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et prit son siège en 1810. Il avait vingt-qnatre ans.
C'est alors qu'eurent lieu les débats violents que l'on connaît, débats qui eurent pour résultat reniprisonnenient de certains membres du parlement, et c'est dans ce temps aussi que des soldats, sur les instructions du gouverneur Craig, brisèrent les presses du Canadien.
Papineau fit son éducation politique et joua un rôle éminent dans les discussions de la Chambre.
En 1812, il s'enrôle comme capitaine de milice et prend part à la campagne.
En 1815, il est élu pour la division électorale de ]\Iontréal-Ouest, qu'il représente jusqu'en
C'est en 18 15 qu'il succède, comme orateur de l'assemblée législative, à M. Panet, position qu'il conserve jusqu'en 1837.
Cette charge n'était pas comme de nos jours presque dépourvue de responsabilités. Au contraire, le président de la Chambre dirigeait les débats ; celui qui occupait cette position était vraiment le First Comnioner.
En 18 18, Papineau épouse Julie Pruneau, fille aînée de Pierre Pruneau, marchand et député pour la ville de Québec.
Papineau fut le premier qui comprit bien toutes les ressources du système constitutionnel de 1791, et tout ce que pouvait en tirer un esprit pénétrant et énergique.
L'Acte de 1791 avait établi pour le Canada le même système politique que celui qui existait en Angleterre. Il se composait d'une chambre populaire, d'un conseil législatif et d'un conseil exécutif nommés par la couronne, et d'un gouverneur, représentant le roi,, nommé par les autorités impériales.
Cette constitution, si on avait su s'en servir, aurait rendu d'immenses services. C'était une arme admirable ; si on eût pu y ajouter le gouvernement véritablement responsable, le Canada aurait été en possession d'une forme de gouvernemt presque parfaite. ]Mais le con-^ seil exécutif, c'est-à-dire les ministres chargés par le gouverneur d'administrer les affaires, n'étaient pas responsables aux Chambres ; il, se composait de personnes choisies en dehors de la chambre des représentants, n'ayant pas de mandat du peuple, souvent aussi, faisant partie du conseil législatif.
Les Canadiens-français ne surent pas ou ne voulurent pas profiter des avantages qu'ils auraient pu tirer de l'Acte de 1791. Ils s'ab-
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stinreiit, pour la plupart, de preudre part aux débats et parurent indifférents à leur sort politique.
V^' En..preniier lieu, ils n'avaient évidemment pas l'éducation politique nécessaire pour tirer parti de la constitution ; en second lieu, ils s'en défiaient et l'appelaient, comme nous avons vu, une machine à taxer ; enfin, ils craignaient qu'en s'opposant aux volontés de l'exécutif on leur appliquât l'appellation de rebelles. Ces motifs expliquent l'inertie des Canadiens-français.
"~5^Papineau vint, reniua les esprits, leur donna conscience de leur force, infusa chez tous le sentiment national.
Avant lui, on ne se servait des attributions de la Chambre que pour des motifs d'intérêt privé, pour demander, par exemple, à des officiers de milice de rendre compte. Papineau, ayant bien embrassé l'ensemble de la constitution, en ayant bien saisi le sens et toute la portée, résolut de lui faire rendre tout ce qu'elle pouvait donner : tels, ces artistes qui tirent d'un instrument des sons qu'un autre est impuissant à lui faire rendre. Il était bien, d'ailleurs, l'homme de la circonstance, et arrivait en Chambre bien armé pour la lutte
par des études approfondies des lois constitutionnelles politiques anglaises.
Dalhousie était alors gouverneur. Il demanda à l'assemblée législative de voter les subsides en bloc, en outre ^'une somme fixe à être payée durant la vie de Sa Majesté. La Chambre opposa un refus à cette demande ; elle consentait à voter une liste civile pour une période plus courte, par chapitres et par item ; et, sous le titre de » services », une somme fixée pour chaque officier nommé séparément. C'était le contrôle absolu des subsides qu'elle réclamait, et la lutte était définitivement engagée entre le pouvoir oligarchique, composé des membres des conseils exécutif et législatif, et la chambre populaire.
