’eurent même pas de chemins pour communiquer entre eux. Les premiers temps furent extrêmement pénibles ; mais, depuis une dizaine d'années, la colonie a pris un remarquable essor. On y compte actuellement plus de trois cent cinquante familles.

Le canton a dix milles de largeur et dix rangs de hauteur. Les colons ont en général de bonnes habitations et des bâtiments proprement tenus, ce qui indique que leurs propriétaires jouissent d’une réelle aisance. Les défrichements sont faits à fond; quant au bois de construction, les rives des cours d'eau en sont garnies ; n'oublions pas que ce bois fait partie de la grande forêt qui, partant de la rivière Chamouchouane, s'étend jusqu'à la baie de James, prolongement de la mer Hudson.

La population de Normandin dépasse seize cents ames ; elle s'est doublée dans l'espace des deux dernières années. On ne saurait prévoir ce que l'avenir réserve à cette contrée quand des communications régulières, quotidiennes, y seront établies.

En haut de Normandin, entre la Ticouabée et la Mistassini, s'étend le canton Albanel où les premiers colons arrivèrent, il v a huit ans seulement. On y compte cent soixante-huit familles, dont plusieurs sont dans une véritable aisance. Lee sol de ce canton est le même que celui de Normandin. On peut dire que ce dernier canton, celui d’Albanel et celui de Parent qui l'avoisinent, sont les types de ce que sera un jour cette admirable portion de la vallée du lac Saint- Jean, qui forme l’ouest du lac et qui ne tardera pas à renfermer bon nombre de paroisses florissantes.

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À partir de Roberval, point d'aboutissement actuel du chemin de fer qui traverse toute la région de Qué-

bec au Lac, un excellent chemin de voiture conduit jusqu'aux cantons Normandin et Albanel, et de là jusqu'au confluent de la rivière Mistassibi avec la Mistassini, où les Révérends Pères Trappistes ont fondé un monastère et un établissement agricole.

Il y a six ans à peine que les Pères Trappistes ont obtenu leur concession du gouvernement, et déjà, autour du monastère et dans le pays environnant, deux cent trente familles ort fixé leur foyer dans les cantons nouveaux de Dolbeau et de Pelletier, et plus de deux cents lots ont été retenus. L'espace abonde encore pour des centaines d’autres familles qui voudront aller s'y établir sur des terres d'excellente qualité. On a déjà défriché trois mille arpents sur les bords des nombreuses rivières qui arrosent la contrée. La Mistassibi ou rivière Au-Foin, qui se jette dans la Mistassini, non loin du lac Saint-Jean, reçoit les eaux de la rivière Aux-Rats, laquelle a elle-mème pour affluent la rivière A-la-Carpe. Tout cela forme, dans un rayon de quelques milles, un réseau d'irrigation précieux pour la colonisation. On compte déjà, disséminés sur les bords de ces cours d'eau, cent cinquante toits de colons, parmi lesquels un certain nombre de Français.

Les Pères Trappistes ont pour leur part défriché un millier d’arpents sur la vaste concession que leur a faite le gouvernement. Ils 7 habitent au nombre

de vingt-deux religieux, un monastère de construction très simple; ils y ont en outre aménagé une beurrerie et un moulin à farine; ils y ont fondé une école et construit une scierie qui fournit le bois nécessaire aux colons de la contrée pour édifier leurs maisons.

L'hiver on se rend à la Mistassini en voiture; l’été, les colons s'y rendent gratuitement en bateau, deux fois par semaine. Il y a donc dès maintenant toutes les facilités désirables; aussi, une impulsion inouie a-t-elle été donnée à cette partie du pays depuis qu'elle a été pourvue de communications régulières.

En outre, le gouvernement vient de faire construire un immense pont pour relier l'établissement de Mistassini aux colonies naissantes du nord du lac. Ces colonies sont : 1° celle de Péribonka, établie depuis le mois de juin 1897, à l'embouchure de la rivière de ce nom. Bien que de date récente, elle compte déjà une trentaines de familles, venues principalement des Etats-Unis ; 2° celle de Honfleur-sur-Péribonka.

Ce dernier établissement n'existe que depuis le mois d'août 1898. Il embrasse le territoire fertile qui environne les chutes de la rivière Péribonka, à huit ou dix milles plus haut que son embouchure.

La colonie a été baptisée du nom de Honfleur, en mémoire de la présence de l'honorable M. Turgeon, commissaire de la Colonisation et des Mines, à la fête commémorative de Honfleur, France, dans le cours de l’été de 1898.

La situation de Honfleur est une des plus belles de toute notre province.

