‹ La province de Québec [microforme]Chapitre 8 sur 47 · RU, LL · texte numérisé non relu

RU, LL

Les sommes énormes qu'absorbe partout ailleurs le maintien d’une armée, ont été appliquées ici à la création d'un magnifique réseau de voies ferrées et à faire du fleuve St-Laurent la plus grande artère commereiale de l'Amérique du Nord, le trait d'union le plus direct. entre les Etats de l'Ouest et le marché européen.

La ville de Québec, qui a été le berceau de la colonie canadienne, a été fondée par Samuel de Champlain en l’année 1608 et ce n’est qu'à partir de cette époque que les Français ont eu des établissiments permanents dans ce pays.

Distraits de l'agriculture par le commerce de pelleteries, sans cesse aux prises avec les tribus sauvages qui leur disputaient le sol pied à pied, ils s’écoula quelque temps avant que ri défrichements ne prissent une certaine importance.

La fondation de Montreal, en 1642, transporta à 60 lieues dans l'intérieur un nouveau foyer de colonisation qui, grâce au zèle et à la générosité de ses promoteurs, ne.tarda pas à lutter d'importance avec le premier. $

En 1663, la création d'un conseii d'administration appelé Conseil Souverain, mieux connu sous le nom de Conseil Supérieur, dota la colonie d’un gouvernement civil en rapport avec ses besoins. Cette nouvelle organisation, jointe à l'établissement de tribunaux réguliers et à une protection plus marquée de la métropole, imprima un essor considérable à ses développements.

Dès l’origine, les terres propres à la culture qui bordent le fleuve St-Laurent avaient été divisées en seigneuries de plusieurs lieues de superficie, et concédées aux colons qui, par leurs états de service militaire ou par leur naissance, en étaient jugés dignes, à la charge par eux d'y établir, sous un certain délai, un nombre déterminé de colons et d'y bâtir un moulin pour moudre les grains de leurs ceusitaires.

À défaut par le seigneur de remplir ces conditions, il était déchu de son droît et la seigneurie était réunie au domaine royal.

id

Ces obligations imposées aux concessionnaires de seigneuries, contribuèrent grandement à accélérer les défricherments dans la colonie. Les seigneurs, dans le but, de conserver leurs privilèges, se trausformaient en autant d'agents de colonisation ; éur, si les colons faisaient défaut dans leurs domaines, il leur fallait à tout prix en faire venir de France, C'est ainsi que la plupart de nos seigneuries ont été établies. Les régiments licenciés dans les colonies à divers intervalles ont aussi fourni un contingent considérable, tant de seigneurs que de censitaires,

On appelait censitaires les propriétaires dés terres concédées dans les seigneuries, Le seigneur était tenu de faire cette concession sans deniers comptants, à la charge d'une simple rente d'un sou et d’une pinte de blé par arpent en superficie. À chaque mutation de propriété par vente ou acte équipollent, le seigneur avait droit à un douzième de la terre vendue. De plus, le censitaire était tenu de faire moudre au moulin du seigneur le grain qui servait à la subsistance de sa famille; en payant pour droit de mouture la quatorzième partie du grain porté au moulin.

Loin d'être à charge à leurs censitaires, les seigneurs étaient leurs protecteurs. naturels : ils restèrent longtemps fidèles à ce noble rôle. Ils étaient parmi les colons les plus hauts représentants de l'autorité civile et en temps de guerre c'étaient eux qui les conduisaient au ecmbat.

Appartenant pour la plupart à l'ancienne noblesse de France, ils n'eurent pas de peine à faire accepter et à maintenir l'ascendant qui leur était assigné dans cette société nouvelle,

Leur éducation, leur savoir, leur esprit de libéralité et leur fortune relative les eussent aisément désignés d'ailleurs à la considération de leurs subordonnés, lors même que la hiérarchie territoriale ne les eût pas placés à la tête de l'organisation civile et militaire de la colonie.

Constamment en rapport avec la France, ées grandes familles entretinrent parmi le peuple les vieilles traditions de la mère-patrie, jusqu'à ce que l'éducation fût assez avancée dans la colonie pour en être la dépositaire.

