LES GRANDES PROPRIÉTÉS
Nous trouvons dans la correspondance du Département de l'Agriculture au sujet de l'émigration, une lettre adressée à l'honorable Premier Ministre en réponse à certaines questions que lui posait l'héritier d'un des gratds noms de France dans le but de se renseigner sur la possibilité de trouver dans la Province de Québec un établissement à sa convenance, Comme cette lettre résume d’une façon toute pratique les points principaux sur lesquels une famille habituée à l'aisance doit chercher à se renseigner, nous croyons qu'elle ne sera pas déplacée ici.
“ Vous m'avez fait l'honneur de me consulter sur la réponse que vous “avez à donner au sujet d’un établissement agricole qu’un personnage ‘ éminent de France aurait l'intention d'acquérir en cette Provinec “pour venir s'y fixer et la faire valoir. Voici en peu de mots les ob- ‘ servations que j'ai à faire sur le sujet.
“Il y a dans différentes parties de la Province nombre de belles pro- “ priétés rurales qui pourraient être achetées à des prix variant de 250 “frs, à 300 frs. l’arpent. Notre arpent est l'ancien arpent de Paris qui équivaut à un tiers d'hectare. La liste que vous en avez dressé ‘ vous-même offre un très beau choix, elle pourrait même être considé- “ rablement allongée, J ‘y ajouterais par exemple le fref Beaumanoir. ‘ situé dans la paroisse de Deschambault, et la seigneurie de Portneuf ‘ dans le comté de ce nom.
‘© Les scigneuries auraient probablement un attrait particulier pour’ “la famille dont il s'agit. Outre celles ci-dessus qui sont annoncées en ‘ vente il serait facile d'en trouver quelques autres. Comme placement “ je ne connais rien d'aussi sûr et d'aussi convenable à un gentilhomme * français que l'acquisition de quelques-unes de ncs seigneuries avec # moulinà-farine et pouvoir d'eau. Rien n'empécherait d'y joindre un “ domaine exploitable d'une certaine étendus, qui formerait un revenu : “ suffisant pour les besoins d'une famille habituée à vivre dans l’aisance.
# Pour préciser davantage, ainsi que vous m'en avez exprimé le dé- ‘sir, je crois qu'avec une somme de 100,000 frs. ou 820,000 de nôtre “monnaie, l'on peut acquérir un excellent fonds de terre de 300 arpents
‘* (disons én chiffres ronds de 100 hectares,) avec maison d'habitation ‘bâtiments de ferme convenables, ainsi que le bétail ct l'outillage né- * cessaires à l'exploitation. Au reste voici les détuils :
‘300 arpents à 850.00 l’arpent .............,........ $15,000
20 vaches à BU: ss secoue » sovoooservesnesie 600 6 chevaux dont 2 pour promenade..........,...... x 800 :* 20 beaux moutons à $10...,.................,.,,,.. 200 ‘ Porces et basse cour... uses. à 100 * Matériel d'exploitation, instruments aratoires..….... 1.000 ‘ Frais d'installation et changements. ........,......… 500
En tout .......…. Lhues Coe) . 518,200
‘ Les $1,800 qui restent pour atteindre les 820,000 pourraient bien
+: être absorbés par le prix d'achat que j'ai fixé au minimum de 850
‘: l'arpent.
J'ai discuté chacun de ces chiffres avec l'Hon. M. Dionne,
‘non chef, qui comme grand propriétaire rural connait à fond toute Lx * question et il les approuve.
‘Un domaine de cette étendue (300 arpents) convenablement ex-
& ploité devrait donner un revenu réguñr de pas moins de 4 à 5 par
M. Dionne m'aflirme que ses terres de Ste. Anne Jui donnent
En général les cultivateurs canadiens qui font valoir eux-
‘: mêmes leurs fermes arrivent facilement à se faire un revenu qui dé- ‘: passe huit pa” cent.
L'élevage des bestiaux, soit en vue de l'exportation, soit en vue de
:: [a propagation des races améliorées, est devenu depuis quelques an-
:' teurs.
‘nées une source de gros profits pour un grand nombre de nos cultiva- D'autres s'adonnent de préférence à la production du lait
“ pour alimenter les fabriques de beurre et de fromage qui s'établisscnt ‘‘de tous côtés. On caleule que les bonnes vaches laitières rapportent ‘ annuellement à leurs propriétaires de 825 à 840 par tête selon qu'elles sont plus ou moins bièn nourries.
‘* La culture de la betterave à sucre qui commence à s’introduire
‘: dans la province, offre encore une exploitation très-profitable et sur- ‘tout très-propre à rendre aux terres épuisées leur fertilité première.
Je joins à cette lettre trois brochures que vous\aimerez peut-être à ‘envoyer à M.... La carte de kk Province de Québee qui se trouve
‘* dans le Guide du Colon lui serait très utile, et je lui recommanderais ‘* surtout les premiers chapitres de la brochure intitalée ‘‘ La Province * de Québee et l’Emigration Européenne.” J'ai l'honneur d'être, Monsieur le Premier Ministre, Votre obéissant serviteur, ; $S. LESAGE, Asst. Comm. Agric. & Trav. Pub.
Le projet conçu par ce chef de grande maison de venir s'établir en Canada, a paru très-réalisable à tous ceux qui en ont pris connaissance tant on croit facilement à la réalisation. de ce que l’on désire, nous avons même enteudu exprimer à ce propos une certaine surprise que
( , l'idée de faire souche en Canada ne soit pas venue à un plus grand | \l nombre de familles titrées. Tout on ayant cessé d'être un pays de féoe, dalité depuis l'abolition du régime seigneurial en 1854, la Province de Êd Québec est restée sans préjugés à l'égard de la grande propriété, n:tu-
rellement sympathique à l'éclat des noms historiques honorsbiement portés. Au lieu d’user leur énergie à lutter contre un orère de choses
<dr qui tend de plus en plus à les éléminer de la hiérarchie sociale pour- | at quoi ces familles puissantes ne viendraient-elles pas en Canada. Elles x- ne trouyeraient pas ici de privilèges, cela est vrai, mais elles trouve- | 6: raient les traditions non interrompues des premiers colonisateurs | de la Nouvelle-France heureusement alliées aux institutions modernes. | de Elles verraient que nos pères ont importé avec eux la patrie. française ÿ Fe telle qu'elle était il y a deux cents ans, qu'ils nous l'ont transmise inn- tacte et avec elle la vieille eivilisation chrétienne d'alors que nous avons vit adaptée à nos besoins sans jamais rompre avec elle. nt [ s'est rencontré des voyageurs en renom, des correspondants de nt | grands journaux européens qui ont trouvé que le Canada et surtout la ; el- Provinee de Québec avait une certaine gaucherie native, que nos insti- Ë tutions sentaient le vieux, et que notre façon d'être et d'agir accusait tre | iwoins d’agilité dans l'allure que celle de nos voisins de la grande répudés blique, nous avons laissé dire ces voyageurs, ces journalistes, et nous l re. n'avons pas essayé de nous corriger, parce que justement la majorité ÿ d'entre nous se comptait dans ectte manière d'être et croirait s'ampina drir si elle er changeait. |
Aussi ne recherchons-nous en Europe que des gens disposés à s'accommoder de notre état social et politique et à devenir franchement Canadiens dès leur arrivée parmi nous. Ceux-là rençcontreront par-
tout l'accueil le plus sympathique et trouveront dans la Province de Québec une seconde patrie digne de tout leur attachement.
Eh