Les cantons Dolbeau, Dalmas et Taillon, qui bordent la rivière Péribonka, contiennent des terres d'une fertilité qui ne le cède en rien aux plus beaux champs du Nord-Ouest canadien.

Plus loin, en gagnant vers l'est, toujours sur les bords du lac, on trouve l'établissement florissant de la rivière “ A-la-Pipe ”, dans le canton Taillon. Aussitot que le besoin s’en fera sentir, il n’est pas douteux qu'un nouveau chemin reliera cet établissement à celui de Péribonka, et, alors, le réseau des chemins autour du lac sera complété.

Ces divers établissements étant passablement éloignés les uns des autres, le gouvernement utilise les différentes rivières comme voies de communication entre eux. Il a fait construire, dans ce but, spécialement pour le transport des colons et de leurs effets, un bateau pouvant naviguer sur les rivières, grâce à son faible tirant d’eau, même lorsque l’eau est très basse. Ce bateau, appelé le “ Colon ”, fait le service du lac depuis cinq ans et visite, chaque semaine, les différentes colonies de la région, en remontant les rivières navigables; les services qu’il rend, en mettant en rapport entre eux tous les établissements du Lac Saint-Jean, sont inappréciables.

Les trente premières années de l'établissement du Lac-Saint-Jean ont été extrêmement pénibles. Il 3 ’y avait d’autres communications par terre qu'un chemin rudimentaire entre Roberval, sur le lac, et les ports de Chicoutimi et de la Grande-Baie, sur la rivière Saguenay, qui servaient de débouchés, pendant l'été, à tout ce vaste territoire. Encore, les bateaux à vapeur desservant cette ligne ne se rendaient-ils à ces deux ports que deux fois par semaine. Mais aujourd’hui, la Compagnie du Pichelieu, la plus importante des compagnies de navigation intérieure de la province de Québec, a établi un service quotidien de magnifiques paquebots, entre Québec et les deux ports cités ci-dessus, qui fonctionne pendant près de sept mois de l’année.

D'un autre côté, depuis 1888, une compagnie extrèmement entreprenante, qui a su passer à travers des obstacles insurmontables, a réussi à construire une ligne de chemin de fer qui s'étend de Québec à Roberval, du côté ouest, et jusqu'à Chicoutimi, du côté est.

Le point de bifurcation des deux bras de la ligne est un endroit appelé Chambord, à 180 milles de la capitale. Avant longtemps, la ligne sera prolongée jusqu’à la Grande-Baie, c’est-à-dire jusqu’à la tête de la navigation océanique de la rivière Saguenay. La Grande-Baie possède un vaste havre que les plus gros transatlantiques peuvent atteindre en toute süreté. I]

est question d'y raccorder à la voie ferrée une ligne de vapeurs rapides, ce qui augmentera du double les communications existantes.

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La compagnie du chemin de fer du Lac-Saint- Jean, qui a à cœur le défrichement rapide et la mise en exploitation de cette région éminemment productive, offre aux cultivateurs qui veulent s'établir au Lac-Saint-Jean des privilèges exceptionnels. Fille transporte gratuitement, de Québec au Lac, tous les colons de bonne foi avec leur famille, ainsi que les effets de ménage d'un poids n'excédant pas 300 livres pour chaque personne adulte, et 150 livres pour chaque enfant. |

Les colons de bonne foi qui désirent simplement d'abord examiner les terres, obtiennent des passages à moitié prix.

Ces privilèges sont accordés à tout aspirant colon, sur présentation d’un certificat du département de la Colonisation et des Mines.

Les trains circulent régulièrement, tous les jours et pendant toute. l’année, entre Québec, Roberval et Chicoutimi.

La partie de la contrée qui s'étend de Chambord à Chicoutimi est la plus anciennement peuplée ; elle contient d'importantes et florissantes paroisses, telles

entre autres Saint-Jérôme, qui renferme la plus belle

fromagerie peut-être de toute la province, Saint-Gédéon, Saint-Bruno, Hébertville, Jonquière, etc., etc.

Trois bateaux à vapeur font le service entre les différents ports du lac Saint-Jean. Ce sont le “ Colon ”, le “ Mistassini ” et le “ Péribonka ”. Ce service n’existe que depuis cinq ans. Le ‘“ Colon ” est spécialement affecté au transport des colons et de leurs effets, le tout gratuitement.

