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Lafontaine. Seulement, celui-ci agissait avec la plus grande bonne foi et dans ce qu'il croyait être l'intérêt de ses compatriotes ; il prévoyait sans doute que l'Ouest submergerait avant peu la province de Québec, et que l'égalité de représentation en Chambre constituerait une sauvegarde pour l'élément canadien-français ; mais il se trompait, ou bien il ne connaissait pas l'esprit pratique des Anglais. Tant que l'égalité de représentation fut au désavantage des Canadiens-français, nos compatriotes anglophones se gardèrent bien d'agiter la question de la représentation basée sur le chifïre de la population ; mais du moment qu'ils se virent en majorité, ils crièrent à l'injustice et réclamèrent une représerrtation plus avantageuse.
Cette question ne devait être réglée qu'avec un changement de constitution, c'est-à-dire avec la Confédération.
La session de 1850 fut une des plus fructueuses de l'Union : 145 projets de loi reçurent la sanction du gouverneur. Fait remarquable, aucune de ces lois ne fut désavouée ou réservée pour la sanction royale. Le gouvernement jesponsable était bien et définitivement établi.
La question des réserves du clergé entraîna une longue discussion. Cette question inté-
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ressait particulièrement le Haut-Canada ; tous croyaient qu'il fallait qu'elle fût réglée d'une manière ou d'une autre, et ce fut un grand désappointement, en lisant le discours du trône de cette session, de constater qu'il n'y était fait aucune allusion. La raison qu'on en donna fut que le ministère était divisé ; quelques ministres étaient d'opinion qu'il fallait intervenir, d'autres soutenaient l'avis opposé. Par son côté religieux et par sa durée, cette question ressemblait un peu à celle des écoles du Manitoba, qui, dans ces dernières années, a fait couler tant d'encre, soulevé tant d'opinions opposées.
On s'étonne que le sens pratique de nos compatriotes anglais ne leur ait pas permis de trouver plus tôt une solution à cette épineuse question ; la colonisation, le défrichement, le progrès en général de leur province en souffrirent énormément.
C'est à cette même session de 1850 que les catholiques du Haut-Canada doivent l'établissement de leurs écoles séparées ; la loi n'était pas parfaite et elle fut remaniée en 1855 et en 1863 ; tout de même, elle protégeait considérablement les droits des catholiques. Turcotte, i^Le Canada sons P Union) reconnaît que les
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catholiques durent ces écoles aux libéraux du Haut-Canada qui votèrent en faveur de la mesure.
Des sommes énormes furent dépensées, environ 16 millions de dollars, pour le creusement des canaux ; malgré cela, nos voisins ont attiré chez eux, par leurs propres voies, notre commerce de l'ouest ; d'ailleurs, le développement extraordinaire que prit bientôt la politique des chemins de fer au Canada, devait jeter dans l'ombre les travaux immenses que nécessita le creusement de ces canaux. (')
Quelques changements ministériels de peu d'importance se prod^iisirent qui présageaient pourtant la dissolution du grand ministère ; de sourds mécontentements se faisaient jour. Dans le Haut-Canada, on reprochait au gouvernement de n'avoir pas de politique définie sur la question des réserves du clergé ; dans le Bas-Canada on aurait voulu que M. Lafontaine réglât d'une manière détinitixe celle de la
(i) Le canal L ichine a coûté $2,400,000; le canal Beauharnois $r, 611,000 ; le canal Cornwall $2,060,000 ; le canal Willianisburg $',325,000 ; le canal Welland $6,269, 000. Ce n'est là qu'une faible partie des dépenses faites pour le creusement des canaux, qui a coûté an pays 90 millions de dollars.
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teniire seigneuriale que l'on considérait comme un obstacle au progrès du pays.
La session de 1851 s'ouvrit le 20 mai à Toronto et fut prorogée le 31 août. On s'y occupa des chemins de fer et l'on comprit que M. Galt avait raison de vouloir que les canaux, creusés à grands frais fussent, pour donner les résultats voulus, reliés à de chemins de fer ; autrement, disait-il, les grandes facilités d'accès à la mer que possède le Canada ne serviraient à rien.
On abolit la loi de primogéniture pour le Haut-Canada, et on adopta une loi établissant un recensement décennal.
L'idée d'une confédération des provinces de l'Amérique vSeptentrionale anglaise fut émise à cette session par M. Merritt. La proposition ne recueillit que sept voix.
Lafontaine remit en discussion sa loi augmentant la représentation nationale : faute d'une voix, la mesure échoua.
Attaqué sourdement par de violents adversaires dans le Haut et le Bas-Canada, le ministère Lafontaine-Baldwin devait fatalement succomber, malgré sa grande popularité de jadis. Aussi Lafontaine et Baldwin préférèrentils se soustraire à une pareille humiliation.