Je que furent les seigneurs dans l'ordre civil, le clergé ‘catholique le fut d’une manière plus sensible encore dans l’ordre religieux.

Dès que les colons commencèrent à :8 répandre et à se grouper sur les bords du St-Laurent, les besoins du culte religieux firent naître

l'organisation paroissiale qui, dans la p'atique, élimina bientôt les cir-

conscriptions seigneuriales.

DEA |, Pt

Les trois villes de Québec, Trois-Rivières et Montréal, furent d'abord constituées en paroisses, Ensuite, chaque nouveau groupe de population, à mesure qu'il devint assez nombreux et que son territoire défriché prit assez d'extension, se détacha de la ville voisine; ainsi de proche en proche se forma sur les deux rives du fleuve cette double rangée de paroisses qui se déroule sans interruption d'une extrémité de la province à l’autre.

Grâce à la fertilité du sol, à un travail opiniâtre et à une vie simple, les colons ne tardèrent pas à vivre à l'aise.

Petit à petit, la modeste chapelle en bois érigée au centre de chaque paroisse fit place à l'église en pierre surmontée d'un élégant clocher; l'église bâtie, le presbytère et la salle publique suivirent de près; le presbytère, résidence du curé; la salle publique, lieu de réunion où s’assemblent les 1. «ncs-tenanciers, pour conférer ensemble sur les questions d'interêt public et faire choix de leurs officiers de voirie.

Telle était la colonie lorsqu'éclata la guerre qui, en 1760, mit fin à la domination française en Canada, Appauvrie par cette. lutte qui durait déjà depuis cinq ans, et par une disette de deux années consécutives, la colonie perdit encore par la conquête un nombre considérable de citoyens marquants qui préférèrent passer en France plutôt que de se soumettre à la couronne britannique.

A l'époque où la Nouvelle France fut cédée à l'Angleterre par le traité de Paris, en 1763, elle comptait environ 70,000 habitants d'origine française. Conformément aux actes de capitulation ratifiés par le traité, les lois civiles qui avaient régi jusqu ‘alors la colonie et les institutions qu'elle possédait, furent finalement maintenues dans leur. intégrité.

Les commencements de la domination nouvelle ne furent pas cepen-

dant sans donner lieu à beaucoup de malaise, ni sans retarder considérabiement les progrès de la colonie.

En 1791, l'introduction du régime constitutionnel et la division du Canada en deux proviaces inaugurèrent une ère de paix et de prospérité pour la colonie. La population d'origine française qui, grâce à sa prodigieuse vitalité, s'était plus que doublée depuis la conquête, se trouva maîtresse de ses destinées dans le Bas-Canada, aujourd'hui la Province de Québoc.

DE, | Ur

De son côté, l'élément britannique, grossi par l'émigration européen ne aussi bien que par l'accession des royalistes américains qui, après la guerre de l'indépendance, avaient abandonné les Etats-Unis, domina sans contrôle dans le Haut-Canada, aujourd'hui la Province d'Ontario. Ainsi débarragsées des rivalités de races qui auraient pu leur nuire, les deux Provinces grandirent côte à côte, développant chacune les institutions qui lui étaient propres.

La constitution de 1791, si libérale qu'elle fût sous certains rapports, laissait néanmoins beaucoup à désirer, en ce que le ministres de chaque province se trouvaient en dehors du contrôle & ‘fgislature, A divers intervalles, les mesures arbitraires de ces gouve : ments irresponsables amenèrent de graves conflits entre le pouvoir exécutif et la majorité des représentants du peuple. Dans le Bas-Canada surtout, ces griefs politiques, joints aux susceptibilités nationales souvent blessées, prirent vers 1834 le car: ère d’une bouillante agitation. Petit à petit, les luttes du parlement furent transportées parmi le peuple, et en 1837 l'insurrection éclata. Victorieux d’abord, les insurgés, presque sans armes et dépourvus d'organisation, furent bientôt mis en déroute ; la constitution fut suspendue, et la loi martiale proclamég. Dans le Haut-Canada l'agitation, purement constitutionnelle à son origine, s'envenima aussi au point de requérir la répression à main armée.