Depuis que les chemins de fer y circulent, la région du Lac Saint-Jean a changé complètement de physionomie. L'agriculture, l'industrie et le commerce se sont développés comme subitement. L'industrie du bois et l’industrie laitière, notamment, ont pris des proportions étonnantes. De tous côtés, il s'est établi des scieries, des fromageries et des beurreries. On compte vingt-deux fromageries dans le comté du Lac-Saint-Jean, et cinq beurreries et fromageries combinées. |

En 1871, la population de ce territoire n’était que de 17,493 habitants; en 1801, elle s'élevait à 38,281, et, en 1899, elle dépassait le chiffre de 50,000 âmes.

Dans l’espace de vingt ans, la production du blé a été portée de 10,912 à 154,590 minots. Tous les produits de la ferme ont augmenté dans la même proportion.

* * * - En 1888, première année d’exploitation, on avait

coupé sur les terrains bordant la ligne du chemin de fet 210,000 billots de bois. C’étaient là les débuts de

l'industrie forestière dans cette partie du pays. Aujourd’hui, le ministère des Terres Publiques en tire déjà un revenu suffisant à payer l'intérêt d'une grande partie des subsides votés en faveur de la compagnie du chemin de fer.

Les diverses industries qui alimentent le trafic de la région et le commerce du bois et de la pulpe donnent de l'emploi à près de 6,000 hommes.

En 1898, 1,100,000 billots de bois ont été coupés sur le parcours de la ligne. Bon nombre de scieries nouvelles ont été établies, dont la plus considérable est à Roberval. Celle-ci, propriété de M. B. A. Scott, peut scier tous les jours environ 100,000 pieds de bois. De cinq à six cents hommes sont employés dans les “ chantiers ”. Ces hommes sont en général des colons qui n'ont pas d’autres moyens de subsistance, l'hiver. L'été, il faut environ deux cent cinquante hommes pour faire le flottage du bois, le sciage au moulin et l'expédition. L'emploi d’un aussi grand nombre d'hommes, avec celui des chevaux qui sont nécessaires pour charroyer le bois et apporter les provisions aux chantiers, crée un marché local pour tous les produits de la ferme.

Le bois coupé et façonné par les scieries établies le long du chemin de fer du Lac Saint-Jean a suffi pour alimenter de cet article le port de Québec, depuis plusieurs années. En 1808, le chemin de fer a transporté 250,000 tonnes de bois de toute catégorie, y compris la pulpe, et près de 200,000 passagers.

La quantité de fromage transportée dans le cours de la même année a été de 2,179,986 livres, représentant une valeur d'environ 220,000 dollars ou 1,100,- 000 francs; on ne compte pas dans ce chiffre la quantité considérable de fromage qui a été expédiée sur les bateaux à vapeur. La nouvelle pulperie de Chicoutimi, dont on augmente actuellement le pouvoir de production de cinquante pour cent, a donné aussi elle une grande quantité de fret.

Le mouvement de la colonisation vers le district du Lac-Saint-Jean ne s'est pas ralenti dans le cours de l'année 1899. De nouveaux colons, au nombre de 1,022 y ont été transportés avec leurs effets de ménage. Environ la moitié de ces colons viennent des Etats-Unis, les autres en partie de la Nouvelle- Ecosse, en partie des vieilles paroisses de la province de Québec. Bon nombre d'entre eux se sont établis dans la vallée de la Péribonka, ou près de l’établissement des Trappistes.

La compagnie du chemin de fer fait particulièrement des efforts pour rendre efficace le mouvement qui a été inauguré en vue de rapatrier les Canadiens émigrés dans les Etats de la Nouvelle-Angleterre : on peut dire que jusqu’à présent elle y a réussi de façon suffisante à l’encourager dans sa louable entreprise.

On évalue à 2,300 le nombre de colons nouveaux qui, pendant les années 1897, 1898 et 1899, ont pris des terres dans la région du Lac.

Les produits laitiers transportés par le chemin de fer donnent les chiffres suivants:

En 1006: ts 1,318,865 livres En 1899... .... ..….. 2,149,996 livres

Nombre d'hommes employés dans les chantiers de bois:

TOO ts Re us … 4,000

Il s’est formé récemment à Québec un syndicat pour établir une ligne régulière de bateaux à vapeur entre Roberval, Péribonka et la nouvelle paroisse de Honfleur ; le syndicat se propose même de fonder une ferme expérimentale à ce dernier endroit.

On annonce en outre la formation d’une compagnie ayant pour objet d'établir des fabriques de pulpe et de papier, principalement aux chutes des rivières Péribonka, Mistassini et Chamouchouane, de construire des lignes de chemin de fer pour rattacher le lac Saint-Jean à la Grande-Baie, et enfin des lignes de télégraphe et de téléphone pour relier tous les endroits de la région.

