‹ La Province du CanadaChapitre 16 sur 42 · SIR CHARLES BAGOT IO · texte numérisé non relu

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sente et que cela constituait pour le Bas-Canada une grave injustice.

Draper, au début de la session, annonça à la Chambre son intention de résigner sa charge. Des négociations étaient déjà en voie entre sir Charles Bagot, Lafontaine et Baldwin.

Le gouverneur offrit à Lafontaine un portefeuille, et en mit un autre à sa disposition, ainsi que la charge de grefîfîer du conseil exécutif ; c'était avec l'entente que son ami Baldwin consentirait à accepter lui aussi un portefeuille, et que Von trouverait de dignes emplois aux ministres sortant de charge. A cette proposition, Lafontaine n'hésita pas à opposer un refus catégorique. Ce n'est pas ainsi qu'il entendait le gouvernement responsable. Si le ministère ne possédait pas la confiance de la Chambre, il devait, suivant lui, se retirer en bloc ; on voulait le forcer à conserver quelques-uns des ministres déjà en charge, et à donner des emplois à ceux qui se retireraient pour lui faire place. Il ne voulut pas y consentir. Cependant, les négociations se continuèrent et, à la fin, Lafontaine revint sur sa détermination. Il pensa probablement qu'on ne pouvait pas tout obtenir du même coup, et que c'était là un acheminement à de plus

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grandes concessions et à la reconnaissance complète du principe du gouvernement responsable. Il ne voulut pourtant pas s'engager à (f pourvoir » d'emplois les ministres démissionnaires. Il décida M. Morin, alors juge, à accepter un portefeuille et nomma ]\I. Etienne. Parent greffier du conseil exécutif.

Lafontaine et Baldwin avaient été assermentés le 15 septembre 1842 ; cependant le ministère ne fut complété qu'à la fin de la session, le 12 octobre. Il est vrai que, sur onze ministres, les Canadiens-français n'en comptaient que deux de leur origine, mais on reconnaissait enfin leur droit d'être représentés dans le ministère, et ils avaient l'avantage d'avoir un des leurs à la tête du gouvernement. Ce ne fut pas à vrai dire un nouveau ministère, dans le vrai sens du mot ; c'était une « reconstruction )), mais on verra qu'avec des hommes comme Lafontaine et Baldwin, la conduite des affaires devait vite prendre une nouvelle allure.

Ce dut être une grande joie et un grand soulagement quand on vit, dans le Bas-Canada, des hommes comme Lafontaine et INIorin participer au gouvernement du pays. Cette constitution, créée pour écraser les Canadiensfrançais, n'obtenait pas son but, et l'appel de

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Lafontaine an premier rôle réconcilia avec le nouveau régime une bonne partie de la population bas-canadienne. En même temps, il stimula chez la jeunesse française une louable émulation par la perspective des carrières politiques qui s'ouvraient devant elle.

Cette session de 1842, quoique courte (elle n'avait duré que cinq semaines), avait été fructueuse en mesures pratiques. Mentionnons, en passant, une loi pour réprimer la violence et la corruption dans les élections. L'ordonnance de judicature du Conseil spécial fut rapportée. Elle avait le tort de donner trop de pouvoirs au juge en chef. On fit certains amendements à la loi concernant les chemins d'hiver, et on imposa un droit sur le blé américain.

Conformément aux usages iDarlementaires, les nouveaux ministres durent se faire réélire. Lafontaine n'eut pas de peine à remporter la majorité des suffrages dans le même comté de York. Quant à Baldwin, il fut défait dans le comté de Hastings. Lafontaine lui offrit aussitôt le comté de Rimouski, dont le représentant démissionna pour lui donner sa place.

On fut alors témoin d'un fait unique dans l'histoire parlementaire de notre pays : les deux chefs politiques représentant respectivement,

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