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CHAPITRE VIII

ÉLECTIONS DE 1844 — SESSION DE 1 844- 1 845 — DÉPART DE SIR CHARLES METCALFE

LE résultat des élections fut un désappointement pour le parti libéral. Dès le premier vote de la Chambre, le ministère rallia une faible majorité. Les partis s'étaient assez nettement dessinés aux élections ; le gouverneur était soutenu par les conservateurs et combattu par les partisans de MINI. Lafontaine ît Baldwin.

Les temporisations de Metcalfe avaient produit leur effet, au moins dans le Haut-Canada, qui envoya en Chambre une forte majorité de partisans du ministère Viger-Draper ; pour le ,Bas-Canada, le parti libéral eut, de son côté, une grande majorité, mais qui ne pouvait con- ':rebalancer les pertes des réformistes dans l'au- :re province. Le parti réformiste, dont M. Baldwin était le chef reconnu dans le Hautbanada, uni au parti libéral du Bas-Canada, ne

réunissait pas assez de voix pour renverser 1 ministère, et, sur la question du choix du pr^ sident de la Chambre, le gouvernement l'eii porta par trois voix de majorité. Le candid^ ministériel était M. McNab; celui du parti Ij béral M. Morin. Le nom de M. McNab r viendra souvent au cours de ce travail. Der lignes suffiraient à le caractériser. C'était v homme de beaucoup de talent, bel orateur, i natique à l'excès et haïssant les Canadier français. Il était ultra-conservateur et chef c o-roupe du /awi7y compact. Comme plusier de ses compatriotes qui débutèrent presque . même temps que lui, entre autres J. A. M<donald, destiné à une brillante fortune, il (vait, grâce à un contact prolongé avec les ch6 canadiens-français, modifier peu à peu ses vi;3 et former plus tard une alliance, contenant 1 germe celle de J. A. Macdonald et de ses paisans, avec le parti conservateur de la proviif

de Québec. i

La première session du deuxième parlemf! de l'Union s'était ouverte le 28 novembre iSk La session de 1844 et de 1845 dura quajmois ; elle fut prorogée le 29 mars 1845- i^ nombre des mesures adoptées, citons celkf rapportant aux détenus des .troubles»!

SESSION DK 1844-45 133

B37-38 et à leur mise en liberté qui en fut la )nséquence immédiate ; on vota une adresse la Reine an sujet de l'emploi de la langue ançaise dans les documents publics. Cette amande ne devait obtenir son effet qu'en

Cette année 1845 '^'^t l'origine de notre oranisation municipale. Notre système, sans Itre parfait, se prête admirablement à l'exerice des libertés populaires. Si Tocqueville ni, dans sa Démocratie eji Amérique^ s'extasie n présence des institutions municipales améicaines, avait pu, quelques années plus tard, onnaître le régime canadien, il eût constaté ne le Canada, sur ce point, ne le cède en rien

aucun autre pays. Mais, à cette époque, qui 'occupait du Canada? Tocqueville lui-même .'en parlait que pour dire qu'il était nécessaiement destiné à être englobé par ses puissants oisins ! Nos lois municipales furent subséuemment modiliées, mais le principe fonamental est resté intact : laisser entre les aains des contribuables le droit de se gouverer et de lever des impôts. Auparavant c'était 2 chaos, et lord Durham avait bien raison de ire que le manque total d'institutions muniipales, donnant un contrôle absolu et exclusif

aux habitants sur leurs affaires locales, était la principale cause de Tinsuccès du gouvernement représentatif et de la mauvaise administration de la colonie. La population française, ajoutait Durham, est dépourvue d'institutions municipales et d'esprit d'entreprise. Elle est habituée à compter entièrement sur le gouvernement; elle n'a le pouvoir de rien faire par j elle-même, et encore bien moins d'aider le gouvernement ou l'autorité centrale.

La création des municipalités a été pour le ' peuple canadien-français le commencement de ' son éducation politique. De ce jour, il a compris et apprécié la valeur du gouvernement ■ représentatif, système de gouvernement auquel s'est si longtemps montrée réfractaire la race latine.