La contrée du Lac-Saint-Jean est surtout propre à l'élevage des bestiaux. Le fourrage est tellement

riche que le mouton qu'on y élève est déjà renommé pour l'excellente qualité de sa chair, Bon nombre de wagons chargés de ces animaux ainsi que de bêtes à cornes sont expédiés chaque année sur les marchés des villes. On peut donc prévoir qu’à l'avenir | industrie laitière, déjà solidement établie dans le pays du Lac, y jouira pendant de longues années encore d’une prospérité toujours grandissante.

Les connaissances agricoles ont fait des progrès considérables dans la région du Lac Saint-Jean, grace à la propagande du “ Journal d'Agriculture Illustré”, aux efforts persistants et méthodiques du ministère de l'Agriculture et de celui de la Colonisation, grace aussi aux notions nombreuses répandues par les conférenciers agricoles et, enfin, à la détermination arrêtée des colons d’en finir avec les vieilles routines et de marcher hardiment dans les voies nouvelles.

Tant d'excellents résultats consolent de longues années d'inertie et font naître les plus fermes espérances pour l'avenir. Il existe maintenant un esprit et une méthode de colonisation; c’est cet esprit qui a inspiré la création spéciale d’un ministère de la Colonisation et des Mines. L'œuvre va être dorénavant poursuivie régulièrement et systématiquement, et elle réussira comme ont réussi toutes celles qui ont appliqué la méthode et l'esprit de suite au choix des moyens et à la mise à profit des ressources dispo-

nibles. La colonisation est enfin organisée et l'on sait aujourd'hui de quelle manière procéder pour arriver à des résultats certains. Il ne reste plus qu’à marcher résolument et intelligemment dans les voies tracées, à savoir les agrandir encore et à en ouvrir de nouvelles, en conservant toujours le même esprit initiateur et dirigeant. C’est là ce que tout le monde attend avec confiance d'un personnel comme celui qui a été appelé à la conduite du nouveau ministère de la Colonisation et des Mines, personnel d'élite et formé à l’école maitresse de l'expérience.

Les ‘Cantons du Nord” ou la ‘Région Labelle ”

L’immense étendue de pays qui forme le bassin inférieur de l'Outaouais ét qu’arrosent plusieurs des affluents principaux de cette grande rivière, pays communément appelé le “ Nord de Montréal ”, a pris durant la dernière décade un développement tellement rapide, tellement inattendu que l’observateur, habitué à l'antique allure de la colonisation, se sent tout dépaysé et dérouté au milieu des colonies nouvelles qui ont surgi et des noms inconnus qui remplissent son oreille. Il lui semble déjà loin le temps où le colon était obligé de porter sur son dos, à travers des sentiers à peine pratiqués, le sac de farine dont il allait tirer le pain de sa famille. Cela ne se voit plus aujourd’hui, et cependant c’est de l’histoire récente.

Tel colon qui, à l’heure actuelle, vit dans l'aisance sur une terre en plein rapport, a mangé de la galette de sarrasin pendant plusieurs années, et peiné comme une bête de somme dans des sillons ingrats, sur des lots de terre inaccessibles à tout secours humain.

Il n'y a pas plus de vingt ans, tout le pays compris entre Sainte-Agathe, à vingt lieues au nord de Montréal, et la “ Chute-aux-Iroquois ”, que l'on appelle aujourd’hui “ village Labelle ”, n'était qu’une forêt épaisse; même avant la construction du chemin de fer et la création des paroisses de Saint-Faustin et de Saint-Jovite, qui relient actuellement Sainte- Agathe à Labelle, on ne pouvait se rendre à ce dernier endroit, petit groupe d’habitations chétives élevé sur la rivière Rouge, que par un chemin horrible, praticable seulement dans les plus beaux jours, dérobé, la plupart du temps, sous les souches d’arbres laissées sur place, les rochers à fleur de terre et les ornières profondes d’où l'on n'arivait pas toujonrs à tirer les grossiers véhicules qui s’y aventuraient. C'était la seule route offerte aux colons; elle n’était pas même ouverte, elle avait été simplement tracée, avec quelques abattis d'arbres pour en indiquer le passage. Parfois la voiture qui portait la malle à la Chute-aux-Iroquois, une fois par semaine, y restait engloutie; alors, il fallait aller la chercher à cheval, et si le cheval lui-même ne passait pas, on restait privé de la malle. Cela durait jusqu'à dix à douze jours de suite, suivant les temps et les saisons.

