‹ La Province du CanadaChapitre 20 sur 42 · I.ORD METCAKFE II · texte numérisé non relu

I.ORD METCAKFE II

cnn doute que le chef du parti français ne soit appuyé dans ses prétentions par d'antres membres du conseil. »

Ailleurs il ajoute :

« La tendance et l'objet dé ce mouvement sont .d'exclure complètement la mère-patrie du gouvernement intérieur de la colonie et de maintenir la province aux dépens de la mèrepatrie, c'est-à-dire de jouir de tous les avantages d'une union avec l'empire, tant qu'il plaira à la majorité des habitants du Canada qu'il en soit ainsi. Cette politique est très intelligible et très commode pour un Canadien qui vise à l'indépendance, mais le rôle que doit jouer dans ce cas le représentant de la mère-patrie est loin d'être attrayant.»

On voit ici quels sont les motifs qui ont fait agir Metcalfe, et aussi quelles étaient ses opinions personnelles sur cette question. Si l'on ajoute que. ses idées étaient celles de lord Stanley, l'on comprendra que Metcalfe n'ait pas hésité à provoquer une crise ministérielle dont lui-même ne pouvait prévoir les sérieuses conséquences ; s'il les prévit, il pensa du moins qu'il était de son devoir de ne pas chercher à les éviter.

L'existence des partis politiques au Canada

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est pour Metcalfe un sujet d'étonnement ; il s'explique difficilement à quoi ils peuvent servir. Sa qualité de gouverneur aurait dû le tenir à distance de ces partis ; cependant, il ne sut pas dissimuler la grande sympathie que lui inspirait le parti conservateur, et le sentiment contraire que lui inspirait le parti de Lafontaine et Baldwin. Les choses furent poussées à ce point, qu'il était publiquement connu que Metcalfe s'inspirait des conseils de sir AUan MacNab et de quelques autres membres en vue de l'opposition. Un pareil état de choses ne pouvait durer longtemps sans que l'orage éclatât.

Les débats de cette session qui s'ouvrit à KingstoH, le 28 septembre 1843, ^^ ^^^^ ^^^^ ^^ dernière tenue en cette ville, furent marqués par de fréquentes allusions au manque d'entente entre le gouverneur et ses aviseurs. Un des députés alla jusqu'à indiquer d'avance les noms des personnes qui devaient remplir certaines fonctions publiques.

La nomination par le gouverneur, sans l'avis de ses ministres, d'un M. Powell à la charge alors vacante de greffier de la paix pour le district de Dalhousie, vint mettre le comble à la mesure. ^L Powell appartenait au parti

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conservateur, et M. Baldwin avait promis cette position à un de ses partisans politiques. Les ministres apprirent cette nomination de la bouche de personnes étrangères au cabinet. Ils ne voulurent d'abord pas y croire ; mais, peu de jours après, le gouverneur lui-même, dans un message court et froid, leur confirmant la nouvelle, il n'y avait décidément plus moyen de s'entendre ; ]\IM. Lafontaine et Baldwin donnèrent leur démission, le 27 novembre

L'administration Lafontaine-Baldwin n'avait

été à la tête des affaires qu'à peine quelques mois, et cependant elle avait fait beaucoup. Elle fit le changement du siège du gouvernement. La ville de Kingston ne pouvait plus convenir: presque tout le monde l'admettait ; cependant, la discussion fut animée quand il s'agit de décider quelle serait la ville qui la remplacerait. On avait à choisir entre Montréal et Toronto. La première de ces deux villes l'emporta. On avait consulté les autorités impériales à ce sujet et elles avaient déclaré s'en rapporter à l'opinion des Chambres. Un des ministres, M. Harrison, avait donné sa démission sur cette question, devenue mesure ministérielle ; plusieurs députés du Haut-Ca-

nada suivirent son exemple et treize conseillers législatifs abandonnèrent leur fauteuil dans l'espoir qu'un défaut de quorum requis ferait manquer l'adoption du projet. Il n'en fut rien cependant, et cette tactique manqua totalement son effet.

