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venait de mettre en branle. Sa tâche était ardue et demandait dans tons les cas le déploiement de beaucoup de tact.
La première session s'était passée tant bien que mal ; le ministère avait pu se sauver du naufrage, mais on regardait l'avenir avec inquiétude. Le gouvernement avait acquis une certaine popularité parmi les membres du Haut-Canada ; la reconnaissance du gouvernement responsable, l'adoption d'une législation pénale, d'une loi scolaire, et la création d'institutions municipales, étaient des mesures propres à rendre le gouvernement populaire jusqu'à un certain point. Mais le refus d'accorder ces institutions municipales au Bas-Canada ; le fait qu'on refusait une représentation équitable à l'élément français dans le ministère, alors qu'il était le seul en Chambre qui eût quelque cohésion, faisaient prévoir qu'avant peu de temps se produirait quelque changement important dans la composition du gouvernement. La chose ne tarda pas à arriver.
On commença d'abord par faire entrer dans le cabinet M. Francis Hincks, en qualité d'in- >pecteur général des comptes publics. M. Hincks avait gagné la confiance du gouverneur, ;t en le faisant entrer dans le ministère, on
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crut rallier quelques réformistes ou libéraux. M. Sherwood y entra aussi. Ces remaniements ne produisirent pas le résultat attendu et ne donnèrent aucune force au ministère. L'élément français était encore négligé et tant qu'il ne serait pas convenablement représenté, aucun ministère ne pouvait compter sur une longue existence.
M. Baldwin, représentant deux comtés, céda celui de York à Lafontaine qui, comme l'on sait, avait été défait à Terrebonne. Lafontaine y fut élu trois jours après la prorogation de la première session du premier parlement de l'Union, le 21 septembre 1841 (^).
La deuxième session s'ouvrit le 8 septembre
Louis -Hyppoly te Lafontaine naquit en, 1807 ; à son entrée en Chambre, il n'avait par conséquent que trente-cinq ans, et déjà cepen? dant il s'était acquis une grande réputation dans la province du Bas-Canada. Lors de la rébellion, il suivit l'exemple de Papineau et s'embarqua pour la France. Plusieurs publi-
(i) A ceux qui voudront lire une étude complète, nou! les référons à l'excellent livre de M. Decelles, Lafontaine^ et S071 temps.
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cistes lui ont reproché ce qu'ils ont appelé son abandon de ses compatriotes. Il semble que, sans approuver absolument l'insurrection, il n'aurait pas été fâché qu'elle eût une issue heureuse. Quoiqu'il en soit, pour des motifs restés inconnus, il s'éloigna à une époque où son pays avait le plus grand besoin de têtes dirigeantes. C'est dans toute sa carrière politique le seul reproche qu'on puisse lui faire ; si c'est un tort qu'il a eu, et nous croyons que c'en est un, il l'a racheté par les immenses services qu'il a rendus plus tard à son pays et à la nationalité canadienne-française.
Avant son départ pour la France, ses idées tenaient plutôt de la nuance radicale ; il était grand admirateur et fervent disciple de Louis- Joseph Papineau dont il partageait les vues. A son retour au pays, ses idées s'étaient modifiées. Il se fit agréer du clergé catholique dont il eut l'ardent appui. Il ne provoquait pas chez les Canadiens-français cet enthousiasme, cet entraînement des esprits que la chaude éloquence de Papineau créait chez ses auditeurs, mais il n'en avait pas moins leur confiance, car on sentait, en l'écoutant, qu'il possédait un jugement plus sûr, un esprit plus solide, une science plus éclairée. Et nous
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verrons plus tard, lorsque ces deux grands hommes en vinrent aux prises, que ce ne fut pas le fougueux tribun qui triompha, mais l'homme froid, sagace, prudent qu'était Lafontaine.
Ce grand homme d'Etat, tout en reconnaissant que par l'Acte d'Union une grande injustice avait été commise vis-à-vis des Canadiensfrançais, accepta le fait accompli, et résolut d'en tirer le meilleur parti possible. Il comprit | qu'il ne servirait à rien de se cristalliser dans l'isolement, en agitant éternellement la question du rappel de l'Union. Il pensa qu'unis •à ceux des mieux disposés parmi nos compatriotes anglais du Haut-Canada, les Canadiensfrançais finiraient bien par obtenir justice. La suite des événements lui a donné raison. Aussi, dans Lafontaine, les Canadiens-français honorent une de leurs gloires les plus pures ; il fut un homme de la plus haute distinction d'esprit, et une scène plus vaste n'aurait pu que faire ressortir davantage ses très grandes qualités.
Au physique, Lafontaine était du type napoléonien. Il ne détestait pas qu'on lui rappelât cette ressemblance ; tous les grands hommes ont eu leur faiblesse. A ce sujet, on connaît l'anecdote qui a été racontée souvent
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concernant sa visite aux Invalides, lors de son passage à Paris. On rapporte qu'à son aspect les vieux soldats s'écrièrent : « Voilà notre empereur ! )) et que la garde lui prétenta les armes. Si cette histoire est authentique, Lafontaine a dû en ressentir un extrême plaisir. Il paraît qu'en le voyant pour la première fois, lady JMary Bagot, la femme de sir Charles Bagot, qui avait vu Napoléon à Sainte-Hélène, s'écria : « Si je ne savais pas qu'il est mort, je croirais que c'est lui. ))
Depuis la disparition de Papineau, Lafontaine avait été le chef reconnu des Canadiensfrançais. Du moment que l'on reconnaissait la nécessité de la représentation de l'élément français dans le ministère, le nom de Lafontaine s'imposait. Grâce à son refus de faire partie du ministère sous Sydenham, Lafontaine jouissait d'une grande popularité auprès des siens. Cette popularité, d'ailleurs, remontait à l'emprisonnement injuste qu'il avait subi en 1838 sur des soupçons de rébellion.
La seconde session du premier parlement s'ouvrit à Kingston le 8 septembre 1842. Quelques jours auparavant (9 août 1842), on signait à Washington le fameux traité Ashburton. Ce traité avait été un désastre pour