A la suite d’une enquête minutieuse sur les causes de ces troubles, le Parlement Britannique, dans le but d'y mettre fin, décréta l'Union Législative des deux'Canadas, qui fut proclamée en 1841, après avoir reçu dans le Haut-Canada la sanction du Parlement, et dans le Bas-Canada celle du Conseil Spécial, qui avait exercé dans cette province les fonctions législatives durant la suspension de la constitution.

La nouvelle constitution, tout en établissant l'unité législative entre les deux provinces, laissait néanmoins subsister leurs limites respectives, et décrétait l'égalité de représentation entre elles. Aussi le Bas- Canada, dont la population dépassait alors de près d’un tiers celle du Haut, accueillit-il l’ Acte d'Union avec la plus grande répugnance. Cependant, se voyant impuissants à modifie: l’ordre de choses qui leur était ainsi imposé, les Canadiens-français résolurent d’en tirer le meilleur parti possible. D’heureuses alliances, formées entre leurs ehefs

et ceux du parti réformiste du Haut-Canada, les mirent bientôt à

même de reconquérir leur légitime influence un instant menacée, et

RE de Gé Lun

d'app'‘quer enfin dans leur plus libérale acception les principes du gou: vernement responsable,

Une fois l'équilibre politique établi entre les deux provinces, la concentration de leurs ressources, la combinaison. de leurs aptitudes et de leurs tendances diverses les mirent bientôt en position d'avancer d’um pas rapide dans la voie du progrès.

J'est alors que l’education primaire commença à s'établir sur les larges bases qu'elle a conservées depuis, en les perfectionnant. Quelques années plus tard, on vit apparaître le régime municipal, cette autre école primaire où le peuple apprend à faire fonctionner en petit les institutions parlementaires qui le régissent. A l'aide d'u magnifique système de canaux, la navigation du St. Laurent fut ouverte sans : interruption jusqu'aux grands lacs qui l’alimentent, et offrit aux produits de l'Ouest le débouché naturel qui les a toujours attirés depuis, et finira par être leur unique route vers les marchés européens, |

Tandis que ces importantes transformations s'opéraient sur le St, Laurent et ses principaux tributaires, un vaste réseau de chemins de fer, de lignes télégraphiques réunissait les uns aux autres les grands centres commerciaux et agricoles des deux provinces, et faisait à travers les forêts de larges trouées qui ne tardaient pas à se couvrir d’in- trépides défricheurs.

L'élan imprimé au pays par l'accomplissement de ces grandes entre prises donna au commerce, à l'industrie et à l’agriculture un vigoureux essor que l'abolition du régime féodal vint seconder fort à propos. Les idées, les habitudes avaient bien changé depuis l'introduction du sys tème seigneurial dans la colonie ; les fluctuations du commeree, Vaetivité imprimée aux affaires rendaient les mutations de prupriétés: fréquentes. Au lieu d’être pour le censitaire une protection comme au- . trefois, le droit du seigneur gênait les transactions journalières et : empêchait les capitaux de se diriger vers les améliorations agricoles; il : fallait s’en débarrasser. Cette institution séculaire, qui ailleurs n'a vait pu être renversée qu'après des luttes sanglantes, fut supprimée ici au nom de l'intérêt public sans la moindre difficulté,

En 1854, tous les droits casuels de seigneurs, tels que lods et ventes, banalité, retraît, etc., étaient déclarés abolis par le parlement canadien, et plus de trois millions de piastres étaient votées pour indemniser les seigneurs de la suppression de leurs privilèges. De tout le

1 Logis

régime féodal, il ne rest. pius sur les propriétés qui y étaient soumises que la faible rente foncière moyennant laquelle elles avaient été concédées, et encore cette rente fut-elle déclarée rachetable à volonté par le censitaire.

