LE TEMISCAMINGUE
Le lac Témiscamingue, qui n'est à proprement parler qu'une expansion de la rivière des Outaouais, occupe la limite occidentale de la province de Québec, qu'il sépare, au 47e degré de latitude nord, de la province voisine d'Ontario. Il a une longueur de 120 kilomètres, et une largeur qui varie de 6 à 10 kilomètres. Il est navigable pour les navires même de fort tonnage, et justifie ainsi son nom qui, en langue indienne, veut dire " Eau profonde ". Les rivières dont il reçoit les eaux égouttent un bassin qui n'a pas moins de 18, 000,000 d'acres carrés. On y voit d'admirables terrains agricoles devenus, depuis quelques années, sous le nom de " région du Témiscamingue ", une des parties de la province que
la colonisation a adoptées de préférence pour y faire fructifier son œuvre et donner à l'élément franco-canadien une nouvelle force du côté de l'ouest, point d'attraction des courants d'émigration moderne, champ plus vaste et plus libre offert à l'énergie colonisatrice.
Le pays situé à l'est du lac, dans la province de Québec, forme un gracieux développement d'ondulations, sans montagnes, sans rochers, où croissent le pin blanc, l'épinette, le cèdre, le sapin, le tremble et le bouleau. Quelquefois aussi, à de rares intervalles, on y trouve des érables et des merisiers par groupes clairsemés et solitaires.
Ces ondulations s'étendent sur des centaines de milles et présentent aux rayons du soleil une surface qu'il réchauffe aisément, en lui assurant un climat moins rigoureux et plus uniforme que dans plus d'un comté des bords du Saint-Laurent.
LE SAINT-MAURICE
La rivière Saint-Maurice coule de l'ouest à l'est sur une longueur d'environ 350 milles, et débouche dans le fleuve Saint-Laurent, près
de la ville de Trois-Rivières (lat. nord, 46-25). Les nombreux rapides, les cascades et les chutes distribués sur le cours du Saint-Maurice et de ses affluents, constituent un ensemble admirable de pouvoirs hydrauliques. De plus, les forêts qui couvrent encore la plus grande partie du sol, pourront approvisionner de combustible, pendant une longue succession d'années, les manufactures ou les usines qu'on y construira, et que l'on a déjà commencé d'y construire sur une très grande échelle.
Au nombre des chutes qui naissent du cours du Saint-Maurice, mentionnons entre autres, parmi les principales, celles de La Tuque, de Grand' Mère, de Shawenegan, des Piles et des Grès.
La chute de La Tuque, qui peut fournir un pouvoir hydraulique d'une très grande puissance, vient s'abattre dans une large et paisible baie, l'un des endroits les plus poissonneux du Saint-Maurice.
Placé à la tête de la navigation de la rivière, entouré d'un pays fertile, servant d'in-
termédiaire au commerce de la compagnie de la Baie d'Hudson avec les Trois-Rivières, à portée de communications faciles et assez rapprochées avec le lac Saint-Jean par la rivière Croche, pourvu de grandes estacades pour retenir le bois de commerce amené par les tributaires du Saint-Maurice, le poste de I^a Tuque peut s'attendre à un rapide développement, à sa rapide transformation en une cité d'avenir.
Depuis vine dizaine d'années des villes florissantes ont surgi comme par enchantement là oii il n'y avait que la forêt. C'est ainsi que l'on peut citer Grand'Mère et Shawinigan.
La création récente à Grand'Mère de deux gigantesques fabriques, l'une pour la pulpe et l'autre pour le papier, a déterminé à cet endroit, qui était encore absolument vierge d'habitations et de culture, il y a quelques années, la fondation d'un centre de population et d'activité qui compte déjà plus de quatre mille habitants. Voilà des faits qui démontrent l'avenir brillant réservé à cette région.
Le territoire arrosé par la rivière Saint-
Maurice et ses affluents comprend quatorze millions d'acres, dont pas plus de trois millions sont propres à la culture, déduction faite des rivières, des lacs et des montagnes. Le sol arable ne se trouve guère que le long des rivières ou autour des lacs, où il forme des étendues variables, mais ne suffisant pas toutefois à assurer des colonies importantes, si ce n'est dans la vallée de la rivière Croche et le long des rivières Mékinac, Mattawin et Vermillon.
Le pouvoir hydraulique formé par la cascade de la rivière à la Truite, qui débouche dans la Mékinac, est un des plus puissants qu'il y ait dans cette partie de la province ; il pourrait actionner aisément une vingtaine de manufactures de toutes sortes, sans frais de barrages ni de digues ; il n'y aurait qu'à les échelonner sur les larges gradins qui bordent chaque côté de la cascade, sur un parcours d'environ un demi mille, jusqu'à deux cent cinquante pieds de hauteur.
La Mattawin est l'affluent le plus considérable du Saint-Maurice ; tout le pays qui l'entoure est couvert de bois magnifiques, coupé de petites rivières et de lacs où le poisson abonde. Dans le seul angle formé par la ren-
contre du Saint-Maurice et de la Mattawin, on ne compte pas moins de 70 lacs, où prennent leurs ébats la truite, le brochet, la perche, poissons fort recherchés des gourmets.
Les autres affluents du Saint-Maurice, à part ceux qui viennent d'être nommés, sont la Grande et la Petite Bostonnais, la Tranche, la Pierriche, la Windigo, la Shawinigan, la rivière au Rat, la Flamand, la Manouan et la rivière au Ruban, sans compter les affluents de celles-ci, pareils à autant de petites veines qui raient la surface du sol.
Du territoire du Saint-Maurice, on peut passer aisément, par un portage et quelques heures de canot, dans celui du Lac Saint- Jean ou du Saguenay, qui est la contrée la plus merveilleuse de toute la province de Québec.