FLEUVES
dix-huitième siècle, destinés à devenir avant peu l'un des plus vastes champs de l'activité humaine, l'une des plus abondantes sources de production et de prospérité. "
LE SAINT-LAURENT
Dans la plus grande partie de sa longueur, la province de Québec est traversée par le fleuve Saint-I^aurent qui, à partir de sa source, en plein cœur du continent américain, à 3500 milles de son embouchure sur l'Atlantique, descend d'abord, comme une modeste rivière, ayant l'air de dérober sa course, jusqu'à la première des grandes mers intérieures d'eau douce de l'Amérique, jusqu'au lac Supérieur, oii il semble se perdre pour toujours au regard. Il en ressort néanmoins par le Sault Sainte-Marie et entre dans le lac Huron, où il s'engloutit de nouveau pour réparaître encore, sous le nom de rivière Sainte-Claire, laquelle le conduira jusqu'au lac Erié, et de là, par la rivière Niagara, juqu'au lac Ontario, d'oii il sortira enfin,, sous son véritable nom, et coulera entre les
rives de la province d'Ontario et celles des Etats-Unis, jusqu'à ce qu'il atteigne l'île de Saint-Régis, A partir de ce point, il entrera résolument dans la province de Québec et la parcourera exclusivement, en la séparant en deux parts fort inégales et fort différentes l'une de l'autre, sur un parcours de 1700 kilomètres, jusqu'à ce qu'il aille se jeter dans le golfe qui porte son nom et qui transmet l'énorme volume de ses eaux à l'océan Atlantique.
Pendant longtemps, le Saint-Laurent coule sur une largeur inégale, tantôt resserrant, tantôt élargissant son cours, parfois se déployant au point de former des lacs, comme ceux de Saint-François, de Saint-Louis, de Saint-Pierre, offrant çà et là des largeurs de quatre à cinq kilomètres, d'autres fois se rétrécissant à deux kilomètres, jusqu'à ce qu'il atteigne l'extrémité inférieure de l'Ile d'Orléans, trente-cinq kilomètres en aval de Québec, la capitale de la province.
A partir de ce dernier point, son cours prend désormais un développement assuré et progressif. Au début, il aura vingt kilomètres de largeur et ne cessera de s'ouvrir de plus en plus, jusqu'à ce qu'il atteigne la Pointe-des-
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Monts, sur la rive nord, quatre cents kilomètres plus bas, point où son élargissement devient subitement tel que, de fleuve, il se transforme en golfe. Désormais, il s'épanchera en ondes semblables à celles de l'Océan qu'il ira bientôt rejoindre, après avoir baigné les rivages du Labrador canadien, ceux de l'ile d'Anticosti, de la Nouvelle-Ecosse, et enfin de l'Amérique Britannique, qui, dans les parages brumeux et souvent orageux du golfe, apparaît comme une oasis verdoyante de cent trente kilomètres de longueur, où l'hiver n'a plus de rigueurs et où le sol ofifre l'aspect d'une végétation des plus luxuriantes.
A son entrée dans l'Atlantique, l'estuaire du Saint-Laurent a une largeur de 170 kilomètres ; 750 kilomètres plus haut, à la Pointedes-Monts, à l'entrée du golfe, sa largeur est réduite à 65 kilomètres.
De là, en remontant toujours, les rives du grand fleuve se rapprochent graduellement, jusqu'à ce que, devant Québec, elles ne lui accordent plus qu'un passage d'environ deux kilomètres de largeur, ce qui n'empêche pas la navigation en eau profonde, pour les vaisseaux océaniques du plus fort tonnage, de se prolon-
ger encore trois cents kilomètres plus haut, jusqu'à Montréal, la grande métropole commerciale du pays.
Poussé par la formidable marée de l'Océan et du Golfe, le Saint-Laurent, deux fois par jour, remonte vers sa source jusqu'à près de six cents kilomètres de la Pointe-des-Monts, devant Trois-Rivières, une des principales villes de la province en importance et l'une des plus avantageusement situées. Elle est construite au pied même d'un affluent considérable du Saint-Laurent qui porte le nom de rivière Saint-Maurice.
L'effort que la marée impose au fleuve pour remonter contre son cours est si violent qu'il entraîne avec lui ses ondes salées jusqu'à une soixantaine de kilomètres en aval de Québec, endroit où l'afïlux énorme des eaux douces arrivant des grands lacs l'emporte sur les ondes de la marée devenues saumâtres, et les noie dans leur masse profonde.
Et maintenant, que dire de la navigation fluviale intérieure ? Aucun pays au monde ne
présente d'aussi nombreux et importants cours d'eau, distribués comme d'après un plan conçu d'avance, d'une si admirable disposition, d'une synthèse si bien ordonnée, que l'on peut retracer aisément le rôle que chaque rivière, même de dimension modeste, doit jouer dans la circulation générale. En creusant à travers la province de Québec l'entaille profonde de son lit, le Saint-Laurent ne l'a pas divisée en deux moitiés égales, loin de là : l'une, la rive sud, n'est qu'une bande de terrain étroite, par endroits même ne dépassant pas vingt-cinq kilomètres de largeur, qui s'interpose entre la rive du fleuve et la frontière des Etats-Unis ; l'autre, la rive nord, s'étend à travers d'innombrables lacs, sur une largeur de neuf cents kilomètres, rayée en tous sens par des afliiuents nombreux qui charrient la dépouille des forêts et portent la vie, des limites les plus reculées jusqu'au cœur des régions qu'animent le commerce et l'industrie.
Le Saint-Laurent a trois grands tributaires principaux qui ne le cèdent en rien aux plus
importants fleuves de l'Europe : ce sont l'Outaouais, le Saint-Maurice et le Saguenay.
Ces tributaires, avec leurs affluents grands et petits, en nombre incroyable, arrivent du nord lointain, des plaines immenses et marécageuses qui forment, entre le bassin de la mer de Hudson et celui du Saint-Ivaurent, une séparation indécise ; ils ont, dans leur course puissante, traversé la barrière que leur opposait la chaîne des Laurentides, et à travers les rochers ils se sont fait un chemin qui les conduit jusqu'au fleuve, en leur faisant exécuter des bonds prodigieux qui, sous le nom de chutes ou de cascades, atteignent parfois jusqu'à 40 ou 50 mètres de hauteur.