Où il n'y avait que des sentiers il y a aujourd'hui des routes; ce qui n'était que des postes de chantiers, appelés “* Fermes ”, est converti en groupes coloniaux plus ou moins considérables, en petits villages, quelquefois en paroisses, Rien ne faisait soupçonner à cette époque qu'on osät jamais, en moins de dix ans, pratiquer un chemin de la rivière Rouge à la Lièvre, en pleine forêt, quand, sur les bords de la Rouge même, tout le sol était encore à l’état sauvage. Seul le génie divinatoire du curé Labelle avait devancé les temps et tracé un chemin de fer jusqu’à Maniwaki, c'est-à-dire jusqu'au cœur même de la vaste région septentrionale de la province.

Aujourd'hui, tous les cantons du nord communiquent entre eux par des chemins améliorés, en outre de l’ancienne communication par les lacs et les cours d'eau, qui est encore très commode, très agréable, et qui a conservé son caractère primitif, le charme et le pittoresque du paysage laurentien, si goûté des voyageurs. Les trois vallées de la rivière Rouge, de la Lièvre et de la Gatineau sont reliées entre elles par un excellent chemin carrossable, en attendant qu'elles soient rattachées à la vallée du Saint-Maurice et à celle du Saguenay, et par suite au bassin du lac Saint-Jean, par la ligne du “ Grand-Nord ”, dont la construction sera complétée en juillet 1900, et par celle de 1’ “ Occidental ”, sous le contrôle du ‘“ Pacifique Canadien ”, qui, actuellement, fonctionne de Montréal à Labelle et qui, dans deux ou trois ans d'ici, aura atteint Maniwaki, sur la Gatineau. De ce dernier endroit, elle ne tardera pas à se prolonger,

toujours en se tenant dans l'intérieur, à travers les immenses comtés d'Ottawa et de Pontiac, jusqu’à la colonie florissante du lac Témiscamingue, où elle sera parvenue enfin à l'extrémité occidentale de la province, après avoir parcouru, à partir de Montréal, un trajet d'environ quatre cents milles, ou 667 kilomètres. :

La Gaspésie

La vaste presqu'ile de la Gaspésie, qui n’est devenue en partie pays a, ricole que depuis un petit nombre d'années, comprend la fertile et florissante vallée de la Matapédia.

Jusque vers l’année 1870, les essais de culture dans la Gaspésie avaient été très précaires et très subordonnés à des circonstances purement locales. Depuis les premiers établissements, la population avait été formée et comme assujétie à l'exercice d’une industrie unique, celle de la pêche. C'était dans la Gaspésie une tradition dominante que ses habitants ne pouvaient être autre chose que des pêcheurs, et cependant elle renferme de larges étendues d'un sol égal à celui des meilleures parties de la province. L’impossibilité de réagir contre cette tradition funeste et l'absence lamentable de communications avaient empêché les Gaspésiens de faire le moindre effort pour sortir de l’état de vasselage où les tenait une occupation unique, tout entière du reste exercée

au profit des grandes maisons qui faisaient le commerce des poissons du golfe Saint-Laurent et de la baie des Chaleurs avec les pays étrangers, principalement avec l'Italie, le Brésil et la République Argentine.

Mais, aujourd'hui, la tradition a été démolie de tous les côtés à la fois; l'agriculture est victorieuse, et la Gaspésie apparait, dans certaines de ses parties en particulier, et notamment sur toute la côte qui borde la baie des Chaleurs, jusqu'à une distance prolongée dans l'intérieur, comme une région ayant enfin mérité d’être comptée parmi celles de la province où la culture est la plus productive.

Il y a quelques années, une colonie belge s'était établie sur un des points de la côte, à huit milles du rivage, auquel elle avait donné le nom de Musselyville, et qui est devenu rapidement un canton très prospère. C’est maintenant au tour d’une colonie française qui vient de choisir des lots entre Paspébiac et Port-Daniel, c'est-à-dire précisémerit au cœur des plus fertiles cantons de la Gaspésie.

Le gouvernement provincial s'est engagé à donner à tous ceux qui veulent s'établir en Gaspésie des lots de 40 et de 80 hectares de terre. De plus, pour aider et encourager les colons sérieux, sur chaque lot de cent acres (40 hectares), le gouvernement fait défricher dix acres de terre, y construit une maisonnette de seize pieds sur vingt, avec quatre fenêtres et une étable. Chaque ferme ainsi formée est offerte à loyer, moyennant la somme de trente dollars, ou 150

francs par année; le colon peut, s’il le préfère, devenir propriétaire du lot en payant au gouvernement une somme de trois cents dollars (1500 francs), en plusieurs versements successifs.

A Port-Daniel, endroit où Jacques-Cartier, le découvreur malouin, a mis le pied pour la première fois sur le sol canadien, le 20 juillet 1534, les familles qui voudront s'établir et prendre un lot, pourront défricher pour d’autres personnes à raison de huit dollars (40 francs) de l’acre, pendant tout l’hiver; on leur abandonnera en outre la récolte de la première année sur tout le terrain défriché par elles.