Parmi les mesures adoptées à cette session, il faut mentionner: Un projet de loi contre les sociétés secrètes que le gouverneur, cependant, refusa de sanctionner ; une loi pour assurer l'indépendance de l'assemblée législative (par cette loi les employés publics furent déclarés inéligibles, ainsi que les juges, les shérifs, les protonotaires, les greffiers, les régistrateurs» etc.) ; la nomination d'un comité chargé de s'occuper des moyens à prendre pour encourager efficacement la colonisation et l'immigration ; des mesures présentées par Lafontaine, réformant l'administration de la justice au Bas-Canada, et créant la cour d'apjiel et la cour des commissaires; l'abolition de l'emprisonnement pour dettes ; l'établissement des écoles communes dans le Haut-Canada.

Une des mesures les plus importantes fut celle concernant l'abolition de la liste civile. Par l'Acte d'Union, on devait voter, sous la rubrique de « liste civile », une somme annuelle

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de soixante-quinze mille louis pour le soutien du gouverneur-général et de sa suite et pour l'administration de la justice. On adopta une adresse à la reine demandant l'abrogation de cette liste civile. Un des premiers principes attachés à la forme d'un gouvernement responsable, c'est qu'aucune somme d'argent ne peut sortir du trésor public sans l'asseatiment des représentants du peuple.

La résignation du ministère Lafontaine- Baldwin créa une immense sensation dans tout le pays. Quand nous disons que le ministère entier avait resigné nous nous trompons, car ^I. Daly avait conservé son portefeuille. M. Daly était un de ces bureaucrates qui se croyaient inamovibles ; les ministères passaient et changeaient, mais lui restait ; c'est ainsi que son nom figure dans presque tous les ofouvernements du commencement de l'Union. C'était un administrateur passable et son nom ne mérite d'être tiré de l'oubli que parce qu'il a été mêlé à l'histoire de l'époque.

Pour comprendre comment et pourquoi Metcalfe s'était décidé à provoquer cette grave crise ministérielle, il faut recourir à sa correspondance avec lord Stanley. C'est là qu'il

met à nu toutes ses pensées politiques. Il faut aussi référer à Kayé' s Life of Metcalje.

^letcalfe ne comprenait pas qu'un ministère pût subir le joug du parti auquel il appartient, aussi écrit-il à lord Stanley « qu'il n'est pas satisfait de son Conseil qui est sous l'influence de l'esprit de parti, qu'il démettrait bien un ou deux de ses ministres, mais qu'il craint la Chambre, et que le nouveau conseil ne pourrait résister à la majorité de l'assemblée. ...»

Plus loin il ajoute :

«Vient la question de savoir s'il est possible de se passer d'un gouvernement de parti. L'épreuve qu'on a faite du gouvernement responsable dans cette colonie semblerait indiquer que non. Cela paraît indispensable dans les états libres et indépendants, où existe le gouvernement responsable, et les mêmes causes doivent produire partout les mêmes effets ; mais il y a une grande différence entre un Etat indépendant et une colonie. Dans un Etat indépendant tous les partis généralement doivent désirer le bien de l'Etat. Dans une colonie subordonnée à un gouvernement impérial, il peut arriver que le parti dominant soit hostile aux sentiments de la mère-patrie ou qu'il ait des vues incompatibles avec ses

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intérêts... on devrait considérer cela atten- :ivenient avant d'établir le système qu'on a désigné sous le nom de g-ouvernenient responsable. Il est peut-être trop tard maintenant pour remédier au mal ...»

Ailleurs il peint la situation en noir : « Il 'audrait peut-être en venir à gouverner avec e parti anglais exclusivement : . . quand nême j'en serais réduit à cette nécessité, je ne désespérerais pas.»

Parlant plus tard de la démission des minis- :res Lafontaine et Baldwin, Metcalfe écrit qu'il le regrette rien et il laisse entendre que si :'était à recommencer il agirait de la même 'açon : « Et si une majorité du parlement est léterminée à me les imposer en cette qualité d'aviseurs ministériels), je désespérerai de voir le Canada demeurer colonie anglaise.»

Il est difficile de mettre en doute la sincérité ie ]\Ietcalfe. Sa correspondance et sa biographie, qui ressemblent plutôt cà des mémoires, nous font \'oir que réellement ]\Ietcalfe croyait agir dans l'intérêt de la mère-patrie et de la colonie.