L'instruction publique, à vrai dire, existait à peine. On posa les bases d'un département spécial pour cette branche de l'administration. Les municipalités devaient nommer des com- j missaires, chargés de la surveillance des écoles, ' et ces officiers étaient sous le contrôle d'un ' surintendant de Pinstruction publique ; il devait s'écouler un grand nombre d'années avant l'or- ! ganisation complète et définitive de ce département. Cette loi des écoles et celle concernant

es institutions municipales avaient été préientées à la session précédente par jM. Morin, Jui faisait alors partie du orouvernement La- ;ontaine-Baldwin, mais la chute prématurée |ie ce ministère en avait empêché l'adoption. Ue gouvernement Viger-Draper s'attribua le aérite de ces législations importantes. On )résenta aussi une loi facilitant la commuation volontaire de la tenure des terres dans es seigneuries. Cette loi permettait aux pro- )riétaires de s'entendre avec les seigneurs et (le libérer le sol des charges qui l'affectaient. Ce fut le prélude de la loi consacrant l'abolilion de la tenure seigneuriale.

A cette même session, ou agita sérieusement :n Chambre la fameuse question des réserves Ui clergé.

Le King's Collège profitait de certaines largesses que l'Angleterre lui faisait sous forme le subventions en terres au Canada, depuis ':828 ; mais l'Eglise d'Angleterre seule avait je contrôle de ces revenus et en profitait ; le jninistère Viger-Draper voulut transformer le i^ing's Collège en une institution où toutes es sectes protestantes seraient admises. Cette |iouvelle institution devait porter le nom de Universily of Upper Canada ; mais l'émotion

causée par cette tentative fut si grande que M. Draper eut vite fait d'abandonner son projet.

Il est à propos d'ajouter ici, puisque nous venons de parler d'une mesure qui concernait exclusivement le Haut-Canada, que l'on commença à discuter alors dans la presse française ce qu'on a appelé plus tard « le principe de la double majorité»; on voulait faire reconnaître qu'un ministère ne pourrait détenir le pouvoir à moins qu'il pût compter, non seulement sur (; une majorité des représentants des deux provinces réunies, mais encore sur une majorité \ des représentants de chaque province.

L'impopularité des ministres du Bas-Canada, , Papineau, Viger, Smith et Daly, augmentait I de jour en jour et le ministère traînait de l'aile. Papineau s'était quelque peu racheté dans | l'opinion en proposant l'adoption d'une adresse ' à la Reine demandant le rétablissement de la langue française comme langue officielle. Mais 1 on s'aperçul bientôt qu'il avait été la dupe du ' gouverneur qui avait pris ce moyen de se refaire à lui-même une popularité. Il est inté-j ressaut à ce sujet de recourir à la f'/e de\ Meicalfe par Kaye. Le manque de sincérité j du gouverneur y éclate. En effet, Kaye nous!

! assure que les iustructions du gouNernenient I impérial au sujet de la langue française étaient r formelles, et ne permettaient pas son rétablissement. Cependant, ajoute Ka}c, il était opportun de désarmer l'opposition, et Metcalfe laissa Papineau présenter ses résolutions.

On le voit, c'était une simple tactique de parti ; on avait voulu devancer l'opposition qui entretenait sur cette question des sentiments connus. Les événements qui ont suivi ont bien démontré la fourberie du gouvernement.

Ce fut vers cette époque que se fit une correspondance restée célèbre, et connue sous le nom de correspondance Draper-Caron. Draper, sentant que le gouvernement ne pouvait se maintenir bien longtemps dans ces conditions, c'est-à-dire avec une majorité de quelques voix, entreprit de provoquer un rapprochement entre le ministère et le groupe Lafontaine-Baldwin. Il chargea M. R.-ll. Caron, depuis lieutenant-gouverneur de la province de Québec, et alors président du conseil législatif, de pressentir M. Lafontaine à ce sujet. C'est alors que s'échangea cette correspondance que Lafontaine livra plus tard à la Chambre. On y voit que Draper n'avait pas plus de confiance qu'il ne fallait dans les représentants du Bas-Canada,

ses collègues au ministère, et qu'il les sacrifierait volontiers et de cœur joie, si ce sacrifice était de nature à préparer la formation d'un gouvernement fort et solide, ayant l'appui certain de la majorité de la Chambre. Il y avait bien des obstacles à ce projet, et le principal semble avoir été la répugnance de Metcalfe à reprendre de nouveau dans son conseil un homme qu'il détestait souverainement, Lafontaine. D'un autre côté, il est certain que ce dernier était disposé à se tenir à l'écart et à ne pas être un obstacle au bon gouvernement dcson pays.