' Comme certains membres du conseil exécutif et du conseil législatif émargeaient au budget, ils s'opposèrent vivement au désir de la chambre basse, et, pendant douze ans, ce fut une lutte constante entre le conseil législatif et le conseil exécutif d'une part, et la chambre des représentants de l'autre. Cette dernière réclamait le contrôle absolu de tous les re\enu s de la province, contrôle que le gouverneur lui refusait.
On voit dans quelle misère politique se trou"
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vait le goiivenieinent d'alors. Tout projet de loi présenté par une des deux chambres était mvariablement repoussé par Pautre ; la machijje était bloquée, et cela devait finir, avec des hommes décidés comme il y en a\ait des deux côtés, de la manière sanglante que Ton sait.
Les griefs s'accumulaient d'année en année. En 1828, une pétition, signée par 80,000 habitants de la province du Bas-Canada, fut présentée à la Chambre des communes en Angleterre. Celle-ci nomma un comité chargé de s'enquérir de ces plaintes. Ce comité fit un rapport qu'on laissa dormir dans les cartons.
En 1834 furent passées les fameuses q2 résolutions, qui résumaient les plaintes du Basr Canada, et qui resteront, comme on l'a dit, le monument historique des abus du gouvernement.
On s'émut en Angleterre, et on décida enfin d'envoyer lord Gosford, en 1835, avec deux autres commissaires, deux inconnus du nom de Grey et Gipps, chargés de faire une enquête sur l'administration des affaires du Bas-Canada. On s'aperçut bientôt que ce n'était qu'un leurre ; lord Gosford n'avait que des pouvoirs restreints, et le désir du gouvernement de Londres était simplement de temporiser. L'orage
p-rondait, les nuag:es s'accuiuulaieiit à Thorizon politique du Canada.
Le parlement s'ouvre eu 1836 et, le 30 octobre, il s'ajourne sans avoir rien fait; il se contente simplement d'exprimer sa ferme volonté de refuser les subsides aussi longtemps que le gouvernement d'Angleterre ne commencerait pas l'œuvre de réparation des injustices. Depuis 1822 que l'assemblée législative subis.sait les injures, les tromperies, les avanies du Colonial Office de Londres, elle semblait décidée, cette fois, d'en finir. C'était aussi la quatrième année que l'assemblée législative refusait de voter les subsides, malgré qu'il y eut, au crédit de la province dans le coffre public, la somme de 130,000 louis sterlings.
On connaît la suite des événements. Lord Gosford fait rapport de l'acte de la chambre d'assemblée au secrétaire des colonies eu Angleterre, lord John Russell, et celui-ci fait adopter des résolutions aux Communes par lesquelles lord Gosford est autorisé à se passer du vote de la Chambre pour paver les arrérages.
A peine parvenue au pays, cette nouvelle est comme l'étincelle qui met le feu aux poudres ; d'un bout à l'autre de la province un
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cri de protestation s'élè\'e. On convoque de nombreuses assemblées, et, quand arrive ensuite la nouvelle que lord John Russell avait abandonné l'idée de mettre à effet ces résolutions imprudentes, jj éta2tjr 02 tard; le mouvement était donné, rinsurrection organisée.
Cet acte d'injustice de lord John Russell fut donc la cause immédiate de la rébellion.
Il est certain que, dans tous ces événements politiques antérieurs à la rébellion, Papineau joua le premier rôle. Il fut l'âme de la résistance aux demandes despotiques du gouverneur et de ses conseils ; on peut dire que le conseil législatif, tel, que constitué^ n'était qu'une dépendance du conseil exécutif ; ce dernier, en outre, était sous la main du gouverneur. Il serait vrai aussi d'ajouter que le gouverneur n'était, la plupart du temps, que la créature du conseil exécutif. Celui-ci, composé de magistrats et de quelques personnages importants de la colonie, s'emparait, à son arrivée sur le sol canadien, de l'esprit du nouveau chef de l'administration et gagnait vite sa confiance.