On logera gratuitement les familles à leur arrivée, pendant un mois ou deux.

Les colons qui auront abattu une dizaine d’acres de forêt, soit sur leurs lots, soit sur des lots d’autres personnes, recevront, comme prime d’'encouragement, deux barils de farine, trois quarts de patates (pommes de terre) et un quart de morue salée.

On annonce d'autre part, comme très probable, l'établissement d’une ligne de paquebots entre Bruges (Belgique) et Gaspé, un des plus beaux ports de mer, non seulement de la Gaspésie, mais encore de toute l’ Amérique.

Les Cantons de l'Est

La région qui porte le nom ci-dessus est la région agricole par excellence de la province de Québec, à cause de sa situation géographique remarquablement favorable et de la douceur relative de son climat. On y trouve des fermes admirablement cultivées, parfaitement outillées, des fermes-modèles véritables où la culture se fait suivant des règles et des méthodes sûres, auxquelles viennent s'ajouter tous les perfectionnements modernes.

L'ensemble de ce territoire, qu'on avait appelé jadis avec assez de raison “ les Cantons de l’Est ”, par rapport aux deux provinces réunies du Haut et du Bas-Canada, a gardé improprement ce nom qui devrait être converti aujourd’hui en celui de “ Cantons du Sud ””, par rapport à la seule province qui fait l'objet du présent ouvrage.

En effet, les “ Cantons de l'Est ” sont limitrophes des Etats du Vermont et du New-Hampshire, au 45e degré de latitude ; ils ne dépassent pas le 46e 20’ dans la direction du nord, et sont compris à peu près entre le 71e 15’ et le 73e degré de ‘ongitude ouest.

Ils contiennent bon nombre de centres populeux, très actifs, très industrieux, et, à la tête de tous, la

ville de Sherbrooke, qui compte au delà de dix mille âmes et qui est un des chefs-lieux les plus importants de la province.

Plusieurs lignes de chemins de fer traversent les “ Cantons de l'Est ” dans des directions différentes, et les communications y sont nombreuses.

Dans le principe, les “* Cantons de l'Est ” avaient été destinés à être peuplés par des colons de langue anglaise, afin de faire contre-poids au développement toujours croissant de la population franco-canadienne. On y avait établi en “ propriété libre ” les loyalistes américains, pour les récompenser de leur fidélité à l'Angleterre lors de la guerre de l’Indépendance. En outre, de larges apanages avaient été taillés au bénéfice de particuliers puissants et de la “Compagnie des Terres de l'Amérique Britannique”, qui les gardaient rigoureusement et apportaient toutes les entraves possibles à la colonisation. Maïs ces entraves durent céder un jour devant la poussée et la persistance de la colonisation franco-canadienne.

De nos jours, les “ Cantons de l'Est ” sont habités en majorité par des colons de race française. On pourra juger des progrès successifs que ces derniers ont accomplis si l’on applique à l’ensemble de ce territoire les statistiques de population comparée fournies par la ville de Sherbrooke, et que l’on trouvera dans le tableau suivant :

Recensement officiel de 1851-52:

Emigrants venant d'Angleterre... .. .

d'Ecosse.. .. .. ..

des Etats-Unis... .

‘* d'Irlande, 42 42 1 Canadiens-Français... .. ... .. .. ..

Nés en Canada et non Français.

Population totale... .. ...

Recensement officiel de 1870-71:

Anglais, Ecossais, etc.. .. .. .. .. ..

EPA S US nt 2s Canadiens-Français.. .. .... ..

Population totale.. .. .. .. .. ..

Recensement officiel de 1880-81 :

Anglais, Ecossais, etc.. .. .. .. .. ..

ÉTANdAISs: fs vod pe datant Ouf 0 Canadiens-Français.. ... ... ... .. ..

Population totale.. .. ..

Recensement local de 1808:

Anglais, Ecossais, etc... .... ....

ITANAAIS ue ur dem MAS Le

Canadiens-Français.. .. .

Population totale.. .. .. .. .. ..

Les sociétés de colonisation

Dans la province de Québec l'œuvre colonisatrice se fait en grande partie par les sociétés de colonisation, qui ont des agences établies dans différents centres, et jusque dans les Etats-Unis où des agents spéciaux travaillent en faveur du rapatriement.