D'un autre côté, grâce à l'appui de lord Stanley, ses actes ne pouvaient être désavoués ?n Angleterre. Les opinions de Stanley à ce

sujet sont bien connues. Sur une motion d'amnistie proposée par M. Roebuck, dont le nom est mêlé avantageusement à nos affaires politiques, Stanley s'écria : « Que les principes invoqués par Roebuck. . . sur le droit de la colonie de gouverner ses propres affaires locales, s'il fallait leur donner l'extension que voulait Roebuck. . . seraient incompatibles avec l'existence d'institutions monarchiques et avec les rapports qui doivent exister entre une colonie et la mère-patrie.))

On voit que Metcalfe n'avait rien à craindre de ce côté, et qu'avait-il à redouter d'ailleurs ?

Voilà ce qui peut expliquer en grande partie la lutte qu'il soutint avec son Conseil et pourquoi il n'hésita pas à lancer le pays dans une des pires crises politiques qu'il ait traversées.

Le cabinet en entier, sauf M. Daly, avonsnous dit, a\-ait démissionné ; il s'agissait de reconstituer un ministère ayant la confiance de la Chambre, tâche peu aisée, car Lafontaine et Baldwin commandaient une majorité considérable. vSi pareille crise se produisait de nos jours et si le gouverneur ne réussissait pas à former un ministère appuyé par la majorité des représentants de la chambre basse, son seul recours serait une dissolution immédiate. Ce

n'est pas ainsi qu'agit ]\Ietcalfe, et son nom restera attaché à l'une des plus graves inconstijtutionn alités dont soient entachées nos annales politiques. En effet, Metcalfe prorogea les Chambres après une longue discussion sur la crise ; il y eut production de la correspondance entre AI. Lafontaine et le gouverneur, et l'on vit ce que l'on ne devrait jamais voir sous un régime parlementaire : les actes personnels du gouverneur attaqués et défendus, suivant que les orateurs étaient ou non partisans du gouvernement responsable. Aletcalfe entrait ainsi personnellement dans la lutte, et se faisait défendre par le parti de l'opposition. Il faut admettre que le régime du gouvernement responsable était alors à l'état d'enfance, pour ainsi dire, au Canada, et que de pareils écarts constitutionnels, s'ils ne sont pas tout à fait excusables, peuvent cependant s'expliquer jusqu'cà un certain point. Dans toute cette discussion sur les principes qui gouvernent la constitution britannique, les partisans du gouvernement démissionnaire remportèrent une victoire facile, et l'on vota, à une forte majorité, une adresse approuvant la conduite de MM. Lafontaine et Baldwin et celle de leurs collègues qui s'étaient démis de leur charge.

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Il n'y a pas de doute que si le gouverneur eût fait tout de suite un appel au peuple, le gouvernement Lafontaine-Baldwin serait revenu au pouvoir avec une écrasante majorité. IMais Metcalfe crut prudent de temporiser, et il n'eut pas tort, à son point de vue. Il ne pensa pas déroger en descendant lui aussi dans l'arène politique, suivant en cela l'exemple de Sydenham ; sans doute, il ne se livra peut-être pas' aux excès de celui-ci, mais comme le dit M. Kaye, son biographe, « il dut se résigner à jouer le rôle de chef de parti, malgré qu'il y eût quelque répugnance. »

Après la démission du ministère Lafontaine- Baldwin, Metcalfe avait formé une espèce de! conseil provisoire qui se composait de MM. Draper, Viger et Daly. Ce dernier est connu de nos lecteurs, et on sait aussi que M. Draper était le chef reconnu de l'opposition, ou du; moins du groupe conservateur.