La chose s'explique aisément. Ces hommes étaient les seuls qui eussent chez lui un accès facile, les Canadiens-français étant rigoureuse-
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ment exclus des dîners, des réceptions intimes ou officielles du gouverneur ; ce dernier était naturellement porté à reposer entière confiance en ceux qu'il voyait tous les jours et qui semblaient si bien connaître les affaires et les besoins du pays. Et s'il lui arrivait par hasard de différer d'avis avec ses « conseillers)', ceuxci ne tardaient pas à en appeler de sa décision au Colonial Office qui, presque toujours, leur donnait raison. Cela n'était guère encourageant pour les gouverneurs qui n'osaient plus s'opposer à leur volonté. De fait, le pays était gouverné par des irresponsables et le gouverneur n'était qu'un simple instrument entre leurs mains.
Les 92 résolutions, dont nous avons parlé, préparées par Papineau, rédigées par Morinet présentées à la Chambre par Elzéar Bédard,en 1834, résumaient admirablement les griefs dont se plaignaient les habitants du Bas-Canada.
En substance, ces résolutions réclamaient curies Canadiens les droits des sujets anglais ; On vonlait un conseil législatif électif, au lieu d'un conseil nommé par la couronne ; on demandait aussi que la dépense puljlique fût §pus le contrôle absolu de la Chambre basse ; on se plaignait de la partialité avec laquelle
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les emplois publics étaient distribués ; on protestait contre les dépêches de lord Stanley, secrétaire des colonies, et contre leur ton, que Ton qualifiait d'insultant.
On discute la part que Papineau a prise à rinsurrection. Il semble prouvé qu'il n'y ait pris aucune part active ; on assure même qu'il y était opposé, parce qu'il prétendait qu'on n'était pas suffisamment armé pour la lutte. On Ta vu, il est vrai, à Saint-Charles et à Saint-Denis, dans le temps où on se préparait à combattre ; rien cependant ne vient confirmer les dires de ceux qui prétendent que Papineau ait encouragé la révolte.
Rien dans ses discours publics ne laisse percer cette idée, et son biographe Brown, un des chefs de l'insurrection du Bas-Canada, qui l'a connu intimement, assure que ses conversations privées ne différaient pas de ses discours et de ses actes publics.
Garneau n'hésite pas cependant à condamner la conduite de Papineau : « AL Papineau, dit-il, « en se séparant de tant d'hommes sages, pour « se lancer dans une lutte contre l'Angleterre, « prenait une grande responsabilité sur lui. « Sans doute que ce qu'il demandait était juste, <f sans doute que, si ses compatriotes eussent
« été d'origine anglaise, au lieu d'être d'origine « française, le bureau colonial eût accordé « toutes leurs demandes sans objections. Mais « l'équité ne triomphe pas toujours ; les préju- « gés nationaux font commettre bien des in- « justices. C'est aux patriotes, c'est à l'homme « d'Etat de considérer tous les obstacles, de « peser toutes les chances et de régler sa conte duite de manière à obtenir le plus grand bien « possible pour le moment, en attendant le « reste de l'avenir, sans livrer ce qu'on a déjà, « au risque d'une lutte désespérée. Il n'y avait « pas de honte pour les Canadiens à prendre ce <( parti. Un petit peuple d'un demi-million « d'habitants pouvait souffrir une injustice « d'une puissance comme l'Angleterre, sans « flétrissures. Le déshonneur est pour le fort « qui foule et tyrannise injustement le faible.»
Le lecteur sait qu'à la suite de la rébellion, le gouvernement anglais suspendit la constitution de 1 791, et autorisa sir John Colborne, v> ^'^/"l^^^ venait de remplacer lord Gosford, à "W^v.»^/ nommer un conseil spécial. Ce conseij était ^ ' ;^ \ / composé de vingt-deux membres, dont onze ""' Canadiens ; il fut, peu de temps après (1838), remanié par lord Durham, qui venait d'être