DES CONSERVATEURS AVEC LES LIBÉ- RAUX— TRAITÉ DE LORD ELGIN
AUCUN des partis ne possédait la confiance de la majorité des représentants. Il fallait donc demander une dissolution ou bien avoir recours à une coalition. Le premier moyen était violent ; d'ailleurs, on sortait à peine de la tourmente électorale. Il était clair qu'on ne pouvait faire fonctionner la machine gouvernementale qu'en unissant les deux groupes politiques importants de la Chambre. En se voyant confier la tâche de former un ministère, ]\IcNab, que l'âge et l'expérience avaient assagi et tourné à des vues plus modérées, réunit ses principaux partisans. Ce fut J. A. Macdonald qui suggéra l'alliance du parti conservateur haut-canadien avec ce qui restait des partisans de Lafontaine dans le Bas-Canada. Ces derniers se désignaient encore sous le nom de parti libéral.
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J. A. Macdonald avait subi la même évolution d'esprit que ]\IcXab, du moins en apparence. Il n'y a point de coalition sans concessions réciproques. En se rapprochant du parti dit libéral du Bas-Canada, le parti conservateur haut-canadien se libéralisa donc quelque peu, tandis que la même opération en sens inverse se produisait pour le parti libéral du Bas- Canada.
A partir de ce moment, ce parti fut connu sous le nom de parti libéral-conservateur. McNab s'adjoignit J. A. Macdonald comme principal lieutenant. Celui-ci, dans toute la vigueur de l'âge, ayant déjà dix ans d'expérience de la vie publique, faisait aisément prévoir le brillant avenir qui l'attendait.
j\IcNab garda avec lui, pour représenter le Bas-Canada, les hommes du ministère Hincks- Morin, MM. florin, Drummond, P.-J.-O. Chauveau, E.-P. Taché et J. Chabot.
Le parti libéral-conserva4:enr,~ qui devait gouverner le pays pendant un si grand nombre d'années, était ainsi fondé sur des bases solides. Nous le. verrons subir quelques échecs, mais bientôt il se relève et revient à la tête des affaires. Une jouissance prolongée du pouvoir, l'habitude de commander, lui ont donné
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I un esprit de corps et de discipline qn'il commence à peine à perdre. Ces qualités rares
'ont fait dire que ce parti était un parti de
I gouvernement, tandis que le parti libéral était lin parti d'opposition. Mais ceci n'est vrai
1 qu'à demi, et ce qui se disait du parti conser-
jvateur autrefois peut aussi bien s'appliquer
I au parti libéral d'aujourd'hui.
( )n comprend que cette coalition souleva
, bien des débats dans les journaux et ailleurs. Elle marque une étape importante dans l'histoire des partis politiques du pays. De nos jours, on discute encore sur la portée et le sens de cette coalition. Un groupe du parti libéral conservateur refuse d'accoler an nom du parti le mot (f libéral )), tandis que l'autre groupe se rapproche de plus en plus du parti libéral de nos jours. Il faut dire que le parti libéral actuel, bien que né du « parti démocrate » de 1854, a rejeté les principes outrés qu'il émettait alors. Il ne reste aujourd'hui qu'un faible groupe, relativement impuissant, qui partage les idées exaltées du parti de V Avenir et du Défricheur. Ce groupe bien que peu nombreux a toujours été le plus remuant ; il est la cause que le parti libéral, duquel il se réclamait, a longtemps et avec raison été tenu en suspicion
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par le clergé et les hommes aux vues modérées.
A peine le nouveau ministère McNab-Morin était-il formé qu'il se mit sérieusemeut au travail, et c'est au cours de la première session qu'il dirigea que furent adoptées les mesures les plus importantes de toute cette période de l'Union. On y régla définitivement en effet les délicates questions des réserves du clergé et de l'abolition de la tenure seigneuriale, et le traité de réciprocité avec les Etats-Unis fut ratifié.
La Chambre, après avoir adopté ces mesures, s'ajourna du i8 décembre au 23 février 1855.
Elgin partit le 19 décembre pour l'Angleterre. Déjà son successeur, sir Edmund Head, était arrivé.
L'administration d'Elgin fut la plus longue de rUnion ; elle dura dn 30 janvier 1847 au 19 décembre 1854. Elle fut aussi la plus importante en événements historiques. En toute occasion ce gouverneur s'était montré profondément pénétré de l'esprit de notre constitution ; il avait admirablement compris le rôle de chef d'un gouvernement responsable aux Chambres et au peuple. Sa grande impartialité, son indépendance complète des partis politique, sa science profonde des affaires du pays, le firent universellement regretter. ^^
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Depuis longtemps, les Canadiens-français n'avaient eu un gouverneur aussi sympathique. Inutile de rappeler son attitude si correcte lors des troubles de 1849 ^ Montréal. Sa correspondance privée démontre qu'il mit de côté toute opinion, tout sentiment personnels, et qu'au risque de perdre sa popularité parmi un grand nombre de ses compatriotes, de subir même les reproches des autorités impériales, il s'astreignit strictement au rôle de chef constitutionnel.
Elgin a une place d'honneur dans la galerie de nos orouverneurs.