L'administration ge la justice qui, jusqu'à 185%, était restée concentrée dans les principâles villes de la province, et ne comprenait que sept grands districts, fut remodelée de manière à former vingt districts. soumis à un seul tribunal d'appel. Outre l'avantage immédiat de mettre la justice à la portée de tout le monde, la décentralisation judiciaire eut encore l'effet de disséminer dans les districts ruraux le trop plein des hommes de profession jusque là formés et établis presqu'exclusivement dans les villes. Aujourd'hui, la diffusion de l'éducation «classique aidant, chacun de ces districts constitue par lui-même un «entre d'activité intellectuelle et politique, qui-produit ses magistrats, -8es prêtres, ses journalistes, ses hommes politiques, et qui, à un moment donné, exprimerait un idée qui lui serait propre. = Comme complément à ce nouvel ordre de choses, est venue la codifi- | œation des lois civiles et commerciales, ainsi que des lois de procédure | civile du Bas-Canada, qui a réuni dans un même corps de lois ia vieille | Coutume de Paris, que nous avait léguée l'ancienne France, le droit | | |

it té em ré

SSSR ne 2 om RE 5 —

ES

LS EEt-0

commercial anglais, nos lois provinciales, la jurispruence de nos tribunaux, et les doctrines de ja jurisprudence moderr.e, en autant qu’elles f | pouvaient s'adapter à nos usages et à notre ét:6 de société, Cet en- | semble de lois s'appelle le Code Civil et le Code de Procédure Civile Pl du BaCanada. Ces deux Codes ont été promulgués en langue fran- .çaise et en langue anglaise ; ils sont le fruit du travail combiné de six . de nos jurisconsultes les plus éminents pendant une période - de près de . dix années. Nous en sommes fiers, parce qu'ils sont pour notre jeune sociéte une garantie de stabilité et de bonne harmonie, et que le nom- , bre des peuples qui ont pu se donner une complète législation écrite est

| «encore fort restreint. )

| Tandis que les progrès que nous venons de noter s'accomplissaient | | dans le Bas-Canada, un mouvement parallèle développait rapidement pe] | les ressources de Haut-Canada, tout en perfectionnant ses institutions. | Les mécontentements suscités à l'époque de l'Union parmi les Bas-Cail nadiens, par suite de l'égalité de représentation accordée au Haut- HNMiL. Canada, malgré scn infériorité numérique, s'étaient calmés peu à peu

ot

à mesure que l'équilibre s'était rétabli entre la population des deux provinces. Grâce à l’émigration considérable qui lui était venue des Iles Britanniques, la population du Haut Canada, lors du recensement de 1861, dépassait de près de trois cent mille âmes celle du Bas. Les rôles étaient désormais intervertis; l'ambition politique s’en méêla, et les Haut-Canadiens ne cessèrent dès lors de réclamer un accroïssement de représentation proportionné à l'excédant de leur population. Le Bas-Canada qui, à l’époque de l'Union, avait eu à se plaindre d'une disproportion bien autrement provoquante, opposa une résistance: inébranlable à cette prétention. Les partis politiques, désorganisés par cette question absorbante, se succédaient au pouvoir les uns aux autres, incapables de lui trouver une solution satisfaisante.

Les choses en étaient là, lorsqu’en 1864 les provinces Maritimes, désirant former une confédération entre elles, se réunirent en convention à Charlottetown, Ile du Prince-Edouard, pour jeter les bases de l'union projetée. Les membres de l'administration canadienne, dont: quelques-uns, depuis 1859, méditaient une confédération qui embrasserait toutes les provinces anglaises de l'Amérique du Ncrd, trouvèrent le moment propice pour lancer ce projet. Ils sollicitèrent et obtinrent admission à la convention de Charlottetown. Un peu plus tard, les délégués de toutes les provinces se réunissaient à Québec, et; adoptaient le projet de confédération, qui en 1867 est devenu la constitution de la Puissance du Canada.

Telle est en peu de mots l'histoire des vicissitudes et des progrès de la Province de Québec, depuis ses commencements Jusqu'à ce jour.

Page 1