En même temps s'agitait la question du rapprochement du parti libéral du Bas-Canada avec le parti conservateur de la même province, dans le but d'assurer la protection efficace des intérêts bas-canadiens ; ces tentatives échouèrent misérablement.

Le départ de Metcalfe, qui laissa le Canada le 26 novembre 1845, met fin pour quelque temps à l'agitation politique, et la nomination d'un nouveau dignitaire au poste de gouverneur du Canada distrait les esprits fatigués de luttes qui, semblait-il, n'auraient pas de fin.

La session s'était terminée le 29 mars 1845. Metcalfe, dont la santé périclitait de jour en jour, avait demandé son rappel. On y consentit

avec regret. Jamais gouverneur n'avait suivi plus fidèlement les instructions reçues, et n'avait donné autant de satisfaction au Colonial Office ; on le fit pair, et il devint baron Metcalfe of Fern Hill.

j\I. Kaye, le panégyriste de Metcalfe, vante hautement ses qualités privées. Pour ses talents d'homme d'État, il ne semble guère plus réservé. Les Canadiens et l'histoire le sont davantage. Metcalfe quitta le Canada, y laissant un souvenir abhorré. Des gens habituellement froids, comme Baldwin, blâmèrent publiquement sa conduite ; les journaux et tous les gens bien pensants furent unanimes à jeter le discrédit sur la mémoire d'un homme qui, de toute évidence, avait voulu détruire les colonnes naissantes du gouvernement constitutionnel, et substituer une volonté arbitraire à celle du peuple. Jamais gouverneur ne quitta le pays sous de pareilles huées. Et cependant, malgré tout, quelques écrivains se demandent encore si Metcalfe n'a pas agi d'après des inspirations vraiment sincères et patriotiques !

De nos jours, lorsque l'on veut parler d'un attentat à nos libertés politiques, on évoque le nom de Metcalfe. Il est certain qu'avec un

homme ayant de semblables idées politiques, le gouvernement responsable serait absolument impraticable.

La correspondance de Metcalfe jette bien de la lumière sur des événements contemporains de son règne ; quand on la lit, on comprend mieux sa manière d'agir, jet bien des faits seraient restés inexplicables si cette correspondance n'était pas là pour servir de commentaire.

Ainsi, dans une de ses lettres, Metcalfe écrit : ('. . . il est presque impossible aujourd'hui de faire fonctionner le gouvernement. . . sans reconnaître le gouvernement responsable comme règle. » Et ailleurs, expliquant comment on entendait au Canada ces termes « gouvernement responsable », il ajoute : « Le gouvernement responsable porté jusque là me paraît être incompatible avec l'état de colonie. » Dans une lettre confidentielle du 13 mai 1845, adressée à lord Stanley, Metcalfe explique à ce dernier la position des partis politiques. Il se prêterait volontiers à ce que le Haut-Canada fût gouverné par une majorité de cette province, c'est-à-dire anglaise, et le Bas-Canada par une majorité française. Mais alors, ajoutet-il, cela aurait pour effet de noyer les Anglais

du Bas-Canada et (f de pareilles conditions sont^ à mon avis, inadmissibles. »

Dans cette même lettre, ^letcalfe dit qu'il faut briser le parti français en en détachant quelques membres. Et on a vu que ses efforts ont tourné en grande partie vers ce but.

Ailleurs, parlant de se tenir indifférent aux luttes des partis, il écrit que ». . . . cette indifférence n'est guère possible pour un gouverneur qui a du sang dans les veines », surtout quand, d'un côté, sont presque tous ceux qui nourrissent des sentiments britanniques, et de l'autre, ceux qui entretiennent des sentiments contraires.

Ces différents extraits et d'autres, que le lecteur trouvera dans l'excellent livre de M. Gérin-Lajoie Dix ans an Canada^ démontrent jusqu'à l'évidence dans quel état d'esprit s'est trouvé Metcalfe pendant tout son séjour au Canada, et quels étaient ses sentiments politiques.

Pour un tel esprit, les Anglais, qui ont un si grand respect pour la constitution britannique, ne peuvent avoir qu'une estime modérée. Les Canadiens-français n'ont que du mépris pour celui qui a voulu continuer l'œuvre de

destruction de leur nationalité, œuvre prêchée par Durham, et pratiquement commencée par Sydenham.

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