POPULATION
Le recensement de 1881 qui vient d'être publié porte le chiffre de Iæ population de la province de Québec à 1,359,027 habitants, dont: 1,073,820 d'origine française, 123,749 d'origine irlandaise, 81,215 d'origine anglaise, 54,923 d'origine écossaise, 8,943 d'origine allemande, 7,515 sauvages, et le surplus de diverses autres origines, Sous le
rapport religieux, la population se répartit comme suit: catholiques, 1,170,718, église d'Angleterre, 68,997, presbytériens, 50,287, métho-
distes, 39,221, baptistes, 8,853. Le reste appartient à différentes con
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grégations religieuses peu importantes en nombre. La population d'origine française occupe à elle seule presque tout le bassin du St. Laurent, et elle se répand rapidement dass les autres parties de la province, La population originaire des Iles Britanniques est surtout concentrée dans les villes, elle domine dans la partie sud des Cantons de l'Est et dans la vallée d'Ottawa.
La diversité d'origines et de langues, loin d'être une causs de fai- ‘blesse pour notre population, est considérée par un grand nombre comme un élément de progrès et d'activité. (Chaque race apporte dans le mouvement régulier de notre jeune société ses aptitudes particulières et son génie spécial ; de la combinaison de ces forces naît une saine émulation, et de là une impulsion vigoureuse dans toutes les carrières qui nous sont ouvertes.
D'après des renseignements puisés aux meilleures sources, il appert que le nombre des émigrants français qui passèrent de France au Canada, depuis l'établissement de la colonie jusqu’à la prise de Québec en 1759, c’est-à-dire dans l’espace de :: t quarante ans, ne s'est pas élevé à plus de dix mille personnes à. deux sexes. Ainsi qu'il a déjà été dit précédemment, lors du traité de Paris par lequel le Canada fut cédé à la Couronne Britannique, la population française s’élevait à 70,000. Le changement de domination ayant coupé court X toutes leurs relations avec l’ancienne mère-patrie, les Canadiens restèrent, ‘socialement parlant, ce que les avait faits la France de Louis
XIV, et n'augmentèrent désormais en nombre que par leur expansion maturelle, c'est-à-dire par l’excédant des naissances sur les décès.
Un écrivain français de beaucoup de mérite, M. E. Rameau, qui a visité ce pays, il y a vingt ans, et qui a fait une étude approfondie de
a colonisation française en Amérique, a retracé avec une grande précision les sources de provenance des différents groupes de population franco-américaine. Dans son livre intitulée : La France «xx Colonies, äl résume en ces termes, aussi frappants d’exactitude que remarquables ‘de forme, le résultat de ses recherches au sujet des Canadiens-fran- .çais :
:# La population qui fait l'objet de cette étude, dit-il, n'a point eu pour origine, comme plusieurs ont pu le penser, quelques aventuriers, quelques hommes de hasard, quelques individus déclassés et enrôlés par l'Etat. Ce fut l'immigraiion réelle d'un élément intégral de la
nation française, paysans, soldats, bourgeois et seigneurs; une colonie dans le sens romain du mot, qui a importé la patrie tout entière avec elle. Le fond de ce peuple, c'est un véritable démembrement de la souche de nos paysans français ; leurs familles, cherchées et groupées avec un soin particulier, ont transporté avec elles, les mœurs, les habitudes, les locutions de leurs cantons paternels, au point d’étonner “encore aujourd’hui le voyageur français; ce sont aussi des soldats licenciés s'établissant sur le sol, officiers en tête, sous la protection du drapeau; voilà les principes essentiels et originaires de la population canadienne.”
Depuis la cession du Canada par la France à l'Angleterre, l’immigration française en cette province 2 été à peu près nulle; le: exceptions sont si rares, que l'on peut dire qu’elle a complètement cessé jusqu’à l’année 1871 : grâces à l’active propagande organisée en France et en Belgique, un faible courant a commencé à s'établir en 1871 ; au-delà de 700 émigrants nous sont arrivés de France en 1872 et environ 300 de la Belgique.
Les premiers émigrants anglais arrivés iei à la suite du traité de Paris en 1763, s’établirent dans les villes et se livrèrent exclusivement au commerce dont ils conquirent en peu de temps le monopole, grâce à la disparition des anciens négociants que la conquête avait camplètement ruinés pour la plupart. Depuis le commencement de la guerre, les monnaies d’or et d'argent avaient presque cessé de circuler ; on les avait forcés d'accepter au pair les assignats du gouvernement, et finalement ces assignats avaient été répudiés. (Ce ne fut que vers 1832 que les Canadiens commencèrent à se relever de ce grand désastre commercial, à se créer un crédit en Europe, et à reprendre petit à petit, leur place dans les hautes opérations du négoce.
Ainsi que nous l'avons déjà remarqué précédemment, la guerre de l'indépendance américaine jeta en Canada un nombre considérable de royalistes, qui préférèrent le vieux drapeau à la jeune république qu'ils avaient combattue. En reconnaissance de leur fidélité, le gouvernement anglais leur offrit de magnifiques concessions de terres dans les Cantons de l'Est et dans la fertile péninsule formée par les grands lacs du Haut-Canada. La majorité alla du côté où le sol paraissait plus séduisant, et commença, à proprement parler, la colonisation de la Province d'Ontario. Lesautres winrent s'établir dans la partie sud
des Cantons de l'Est, aux environs de la rivière St. François, et formèrent dans la Province de Québec, la première colonie agricole d’'origine britannique. Pendant longtemps la plupart des émigrants des Iles Britanniques se dirigèrent de ce côté par petits détachements, et y formèrent un district florissant à l’image de leur mère-patrie. Plus tard, ils se portèrent dans la vallée de l’Ottawa, où, grèce À l’exploitation des forêts, ils ne tardèrent pas à fonder des établissements prospères.