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rendre service, Baldwin accepte. Il ne cachait pas qu'il n'avait aucune confiance dans MM. Draper, Sullivan, Ogden et Day, quatre de ses collègues. Il écrivit même à cet effet à ces derniers et au gouverneur, et, deux jours avant l'ouverture de la session, il démissionna.

Voici ce qui s'était passé :

Quelques jours auparavant, à Kingston, le parti réformiste du Haut-Canada et le parti libéral du Bas-Canada avaient tenu un conciliabule. On cherchait un terrain commun sur lequel on put s'entendre. Les Canadiens-français réclamaient le droit d'être représentés dans le gouvernement, et ne dissimulèrent pas le peu de confiance que leur inspirait le ministère. Baldwin leur donna raison. Il écrivit à l'instant au gouverneur ; il lui suggérait et il exigeait même un remaniement complet du ministère, insistant pour que les Canadiensfrançais y fussent équitablement représentés. Pour faire droit à la demande de Baldwin, il eût fallu que le gouvernement demandât à Lafontaine de faire partie du cabinet. Celuici, convaincu qu'on ne lui accorderait pas la juste influence à laquelle, comme représentant des Canadiens-français, il prétendait avoir droit, avait déjà refusé. Sydenham répondit

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assez froidement à la lettre de Baldwin, puis, lui rappelant le refus antérieur de Lafontaine, il crut ne pas devoir acquiescer à sa demande. Cette réponse entraîna la démission de Baldwin.

Le ministère Draper rencontra donc les Chambres, diminué de sa personnalité la plus marquante et composé d'éléments hétérogènes. Il y avait, en effet, dans le cabinet des libéraux et des conservateurs ; la plupart, comme Daly, Ogden et d'autres, étaient d'anciens chefs de bureau. A la vérité, Sydenham ne semblait avoir formé un gouvernement que pour pouvoir dire que le pays n'était pas sans administration. Et de tous ces ministres qui se nommaient : Sullivan, Draper, Ogden, Day, Daly, Killaly, aucun ne mérite vraiment de passer à l'histoire, à l'exception peut-être de Draper, dont l'esprit ne manquait pas d'une certaine envergure.

La nouvelle Chambre renfermait des hommes remarquables. Mentionnons John Neilson, dont le nom, avec celui de Papineau, est attaché à l'exposé des griefs du Bas-Canada devant le parlement impérial, en 1822. En 1828, il avait été délégué avec D.-B. Viger pour présenter aux Communes anglaises une pétition

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monstre, signée par 80,000 Canadiens-français, répétant ces mêmes griefs. En 1834, il avait été envoyé de nouvean en mission spéciale à LrOndres.

Etienne Parent, le publiciste canadien-français le pins en renom, faisait aussi partie de la Chambre; il y représentait le comté de Saguenay, mais il y joua un rôle effacé.

Robert Cliristie, qui avait été expulsé de la Chambre en 1829, représentait le comté de Gaspé, dont il fut le député pendant trente ans. Il est l'auteur d'une histoire parlementaire du Bas-Canada.

August-Norbert florin, qui devait plus tard illustrer la magistrature, et qui a joué un des rôles politiques les plus importants dans notre pays, figurait aussi sur le banc des députés. C'était un des hommes publics les plus respectés et dont l'honorabilité est restée au-dessus de tout soupçon.

Denis-P]enjamin Viger représentait le comté de Richelieu.

Etienne-Pascal Taché, futur premier ministre, avait été envoyé j^ar le comté de Tlslet.

Parmi les hommes politiques distingués du Haut-Canada qui devaient subséquemment jouer un rôle important en Chambre, mention-

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lions Francis Hincks ; c'était un homme doué d'un talent versatile, qui se fit une grande réputation de financier ; il forma plus tard le ministère connu sous le nom de Hincks-Morin. Excellent journaliste, il rédigea le Toronto Exami7iey \ il était connu comme un manieur de chiffres incomparable. Sa réputation devait sombrer plus tard dans des spéculations louches.

John Sandfield ]\Iacdonald, qui avait commencé comme garçon épicier, et qui devait devenir lui aussi premier ministre, représentait le comté de Cornwall.

Allan Napier ]\IacNab, personnage bruyant qui devait faire beaucoup parler de lui, était le chef des tories et à\y. family compact. Il représentait la ville de Hamilton. Il n'avait pas l'étoffe d'un homme d'Etat, mais remplaçait les qualités qui lui manquaient par une grande activité. Esprit fanatique d'abord, il fit peu à peu son éducation politique, et sut faire à temps les concessions voulues qui lui permirent de devenir chef de gouvernement.

Telles étaient les principales figures du premier parlement de l'Union.

Le 14 juin 1841, le parlement s'assembla dans la petite ville de Kingston. Le choix de cette ville comme capitale, fait par Sydenham,

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n'était pas de nature à plaire aux députés du Bas-Canada, qui se résignèrent pourtant à cette injustice comme à beaucoup d'autres.

Contrairement à tout précédent parlementaire, la première séance eut lieu sans que Sydenham apparut pour ouvrir formellement le parlement. Les députés s'assemblèrent pour élire un président. Le choix unanime tomba sur M. Cuvillier, député de Huntingdon. On crut devoir faire cette concession au Bas- Canada. Cependant, l'élection n'eut pas lieu sans une discussion qui fit tout de suite prévoir des débats orageux. Un des orateurs ayant exprimé l'opinion qu'il voterait en fav'eur de M. Cuvillier, parce qu'il savait que ce dernier n'avait pas confiance dans l'administration Draper, et qu'il était en outre favorable au gouvernement responsable, un ami du ministère s'empressa de proposer une contre-motion substituant au nom de M. Cuvillier celui de M. x\llan MacNab. Il s'ensuivit une discussion des plus vives, au cours de laquelle on pria M. Cuvillier d'exprimer ses opinions politiques ; il n'en fit rien, sur l'avis de ses amis ; finalement, après des excuses mutuelles, on retira la proposition .concernant M. AUan Mac.Nab, et M. Cuvillier fut élu unanimement.

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Le lendemain, Sydenliani \int ouvrir le parlement et accomplit les formalités qu'il aurait dû accomplir la veille. Puis la Chambre retourna à sa besogne.

Les partis mirent du temps à se reconnaître. Il n'y avait pas alors, comme de nos jours, un parti ministériel occupant la droite du président, et Popposition, la gauche. Il y avait cinq ou six groupes, car c'étaient plutôt des groupes que de véritables partis. Pour le Haut-Canada, il y avait le vieux parti tory, le parti du faniily compact, guidé par Allan Mac- Nab ; puis le parti ministériel renfermant quelques réformistes et des conservateurs modérés, ayant pour chefs MM. Draper et Harrison ; enfin il y avait le parti des réformistes, à la tête duquel était Baldwin, et qui ne comptait alors que six ou sept membres.

Pour le Bas-Canada, il y avait le parti libéral, qui reconnaissait pour chefs Lafontaine, lequel venait d'être défait à Terrebonne, Morin, Neilson et Aylwin ; puis le parti conservateur appuyant la politique de Sydenham.

L'événement le plus important de cette session fut l'adoption des résolutions connues sous le nom de « Résolutions du 3 septembre 1841.X

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