M. Denis-Benjamin Viger était un avocatf distingué et M. Lafontaine avait étudié le droit' à son bureau. Il avait toujours été le défen-j seur des Canadiens-français et, en 1828, il fut délégué en Angleterre, avec Neilson et Cuvil-| lier, pour faire valoir les griefs des Canadiens.' Il jouissait d'une grande estime parmi ses

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compatriotes, estime qui peu à peu avait pris la forme d'une quasi-vénération. Son acte fut sévèrement interprété dans les circonstances ; on l'accusa de trahison nationale. M. \'iger sentit le besoin de se disculper et, dans une brochure retentissante (A« crise ministérielle et M. Denis-Benjamin Viger^ ^^44)^ passant en revue les événements auxquels il était mêlé, il essayait de donner une couleur favorable à sa conduite. Il ne réussit pas toutefois, et sa manière d'agir resta vraiment inexplicable.

Dent, que nous avons déjà cité, prétend qu'on doit attribuer cet acte de M. Viger à l'esprit de jalousie qui l'animait vis-à-vis de Lafoutaine ; il ajoute qu'il n'avait pas oublié que celui qui l'effaçait maintenant dans l'affection de ses compatriotes avait été son clerc et il pensait prendre maintenant sa revanche, si le mot peut s'emplo}er en parlant d'un pareil sujet. Peut-être aussi pensait-il, et nous croyons qu'il l'a prétendu, que la position qu'il prenait sauverait le régime responsable ; il interprétait cette forme de gouvernement autrement que Lafontaine, et l'identifiait avec la nationalité française elle-même ; c'est ainsi que Lafontaine a pu prétendre que sa conduite,

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en opposition à celle de Papinean, a pent-être sauvé la race française en ce pays.

Quoiqu'il en soit, la conduite de M. Viger fut universellenient condamnée par tout le Bas- Canada ; et cet homme, qui avait presque été l'idole de ses compatriotes, ne put trouver un seul comté qui consentît à le choisir pour son représentant.

Le ministère Lafontaine-Baldwin avait démissionné le 27 novembre 1843, et le gouverneur ne réussit à reconstruire son cabinet que le 3 septembre 1844. Vingt jours après, le 23 septembre, ]\Ietcalfe signait le décret de dissolution des Chambres.

Il v eut donc un interrègne de neuf mois pendant lequel le pays se trouva pratiquement sans gouvernement. Les affaires en souffrirent gravement ; les murmures s'élevaient grandissants, et on ne sait trop quel grave état de choses aurait succédé à cette espèce d'anarchie administrative.

Le nouveau cabinet se composait de MM.

Viger, Draper, Smith, D.-B. Papinean, Daly, Morris. On leur adjoignit quelque temps après MM. Robinson et Sherwood. De tous ces noms, nos lecteurs connaissent déjà M. Draper. C'é-i tait un homme très distingué ; sur la fin de sa

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carrière, il adopta des vues plus larges que celles qui ont dirigé la plus grande partie de sa vie publique. On est familier aussi avec les noms de INI M. Viger et Daly. Les autres ne méritent d'être mentionnés que pour mémoire. Exceptons toutefois M. D.-B. Papineau, dont le nom accolé à celui de M. Viger faisait belle figure dans le nouveau ministère.

M. D.-B. Papineau était le frère de Louis- Joseph Papineau, le grand patriote, et, à ce titre, ^letcalfe crut avoir un gros atout dans son jeu. Le nom de Papineau était encore à cette époque dans toutes les bouches, et l'on put croire que si son frère acceptait de faire partie du nouveau ministère, c'était avec son approbation. Le choix d'un pareil homme, à la veille des élections, ne manquait pas d'habileté et dut influer considérablement sur le résultat. Comme force personnelle, M. D.-B. Papineau ne répondit pas à ce qu'on attendait de lui ; il était affligé d'une surdité partielle et fut vraiment de peu d'utilité au ministère ; il n'apporta en somme que le prestige du nom qu'il portait. Le résultat de la politique de Metcalfe fut de créer, à un moment critique, une division dans le parti canadien-français. Après avoir eu Viger, il avait un Papineau ; d'autres de-

valent nécessairement suivre, et nous verron que le résultat des élections ne fut pas ce qu'i aurait dû être.

La conduite de Viger et de Papineau fu l'origine d'une scission dans le groupe cana dien-français qui allait apprendre à se diviseï Bientôt nous verrons apparaître de nouveau Louis-Joseph Papineau et, avec lui, s'accentue chez les Canadiens-français une division ma^ heureuse.

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