FIN DU MINISTERE HINCKS-MORIN
LES Chambres avaient été convoquées pour le 13 juin 1854, exactement douze mois après la dernière session. i\I. Hincks, sentant le pouvoir lui échapper, avait retardé jusqu'à la dernière limite l'ouverture du parlement. Il résolut de faire une courte session et de provoquer une dissolution. Lord Elgin, comprenant qu'aucun parti n'était assez fort en Chambre pour gouverner le pays, se rendit à la demande de Hincks. Il fallait éviter un vote hostile de la Chambre : Hincks s'y prit de bonne façon.
Le seul projet mentionné dans le discours du trône était une loi mettant à effet le traité de réciprocité qui venait d'être conclu ; on y proposait aussi de faire entrer en vigueur, avant le temps prescrit, la loi étendant les franchises électorales adoptée à la précédente session.
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C'était l'indice d'un prochain appel au peuple.
Des réserves du clergé et de la tenure seigneuriale, il n'était nullement question.
Les récriminations éclatèrent ; à la suite de discours violents, on propose un vote de non confiance, exprimant en même temps le regret de ce que le gouvernement n'eut pas jugé à propos de régler immédiatement ces deux questions. C'était là un terrain sur lequel pouvait se rencontrer en un groupe compact l'élément hostile au ministère. On ne déterminait pas en effet le mode de règlemeu-t ; on déclarait simplement qu'elles devaient être réglées immédiatement. Le gouvernement fut défait par treize voix. La chute du ministère fut particulièrement due aux efforts de MM. Cauchon et Sicotte.
Ceci se passait un mardi, le 20 juin 1854. M. Hincks demanda un ajournement au jeudi, le 22, afin de se consulter avec ses collègues sur la conduite à tenir. La Chambre consentit et cet acquiescement permit au ministère Hincks de prolonger son existence de quelque temps. Il y eut là, de la part de l'opposition, un défaut de tactique, car l'ajournement demandé par Hincks cachait un piège.
A la reprise de la séance, le jeudi suivant, à
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peine le président de la Chambre avait-il occupé le fauteuil qu'on entendit les coups de canon traditionnels annonçant l'arrivée du gouverneur général. A la surprise de tous, on apprit que le ministère avait décidé de proroger et de dissoudre immédiatement les Chambres. Ce procédé extraordinaire souleva de véhémentes protestations de la part de l'opposition ; déjà l'huissier de la verge noire frappait à la porte, requérant de la part de Son Excellence la présence des députés. On discuta d'abord pour savoir si on admettrait ce personnage dans la Chambre, mais finalement on décida dans l'affirmative. Dès que les membres furent réunis en présence du gouverneur, le président de la Chambre, M. ]\Iacdonald, qui était en mauvais termes avec ls\. Hincks, profita de l'occasion pour faire une allocution hors de propos dans laquelle il appuyait sur le fait que, contrairement à tous les usages établis, aucune mesure n'avait été adoptée.
Le ministère goûta assez peu cette mercuriale qui parut aussi déplaire énormément au gouverneur. Ce dernier fit tout de même bonne contenance, répondit brièvement, et prorogea immédiatement.
Le 20 juin, lord Elgin rendait son décret de dissolution des Chambres.
Cette dernière partie de la session avait été tenue dans la salle de Musique, à Québec. Le palais législatif avait été détruit dans un incendie, et un édifice appartenant aux Sœurs de la Charité, aménagé pour la circonstance, avait aussi, peu de temps après, subi le même sort.
Les élections générales qui suivirent de près la dissolution du parlement furent un écrasement pour le ministère Hincks. Le pays, par le choix de ses mandataires dans les deux sections, prouva clairement qu'il voulait en finir avec les deux graves questions dont nous avons parlé.
Kn face de cette désapprobation manifeste, il eut été de la dignité du ministère Hincks de donner sa démission. Il n'en fut rien, et la convocation des Chambres se fit sans changement ministériel.
Le groupe de libéraux dissidents formant le « parti démocrate » revint en Chambre plus nombreux ; mais il lui manquait un chef. Papineau avait décidé d'abandonner définitivement la politique ; il se retira sur sa belle propriété de Montebello, où il vécut loin du bruit des affaires et oir il mourut paisiblement
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ien 1871. La dernière partie de sa carrière, qui 'date de son retour de l'exil, n'a rien ajouté à 'sa gloire. Il ne serait pas absolument juste Ide dire cependant qu'elle en a été diminuée, {car nous croyons que Papineau, même dans sa îlutte apparemment inexplicable avec Lafontaine, a toujours été inspiré par des motifs du jplus pur patriotisme. Les événements touteitois ont donné raison à la politique sage et .'conciliante de Lafontaine.
j L'ouverture du cinquième jjarlement de (l'Union se fit le 5 septembre 1854. Après les •Formalités d'usage, on procéda à l'élection d'un président de la Chambre. Il y eut trois candidats: J. S. INIacdonald, l'ancien président, S.-E. Cartier et M. Sicotte. ^I. Cartier était le candidat ministériel, mais il n'obtint la majorité des voix que pour le Bas-Canada ; M. Hincks s'apercevant que son candidat courait à une défaite, plutôt que d'assister au triomphe de M. Macdonald, dont il semble avoir été l'ennemi personnel, se rallia à la candidature de M. Sicotte qui n'avait qu'un petit nombre de voix pour lui ; le poids ministériel fit pencher la balance en sa faveur et il fut élu.
On sait qu'un ministère peut ne pas réussir
dans le choix qu'il fait du président de la chambre d'assemblée sans qu'il soit pour cela forcé de démissionner. Il était évident que M. Hiucks avait sacrifié M. Cartier ^et sauvé les apparences en votant pour M. Sicotte ; il n'en était pas moins clair que son ministère rie possédait pas la confiance de la majorité des représentants du peuple ; il n'avait qu'une chose à faire : démissionner.
Il eut peut-être songé à prolonger davantage cette situation anormale si une question de privilège, soulevée le 7 septembre, ne l'eut mis dans une écrasante minorité.
L,e lendemain il remit la démission du ministère entre les mains de lord Elgin, qui l'accepta à l'instant, et qui appela à la direction des affaires Allan McNab.
On peut dire que le ministère Hincks-Morin a été un excellent ministère et qu'il a donné une vigoureuse poussée aux affaires du pays. D'un autre côté, on ne peut s'empêcher de regretter son manque de dignité et de tenue politique ; depuis longtemps la confiance publique l'avait abandonné. Sa persistance à garder quand même le pouvoir ne pouvait que lui attirer le blâme et le mépris du peuple. Pour ce qui regarde M. Morin, sou attitude
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peut s'expliquer jusqu'à un certain point. Sous l'Union jamais on ne put réussir à confondre les intérêts des deux provinces ; ce qui fait que M. Morin, tout en ne possédant pas en êliambre la confiance de la majorité des députés pouvait se croire justifiable de rester au pouvoir, du moment qu'il se sentait soutenu par une majorité des représentants de sa province.