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Baldwin avait à cœur une institution qu'il avait toujours favorisée et pour laquelle il avait lutté : c'était la Court 0/ CJiaucer\\ qui devait être, dans son opinion, un haut tribunal judiciaire. Un député du Haut-Canada en proposa l'abolition ; bien que repoussée par la Chambre, cette proposition reçut l'appui de la majorité des députés du Haut-Canada. Baldwin accepta ce vote comme une défaite personnelle et annonça qu'il allait se retirer du gouvernement. Cette nouvelle affecta profondément la Chambre et fut accueillie par d'universels regrets.
En annonçant la démission de son collègue, Lafontaine accrut la surprise et les regrets de tous en déclarant qu'après la session, lui-même abandonnerait la politique. Ce procédé fut vivement critiqué, car on prétendait qu'il était contraire à tous les usages et précédents parlementaires.
Quelque temps avant la session, George Brown s'était présenté dans une division électorale du Haut-Canada contre le fameux W. Lyons Mackenzie. Tous deux journalistes, à l'esprit combatif, ces hommes devaient, grâce à une énergie peu commune, marquer de leurs noms
les pages de notre histoire. INIackenzie n'était pas un inconnu ; avant de devenir le chef de l'insurrection du Haut-Canada en 1837, il écrivait dans un petit journal qui, par ses audaces, ses violences et ses excès de langage avait rendu célèbre son rédacteur. Il se fit élire député, mais il fut chassé par la Chambre dont il dévoilait les procédures dans son journal, ce qui était contraire aux règlements. Mackenzie ne se tint pas pour battu. Il se présenta une seconde fois devant ses électeurs et fut réélu ; la Chambre le chassa de nouveau. Le jeu se répéta ainsi pendant cinq années de suite ; la Chambre, comprenant enfin que le comté d'York était bien décidé à élire Mackenzie, qui voyait chaque année sa popularité grandir, eut recours an seul moyen qui lui restait de se débarrasser de cet entêté ; elle défranchisa le comté, qui resta pendant près de trois ans sans député. Vint l'insurrection, et l'on sait le rôle qu'y joua Lyons Mackenzie ; la révolte étouffée, Mackenzie se retira à New- York, oii il vécut de mauvais jours. L'amnistie lui permit de revenir au pays. Mais son séjour à New-York l'avait assagi ; il revint avec des opinions plus modérées. Il avait conservé dans le Haut-Canada son ancienne popularité et
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n'eut pas de peine à se faire élire contre George Brown.
George Brown avait fondé le Globe. Grâce à la vigueur de sa rédaction, ce journal ne tarda pas à prendre une grande autorité sur l'opinion publique ; encore de nos jours, le Globe a conservé son ascendant dans la province voisine. Brown était un réformiste avancé, et un fanatique. Il tit son élection contre Mackenzie au cri de No popery. Il détestait les Canadiens-français et commença sa campagne pour obtenir la représentation basée sur la population. Brown s'était rangé dans le parti de ar g rit ; ne se sentant pas traité suivant son mérite par le ministère Lafontaine-Baldwin, il lui fît une guerre sourde en prenant pour prétexte le refus du ministère de faire une mesure ministérielle de la question de réserves du clergé.
Ces luttes continuelles lassèrent I^afontaine et hâtèrent sa démission. Il sentait d'ailleurs que ses idées ne cadraient plus avec celles de son entourage et celles de la nouvelle génération. Un souffle libéral parti des rives de France avait pénétré au Canada. La révolution de 1848 avait ébranlé les esprits. Le coup d'Etat du 2 décembre 1851 avait fait empereur le
président de la République française, mais les cœurs et les esprits restaient imbus d'idées de liberté, de démocratie et d'anti-cléricalisme. Tout cela avait son contre-coup ici, surtout dans le Bas-Canada où un groupe de jeunes gens, fondateurs de L' Avenir^ reconnaissant Papineau comme chef, accueillaient et propageaient avec enthousiasme des principes dangereux. Voyant grossir ce groupe d'esprits, parmi lesquels il y en avait de très distingués, Lafontaine comprit que ses convictions et ses idées ne correspondaient plus à ce qu'on semblait exiger de lui ; d'ailleurs, il était devenu, politiquement parlant, absolument conservateur, de libéral ardent qu'il avait été. Son esprit avait subi l'évolution ordinaire. Tout parti au pouvoir devient conservateur ; réalisant toute la responsabilité que comporte la direction des affaires, il craint les aventures et se sent souvent dans l'impossibilité de mettre à exécution les réformes qu'il a promises. Pris de timidité, il redoute l'action : alors, c'est un parti qui périclite, car l'action est aussi nécessaire à un gouvernement qu'à un individu.
Lafontaine qui aurait probablement pu, s'il l'eut voulu, régler cette question de la tenure seigneuriale, temporisa ; on voulait aller trop