La Société de Colonisation de Montréal et celle de Québec sont à la tête du mouvement. L'action de la société de Montréal est plus étendue, s'exerce de la façon la plus louable et la plus fructueuse. Klle a convoqué en 1898 un grand congrès de colonisation qui a été tout un événement dans la grande métropole de la province. On y a traité toutes les questions et discuté toutes les matières relatives à la colonisation, et tous les moyens les plus pratiques pour en activer le développement. Lee fait que la colonisation devient rapidement un des objets qui préocupent le plus l'attention publique a été rendu manifeste à tous les yeux. On a pu constater que son caractère officiel s'élargissait et s'ouvrait à l'intervention de tous les citoyens qui veulent apporter leur concours, quel qu'il soit, à l'œuvre patriotique par excellence. Aussi en est-il résulté une activité nouvelle dans les opérations de la société et la conscience désormais acquise pour tous que les efforts faits dans les directions indiquées, loin d’être perdus dans l’indifférence publique, éveillent au contraire la plus vive sollicitude.

La Société de Colonisation de Québec accomplit une œuvre très active, poursuivie avec un entrain, une persistance et une vigueur qui portent d’excellents et nombreux fruits. Cette société s'occupe tout particulièrement du rapatriement des Canadiens émigrés et de l'établissement du territoire du Lac-Saint- Jean. Elle travaille, dans ce but, de concert avec la compagnie du chemin de fer, laquelle apporte un concours des plus intelligents et des plus féconds en résultats.

L'agent principal de la société, M. René Dupont, se multiplie sur tous les points, visite sans relâche, l'un après l’autre, tous les endroits où il y a de la besogne à accomplir, fait des conférences, expédie des délégations, détermine des mouvements de colonisation par groupes, et a réussi enfin à faire du rapatriement des Canadiens émigrés aux Etats-Unis une réalité qui prend forme de plus en plus et devient une préoccupation de plus en plus intéressante.

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Les Sociétés de Colonisation ont pour objet avant tout l’adoption et la vulgarisation des meilleures méthodes de peuplement. Le plus grand obstacle qu'’elles rencontrent est dans l'insuffisance des chemins, tellement que, pour un bon nombre de personnes, le problème de la colonisation se réduit pratiquement à une question de voirie. Il faut y ajouter le main-

tien de prescriptions surannées et de formalités dila-

toires qui gênent énormément l’action des sociétés et rebutent les colons. Ajoutons encore l'insuffisance du budget, tout en faisant remarquer que le gouvernement a dépensé, en 1898-99, trois fois plus d’argent que les années précédentes pour les ponts et les chemins.

‘ Quant aux colons, ils abondent et attendent sur tous les points l'action du gouvernement,” dit M. le docteur Brisson, agent général de la Société de Colonisation de Montréal. ‘“ De chacune de nos vieilles paroisses partent annuellement des essaims de jeunes gens, appelés par vocation à la culture du sol et assez disposés du reste à s’y livrer, mais que les lenteurs administratives ou le manque de direction poussent fatalement vers les villes du Canada et des Etats- Unis.”

La classe ouvrière de Montréal, entre autres, fournit bon nombre de colons.

Quant aux Canadiens des Etats-Unis, il faudrait travailler surtout à détruire en eux un reste de défiance au sujet de la position qu'ils occuperont, une fois revenus dans leur ancienne patrie. Ils ignorent que le gouvernement est prêt à leur donner toutes les garanties possibles d'encouragement et de succès. Le gouvernement n’a plus désormais qu’à accorder des permis. de défrichement et à entreprendre des travaux publics pour procurer aux colons un travail rémunérateur, pendant qu'ils défrichent leurs terres.

A la suite de leur dernière réunion, les membres de la société de colonisation de Montréal ont résolu de demander au gouvernement: 1° la gratuité des terres pour les colons de bonne foi; 2° des subventions abondantes pour l'ouverture de chemins nouveaux et pour l'entretien des chemins déjà construits; 3° un service de guides pour diriger les colons dans le choix de leurs lots.

Du ter juillet 1897 au 1er juillet 1898 la Société de Colonisation de Montréal distribuait 2050 colons nouveaux dans les différentes parties de la province, et la Société de Québec en plaçait environ 1700. De ce nombre faisaient partie environ 700 Canadiens revenant des manufactures américaines, et près de 150 Français et Belges.

Les trois quarts de ces colons se sont dirigés vers les Cantons du Nord et le bassin du lac Saint-Jean.

Le chiffre des Canadiens rapatriés en 1897-98 a dépasse 4000 âmes.

