‹ La Province du CanadaChapitre 41 sur 42 · M. N.-F. BELLEAU · texte numérisé non relu

M. N.-F. BELLEAU

destiné à devenir plus tard le premier lieutenant-gouverneur de la province de Québec.

Cette deuxième session, ouverte le 8 août 1865, ne dura que quelques semaines. On y adopta notre Code Civil.

Le 8 juin 1866 s'ouvrit à Ottawa la dernière session de l'Union ; on inaugurait les nouveaux édifices parlementaires. Les constitutions des législatures locales des différentes provinces qui devaient faire partie de la Confédération furent soumises au parlement et adoptées, non sans quelque discussion.

Le ministère soumit aussi à la Chambre le nouveau code de procédure civile pour le Bas- Canada, qui eut force de loi le 25 juin 1867. Deux mesures concernant l'éducation dans le Haut et le Bas-Canada furent présentées mais tout aussitôt retirées à cause de l'agitation extrême qu'elles provoquèrent.

Le 22 mai 1867 une proclamation fut lancée inaugurant la nouvelle constitution qui prit effet le premier juillet suivant.

M, N.-F. Belleau fut nommé lieutenantgouverneur de la nouvelle Province de Québec ; Monck prêta serment comme gouverneur général de le Puissance du Canada et il appela à la tête des affaires J. A. Macdonald qui s'adjoi-

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gnit Cartier. Tous deux, à cette occasion, furent l'objet d'honneurs impériaux, mais Cartier les refusa parce que son collègue, J. A. Macdonald, avait été nommé chevalier commandeur du Bain, tandis qu'il n'avait reçu lui-même que le grade de « Compagnon du Bain » ; il déclina donc un honneur qui comportait vis-à-vis de lui une injustice et qui impliquait une sorte d'infériorité. Un an plus tard on le créa «baronet.^) Ce fut une tardive réparation ; toutefois, l'étroite amitié qui jusqu'alors avait existé entre Macdonald et Cartier était brisée. Celui-ci attribuait aux intrigues de son collègue l'inégale distribution des honneurs et ne lui pardonna jamais.

En l'année 1866 avait eu lieu l'invasion ^ — fénienne.

Depuis quelques mois, de vagues rumeurs circulaient par tout le pays ; on parlait d'organisation militaire agressive de l'autre côté de la frontière haut-canadienne ; on prêta d'abord peu d'importance à ces bruits, mais on s'aperçut bientôt que l'affaire était sérieuse. On affirmait que les organisateurs avaient choisi le jour de la St-Patrice pour le début de leurs opérations; cependant, ce jour se passa sans que rien ne bougeât du côté de la frontière.

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Le 31 mai 1866, sous la conduite d'un nommé O'Neil, 900 hommes se massent près de Niagara ; on leur distribue des armes, et le lendemain matin, à bonne heure, ils traversent la rivière Niagara et débarquent près du village de Fort Erié. Ces hommes commettent des déprédations considérables, coupent les fils télégraphiques, brisent les rails du chemin de fer le « Grand Tronc » et brûlent un pont. Pendant ce temps, un vaisseau américain, le Michigan^ faisait une patrouille ou plutôt un semblant de patrouille sur la rivière Niagara, car les petits bateaux qui apportaient des renforts et des munitions à O'Neil, d'un côté de la rivière à l'autre, ne furent en aucune façon inquiétés.

La nouvelle de l'invasion produisit une vive commotion par tout le pays. On fit un appel général aux armes et les volontaires s'enrôlèrent activement.

Nous adoptons, pour ces événements, le récit de Dent : The last Forty Years.

Le colonel George Peacocke prit k commandement général. C'était un homme habile, ne manquant pas de talent, mais connaissant très imparfaitement la topographie du pays, et principalement de cette partie du territoire qui

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devait être le théâtre des événements militaires.

Deux sous-officiers des forces volontaires, le lieutenant Booker et un nommé Dennis, imaginèrent un plan de défense. Ils le communiquèrent au capitaine Akers, des Ingénieurs Royaux, qui l'approuva ; on le télégraphia ensuite au colonel Peacoke, mais on eut le tort, avant d'avoir obtenu son approbation, d'en commencer l'exécution. A peine Peacocke apprit-il le plan proposé qu'il télégraphia à Booker sa désapprobation, mais il était déjà trop tard ; Akers, à la tête d'un assez fort contingent militaire, était parti de Fort Colborne, et descendait la rivière Niagara dans un remorqueur.

Les deux contingents, celui de Akers et celui de Booker, devaient faire jonction à Stevensville, petit village situé à quelques milles du Fort Erié, puis marcher vers ce dernier endroit.

Booker, de son côté, prit le train, se rendit avec ses volontaires jusqu'à Ridgeway, puis se dirigea à pied vers Stevensville. A deux milles de Ridgeway, à sa grande surprise, Booker rencontra les avant-postes d'O'Neil, qui commandait des forces supérieures. Booker, ne pouvant plus reculer, prit l'offensive.

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Les premiers avantages furent en sa faveur, mais tout-à-coup, du côté de l'ennemi, se fait entendre le cri ordonnant à la cavalerie de donner ; c'était une ruse de guerre qui réussit pleinement, car Booker fit à l'instant mettre ses troupes en carré. O'Neil n'avait pas de cavalerie, mais le carré ennemi était une excellente cible dont il sut tirer tous les avantages. Le feu tomba dru sur les volontaires canadiens qui ne purent résister ; la déroute fut complète et les fuyards ne s'arrêtèrent qu'à Fort Colborne.

O'Neil ne voulut pas ou ne sut pas profiter de son avantage, et la retraite des Canadiens s'opéra sans qu'ils fussent trop inquiétés. Du côté des Canadiens il y eut un officier et huit hommes de tués, six officiers et vingt-cinq hommes de blessés.

Apprenant que Peacocke avec ses troupes se repliait de son côté, le chef des Féniens reprend la direction de Fort Krié ; il y trouve Akers qu'il n'a pas de peine à mettre en fuite ; il ne réussit cependant pas à délivrer une soixantaine de prisonniers faits par Akers. Dans la nuit, O'Neil avec ses hommes traverse de nouveau la rivière Niagara ; les autorités

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américaines les arrêtèrent tons, ce qui mit fin à la campagne.

Les quelques prisonniers faits par les troupescanadiennes subirent leur procès à Toronto ; quelques-uns furent libérés, d'autres furent condamnés à mort, mais la sentence fut commuée.

Quelque temps après, l'ennemi fit sur la frontière plusieurs démonstrations hostiles, mais le Canada avait eu le temps de se préparer ; on s'empressa de masser des troupes en nombre imposant aux endroits menacés, et ces contre-démonstrations firent leur effet. On n'osa recommencer. De leur côté, les autorités américaines, grâce aux instances de l'ambassadeur d'x\ngleterre à Washington, s'éveillèrent enfin ; on réprima sévèrement du côté delà frontière toute tentative d'invasion armée, et l'agitation ne tarda pas à se calmer définitivement.

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