Au bureau d'Immigration de la province on a enregistré 2205 émigrants venant d'Europe pour se fixer au milieu de nous. Ils sont répartis, suivant leur nationalité, comme l'indique le tableau suivant:

AND AIS: Sue sh abs Lis ail ECO ÉPBNAIS4 ne eu Hu de 345 Ecossais... ..... .... ins 4 PÉTANQUE pra na 288 Belges.... .... Dé As vues SEAL Autres nationalités. ... ... … 91

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Sur ce nombre on compte 1212 fermiers, 340 artisans et 653 femmes, domestiques et enfants.

Un certain nombre d’émigrants agricoles français ont été adressés par l'honorable monsieur Fabre, commissaire du Canada à Paris, et se sont établis dans la province; le nombre n’en est pas aussi grand que les années précédentes, par suite des efforts faits par le gouvernement pour porter les émigrants de France à aller s'établir dans les colonies françaises; en outre, le fait d’être obligés de prendre, dans un port de France, un paquebot en destination des Etats-Unis, voie plus coûteuse que celle du Saint- Laurent, empêche beaucoup d’émigrants français de se diriger du côté de la province de Québec.

Les tentatives faites jusqu'à présent pour fonder dans cette province de véritables colonies agricoles françaises ou belges n’ont pas réussi, parce qu’on a voulu établir des colons européens de la même manière que s’établissent les purs colons canadiens, et faire défricher des terres boisées à des gens absolument impropres à ce travail.

Les Français et les Belges ne connaissent rien au défrichement des terres boisées; ils n’en ont pas l’habitude et leur faire abattre des bois, dès leur arrivée, c'est les vouer d'avance au découragement et à la misère.

Pour empêcher ces déplorables conséquences, M. A. Bodard, agent d'émigration française au Canada, a acheté, dans le comté de Bonaventure, pour des familles françaises désireuses d’y immigrer, des terres complètement en labour, avec étables, granges et maisons où elles pourront loger dès leur arrivée. Il a de plus fr t à des défricheurs canadiens de leur payer huit üollars de l’acre défriché, et de leur laisser la récolte qu'ils obtiendront la première année sur tout le terrain défriché par eux.

Ces offres ont paru assez avantageuses pour déterminer 300 demandes de colons des Etats-Unis et du Canada, qui veulent s'établir dans la nouvelle colonie et travailler sur les lots des Français.

Le plan de M. Bodard, comme on peut le voir, assure trois résultats à la fois: il attire l’émigration française, favorise le rapatriement des Canadiens, lesquels n'étaient pas assurés jusque-là de trouver de l'ouvrage à leur retour dans le pays, et enfin empêche les Canadiens eux-mêmes, jusqu’à un certain point, de s’expatrier pour trouver des moyens de subsistance.

Tout le monde y trouve donc son compte, chacun travaille suivant son goût et ses aptitudes, et l’on ne saurait douter que la première colonie agricole française fondée sur une pareille base ne soit assurée du succès, dans un avenir plus ou moins rapproché.

Mouvement de la population dans l'Amérique britannique

En 1871, la Confédération canadienne, fondée

quatre ans auparavant, ne comprenait encore que les provinces d'Ontario, de Québec, du Nouveau-Bruns-

wick et de la Nouvelle-Ecosse.

L'ile du Prince-Edouard, non encore fédérée, comprenait 94,000 habitants.

Le Manitoba et la Colombie anglaise, à peine éclos à la vie politique, ne comptaient ensemble qu'une population de 56,240 âmes.

Le recensement de “ 81 ”, les provinces étant réunies et fédérées, au nombre de sept, donnait une population de 4,325,000 âmes ; celui de 1891, 4,833.- 240 âmes.

Sur ce chiffre, 648,000 personnes étaient nées à l'étranger.

La province de Québec comptait 1,488,535 personnes, dont 1,292,000 catholiques.

La province de Québec ne reçoit que très peu d'augmentation du dehors à sa population. En 1881, on n’y comptait que 76,802 individus nés à l’étranger, contre 1,282,225 nés au pays, et en I891, 82,021 nés à l'étranger contre 1,406,514 natifs de la province.

La population de la province de Québec était, en

1871, de 1,192,000 âmes ; en 1881, de 1,359,025 âmes, et en 1891 de 1,488,535 âmes.

La population rurale de la province comprend les huit-dixièmes de la population totale.

En 1881, la ville de Montréal comptait 155,237 âmes; en 1891, elle en comptait 216,650.

Aujourd’hui, l'on estime que la population de la ville, faubourgs et banlieue compris, dépasse le ch ffre de 300,000 âmes.

La population de Québec, qui n’était, en 1891, que de 64,000 âmes, en renferme aujourd’hui probablement 80,000, grâce aux progrès considérables qui s’y sont accomplis pendant la dernière décade et à un mouvement inoui de commerce et d'activité générale.

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